Partager

jpg_3013_2.jpg
Cela fait déjà des années que le pèlerinage est organisé conjointement par les opérateurs privés à travers les agences de voyage et le gouvernement représenté par le ministère de l’Administration territoriale et des Collectivités locales à travers la Maison du Hadj.

Du côté du privé, les premiers contingents de pèlerins se sont envolés la semaine dernière à destination de la Mecque. Ceux de la filière gouvernementale commenceront à partir d’aujourd’hui, en principe. C’est l’assurance donnée par le directeur de la Maison du Hadj, Lamine Samaké.
Comme les années précédentes, toutes les dispositions ont été prises côté étatique pour garantir le bon déroulement du pèlerinage.

« Nous sommes à pied d’œuvre depuis plusieurs mois déjà. Le Hadj constitue l’un des cinq piliers de l’Islam. C’est pour cela que son organisation mérite une attention particulière. Tant au plan organisationnel que logistique », relève Lamine Samaké qui précise qu’une mission de précurseurs a été envoyée en Arabie Saoudite pour prendre les dispositions nécessaires. Cette mission était chargée notamment de rencontrer les autorités saoudiennes pour s’assurer du quota accordé à notre pays et leur exposer l’ensemble des besoins de nos pèlerins.

Cette année, ce sont au total 6500 fidèles qui sont supposés quitter notre pays pour les lieux saints de l’Islam. Ce quota a été accordé par les autorités saoudiennes. La filière privée se taille la part du lion dans ce groupe avec 5000 places contre 1500 pour la filière gouvernementale. Mais il est peu probable que la totalité des 5600 places trouve preneur au regard de la mauvaise conjoncture économique. Il y a deux mois par exemple, un responsable de Tam-Voyages confiait, que cette agence n’atteindra certainement le record de 350 pèlerins qu’elle avait envoyés l’année dernière à la Mecque.


Des frais en hausse

Si accomplir au moins une fois le pèlerinage dans sa vie est le souhait le plus ardent de tout musulman, les difficultés qui entravent l’accomplissement de ce destin sont nombreuses. A commencer par la distance qui sépare notre pays des lieux saints de l’Islam. De fait, le coût du voyage est très élevé. Et aujourd’hui comme hier, les bourses moyennes doivent s’abstenir du voyage tant rêvé. Et la mauvaise conjoncture mondiale n’est pas de nature à arranger les choses. Et effet, cette crise affecte particulièrement les compagnies aériennes.

Le prix élevé des hydrocarbures se répercute sur celui du billet d’avion. Du coup, les frais du pèlerinage sur les lieux saints de l’Islam ont grimpé : 1,9 million de Fcfa pour ceux qui ont choisi la filière gouvernementale. Ceux du privé doivent débourser encore plus : 2 100 00 contre 1 75000 l’année dernière.

Mais le montant fixé par la filière gouvernementales ne prend pas en compte les frais de confection du passeport, du certificat de vaccination et de la visite médicale. Il y a aussi le prix du mouton à sacrifier sur place estimé à 100 000 Fcfa.

Les pèlerins doivent désormais se déplacer avec de l’agent liquide pour l’achat du mouton. Cette nouvelle approche, explique Lamine Samaké, a été dictée par l’instabilité du cours du dollar.

« Avant, beaucoup de pèlerins ne comprenaient pas l’écart qui pouvait exister entre la somme qu’ils avaient versée à Bamako et celle qu’on leur remettait en Arabie saoudite. Cette situation nous posait énormément de problèmes, car il fallait convaincre les pèlerins que la fluctuation du dollar avait une incidence sur notre monnaie », explique Samaké.

Autre nouveauté : les avions transportant nos pèlerins atterriront tous à Médine au lieu de Djeddah comme c’était le cas les années passées. Ce qui épargnera aux pèlerins de parcourir par route 400 km pour rallier Médine, la ville natale du prophète Mohamed (PSL). Le transport sera assuré par la compagnie tunisienne Nouvel Air.

A la différence de la filière gouvernementale, les opérateurs privés prennent en charge toutes les dépenses de leurs clients. Des frais d’établissement du passeport et du visa au billet d’avion, en passant par l’hébergement, la restauration, le prix du mouton.

Cette prise en charge complète explique pourquoi le montant fixé par les agences de voyage s’élève à 2,1 millions Fcfa, précise Aboubacar Diawara, le directeur général de « Danaya Voyages ».

Ne jamais oublier l’aspect religieux

L’organisation du pèlerinage est désormais essentiellement l’affaire des privés. Flairant la bonne affaire, les opérateurs particuliers ont investi le créneau. Les agences de voyage pullulent et rivalisent de spots publicitaires pour attirer les candidats au pèlerinage. Pourtant, nombreuses sont celles d’entre-elles qui n’honorent pas leurs engagements. Ainsi, l’année dernière, l’on vu des pèlerins encadrés par des agences, bloqués en terre saoudienne par manque d’avion. Le transport constitue justement un sérieux handicap pour les agences privées.

