Partager

jpg_20415.jpg
Malgré l’engagement résolu des pouvoirs publics d’enrayer le travail des enfants dans notre pays, surtout sous ses pires formes, le phénomène reste encore répandu. On trouve des enfants exerçant dans différents domaines d’activités souvent très dangereuses. Et ce malgré la protection que leur confèrent les textes.

En effet, en plus du code du travail et du code de protection de l’enfant, notre pays a ratifié plusieurs conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) portant sur l’interdiction des pires formes du travail des enfants. Le Mali a aussi ratifié le protocole facultatif de Rome de mai 2000 concernant l’implication des enfants dans les conflits armés.

Au nombre des conventions l’on peut citer celle ratifiée en 1960, portant sur l’âge minimum, une autre de la même année, relative au travail de nuit des enfants, la convention 182 en 2000 concernant les pires formes de travail des enfants et la convention de 2001 portant sur l’âge minimum d’accès à l’emploi.

Les codes, conventions et protocoles ont tous pour objectifs de bannir toute sorte d’exploitation et de travail des enfants. Cependant, dans la pratique, la détermination des autorités bute sur certaines pratiques.

Explosions assourdissantes

Le travail des enfants dans les carrières de matériaux de construction est incontestablement dangereux pour ces jeunes employés. Pourtant, l’on rencontre de nombreux mineurs dans la carrière située dans les environs du quartier Hamdallaye, derrière le lycée Prosper Camara.

Pour ces enfants, la carrière avec ses explosions assourdissantes à la dynamite, a remplacé les salles de classe et l’atmosphère dans la cour de l’école.

Ils sont employés à diverses tâches : concasser les pierres ou les ramasser ou encore les transporter à la brouette. Outre le fait que le travail est physiquement trop dur pour les mioches, ceux-ci s’exposent au risque de devenir sourd à cause des explosions « encaissées » à longueur de journée. Les risques d’accident sont très élevés. Une chute de pierre par exemple. A cela il faut ajouter les conséquences que peut avoir l’exposition à la poussière de la carrière, à long terme.

Les enfants qui travaillent ici ont perdu toute chance de scolarisation, un de leurs droits fondamentaux. Ils exercent cette activité soit au compte de leurs parents, soit pour d’autres exploitants contre rémunération.
M. D a 14 ans. Il est à la fois casseur et porteur de caillasse dans la carrière. Il est arrivé de son village natal avec des parents auxquels son père l’a confié. Pour gagner sa vie et, éventuellement venir en aide aux parents restés au village, ce jeune garçon travaille pour un exploitant de la carrière.

« Je ne gagne pratiquement rien, et je souhaite changer de travail. Mais je n’arrive pas à trouver un autre boulot« , explique simplement le jeune, avouant qu’il n’est plus question pour lui de fréquenter une école. Chez lui, la priorité est désormais de travailler pour venir en aide à ses parents.

Son collègue B. T, également employé pour casser et ramasser de la caillasse dans la carrière, a un an de moins que lui. Celui-ci est aussi arrivé du village, attiré par le mirage de la grande ville. Il a débarqué à Bamako chez son oncle.

Ce dernier est lui-même ouvrier à la carrière de Hamdallaye. Il y a donc entraîné le petit à ce travail. Le neveu -comme l’oncle- est employé par un exploitant qui propose une rémunération modique même dans le contexte malien.


Très jeunes

Le jeune garçon assure qu’il n’en peut plus, mais, de son propre aveu, ne sait comment sortir de ce guêpier. Il prend donc son mal en patience tout priant pour que la Providence l’arrache à son sort.
Mais il arrive souvent que des enfants viennent de leur propre initiative à la carrière pour y travailler. C’est le cas de S. T., un garçon de 15 ans qui vient du quartier de Lafiabougou tous les jours où il ne trouve pas de petit boulot journalier ailleurs.

Ce jeune homme qui n’est pas allé à l’école fait souvent le porteur au Rail-dah ou au Grand marché. On le retrouve, à l’occasion, apprenti dans un minibus Sotrama. Quand il n’y a rien de tous ces côtés, il se rend à la carrière pour vendre sa force physique aux des exploitants souvent peu scrupuleux. Mes parents sont pauvres, explique-t-il, en famille, nous n’avons pas toujours les trois repas quotidiens et chacun se débrouille comme il peut. Est-il satisfait de son salaire ? Pas du tout, comme d’ailleurs pour tous les autres jobs qu’il exerce.

Des enfants très jeunes travaillent dans la carrière. C’était le cas de deux d’entre eux que nous avons rencontrés, mais qui ont été sauvés grâce à un programme financé par le Bureau international du travail (BIT) et piloté par le Réseau d’animations et de conseils (RAC). Les jeunes ont ainsi été retirés de la carrière et inscrits à l’école.

Ce programme est intitulé Programme d’action pour la prévention, le retrait et la réinsertion de 2250 enfants à risque ou victimes de pires formes de travail dans les petites exploitations minières traditionnelles et les carrières artisanales dans la région de Kayes et le District de Bamako.

Le premier des deux cas dont il est ainsi question est celui d’une fillette de 9 ans qui vit avec ses parents dans la carrière où ces derniers travaillent. N’étant pas scolarisée, elle effectuait dans un premier temps les travaux ménagers, avant de participer au ramassage des pierres dans la carrière. Grâce à l’action salutaire du programme du BIT et du RAC, la jeune fille est aujourd’hui inscrite à l’école. Elle dit qu’elle aime bien l’école et rêve de devenir policière.

Le second cas est celui S. G, un élève en deuxième année du cycle fondamental. Âgé de 10 ans, il vit également avec ses parents qui travaillent dans la même carrière. Quand on demande au père pourquoi l’enfant n’a pas été inscrit à l’école avant l’intervention du RAC, il répond que le gamin n’en n’avait pas l’âge. Quand bien même il le faisait déjà travailler dans la carrière.

Depuis qu’il est inscrit à l’école, l’enfant s’est notablement épanoui.
Combien d’enfants travailleurs eu la chance de S. G ? Il est aujourd’hui question de la carrière de Hamdallaye, mais des centaines d’enfants sont exploités ailleurs.

La pauvreté qui est un facteur favorisant le travail des enfant ne saurait pour autant justifier cet état de fait.
En plus de les retirer des carrières, le RAC suit le parcours des enfants à l’école et ambitionne d’assurer leur insertion socio-économique.

Pour Sidiki Almamy Coulibaly, le chargé de programme du RAC, le phénomène de la traite des enfants reste malheureusement une réalité dans notre pays et doit être combattu avec le même engagement que des fléaux comme le sida.


Nouhoum TRAORÉ

06 Novembre 2008