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De quelques unes seulement au départ, on se retrouve aujourd’hui avec près d’une dizaine sur la place. La dissémination à travers la sous-région de bandits de grand chemin, suite à la casse de certaines grandes prisons, a vu le spectre d’attaque de bandits particulièrement élevé dans la plupart des grandes villes africaines.

Bamako, naturellement, n’a pas fait exception. Plusieurs actes de braquages de banque, de saccages de boutique, de vols à mains armées…, sont quotidiennement décriés par la population. Une situation qui a, du coup, suscité chez cette dernière le réflexe d’auto-défense, du moins, le besoin de renforcer sa propre sécurité.

Le moment était donc favorable à l’émergence des structures privées de gardiennage et de surveillance. Quelques années ont suffi, après les premières expériences, pour que de telles agences prolifèrent comme des champignons.

Chacun se battant désormais de son côté pour décrocher les meilleurs contrats comme par exemple la garde des banques, caisses d’épargne, résidences de hautes personnalités…

Une solution au chômage des jeunes outre le côté sécurité, ces sociétés, Gie de gardiennage ont le mérite d’avoir contribué à résorber le chômage de bien de jeunes.

Dans leurs effectifs, en plus de ceux qui sont sans aucune qualification, on peut noter la présence de certains détenteurs de CAP, BT et même de maîtrise.

Au nombre de ceux-ci figure Ousmane Maïga, un jeune qui a atterri dans ce métier après avoir passé deux années dans un cabinet d’architecture. « J’ai dû accepter la proposition du promoteur de me prendre dans ses effectifs faute d’avoir un travail de ma qualification« , nous a confié cet autre jeune qui s’est retrouvé dans l’uniforme après avoir décroché une maîtrise en droit, il y a deux ans.

A. Coulibaly, planton au niveau d’une grande banque de la capitale, se donne à coeur joie à son nouveau métier depuis qu’il a été licencié il y a quelques années d’une société partie en faillite.

Secrétaire, Fatim Traoré reconnaît que la société de gardiennage pour laquelle elle travaille a été son véritable premier emploi salarié depuis sa sortie, il y a bientôt deux ans, de la Cour Jeanne D’arc où elle décrocha un diplôme de secrétariat et Bureautique. Exploitation …

Les sociétés de surveillance et de gardiennage n’ont cependant pas la bonne image qu’on leur donne. Il suffit d’approcher certains de leurs agents pour savoir qu’ils ont tous la misère et la précarité en partage.

` Entrés dans le métier pour sortir du carcan du chômage, ces jeunes pour leur plus grande majorité ne bénéficient d’aucune protection sociale. Peu parmi ces sociétés apportent une assistance à leurs agents en cas de maladie ou d’accident.

Au mépris de la législation du travail, ces agents travaillent parfois 24 h/24 sans même avoir droit à des heures supplémentaires. D’ailleurs, au niveau de ces sociétés où le social est pratiquement méconnu, l’agent qui tombe malade risque de l’apprendre à ses dépens.

Car si son incapacité de travail persiste après quelques jours il peut tout simple perdre son emploi. Ces différentes entorses à la réglementation sur le travail dont sont victimes les travailleurs auraient dues être compensées par l’allocation d’un salaire raisonnable.

Ce qui n’est pas le cas. La plupart de ces sociétés ne donnent que des misères à leurs agents. D’où cette plainte : « je travaille pour un salaire mensuel de 25 000 F. Ce montant ne représente rien si jamais ma femme ou l’un de mes deux enfants tombe malade« .

Pourtant, confie un autre, dans les négociations avec un client, notre employeur lève haut la barre. Et lorsqu’il encaisse la somme, c’est toujours la part congrue qui est réservé à l’agent qui fait le travail sur le terrain.

« Ce sont des conditions qui ne leur sont jamais imposées. Après tout, nul n’est obligé de faire un travail qu’il ne veut pas faire« , soutient pour sa part Alou T, gérant d’une structure de gardiennage de la place.

Selon lui, on ne peut parler d’exploitation des agents dans la mesure où il n’y a aucune contrainte sur eux. De peur de se retrouver au chômage, nombre de ces agents hésitent par deux fois avant de demander même un droit.

Et constituer un syndicat de travailleurs est aussi dans ce milieu une chose à laquelle personne ne veut se risquer car c’est le renvoi garanti.

Oumar Diamoye

15 décembre 2005.