Aboubacar Diawara reconnaît à ce propos qu’il ne sert à rien de vouloir faire voyager des pèlerins tant que l’on a pas les moyens logistiques et financiers nécessaires.

« Notre agence par exemple pré-finance l’activité à hauteur de 600 000 Fcfa par pèlerin. Cela est du reste une exigence des autorités saoudiennes qui veulent s’assurer que le pèlerin est en possession de tous les documents administratifs exigés.

Ce pré-financement nous permet surtout de gagner la confiance des hôtels et des autres prestataires de services en Arabie Saoudite. Organiser le voyage des pèlerins est avant tout une activité commerciale pour nous. Mais nous ne devons en aucun cas oublier l’aspect religieux qui l’entoure. C’est pour cela qu’une agence doit s’assurer qu’elle possède tous moyens nécessaires pour organiser le voyage afin de ne pas abuser de la confiance des clients. Un abus de confiance envers le pèlerin est synonyme de péché », souligne, à ce propos, Diawara. Il déplore le fait que certaines attendent le jour « J » pour faire faux bond à leurs clients en prétextant un manque de place.

Le directeur de la Maison du Hadj, Lamine Samaké, confirme que des situations de ce genre peuvent effectivement survenir, en expliquant que les responsabilités d’une telle situation se situent essentiellement à deux niveaux : les agences de voyage et les compagnies aériennes. Les agences et compagnies mises en cause pour le non respect de leurs engagements l’année dernière, n’ont pas jugé utile de répondre à nos questions.
Lamine Samaké se dit confiant dans l’organisation de la campagne de cette année.

Il explique les autorités ont pris plusieurs initiatives pour faciliter le voyage sur les lieux saints de l’islam dont l’organisation de séances théoriques et pratiques sur le déroulement du Hadj, les conditions de séjour à la Mecque. Des sessions de sensibilisation ont été également organisées sur la vie du pèlerin avant, pendant et après l’accomplissement de ce devoir religieux.


L. DIARRA

Des conditions rigoureuses

Pour éviter certaines situations, les autorités saoudiennes ont édicté cette année des conditions rigoureuses que les agences de voyage doivent remplir. Ainsi une agence doit avoir les capacités financières suffisantes pour l’application de toutes les conditions dont le payement de la somme requise d’avance sur les frais de services et la caution financière pour se procurer des équipements techniques adéquats.

Elle doit avoir les possibilités de connexion au réseau Internet du ministère du Pèlerinage pour fournir les déclarations sur les passeports de pèlerins avant de les déposer à la représentation diplomatique du Royaume d’Arabie Saoudite dans le pays concerné.

Il n’est pas permis à l’organisateur de signer un contrat de service avec un établissement de prestation de services de pèlerinage autre que celui portant la nationalité du pays où l’organisateur a obtenu une autorisation d’opérer.

Le nombre minimum de pèlerins pour chaque agence est établi à 50, le maximum étant de 600 pèlerins. « Le ministère du Pèlerinage examinera la demande d’augmentation du nombre de pèlerins, s’il y a lieu, à condition que cela ne dépasse le quota prévu pour chaque pays », précise un document.
L’organisateur qui a charge de plus de 200 pèlerins doit désigner un responsable par groupe de 100 pèlerins. Celui-ci s’occupera de leur encadrement sur le terrain, du suivi des prestations qui leur sont offertes et fera partie du nombre de visas octroyés à l’organisateur.

Si le nombre de ses pèlerins dépasse 200, l‘organisateur est tenu de présenter à la représentation du Royaume d’Arabie Saoudite, lors du dépôt des passeports pour l’obtention des visas, un contrat signé avec le transporteur aérien des pèlerins en aller et en retour. Ou une déclaration approuvée par l’une des sociétés de transport aérien avec les réservations confirmées et payées. Les contrats d’hébergement de la section du ministère du Pèlerinage à La Mecque et à Médine doivent être légalisés.

Il n’est pas non plus permis de changer le lieu d’hébergement sans l’aval du ministère du Pèlerinage. Chez nous ici, l’organisateur doit établir des contrats individuels entre lui et les pèlerins indiquant les caractéristiques et les niveaux d’hébergement, de transport, de nourriture et des services convenus.

Il doit donner un exemplaire de cet accord au pèlerin qui l’amènera avec lui lors de son voyage. L’agence introduit les déclarations sur les passeports des pèlerins à sa charge sur le site Internet destiné à cela dans le réseau du centre d’informations sur le pèlerinage et la Umra.

A l’arrivée des pèlerins au Royaume d’Arabie Saoudite, le représentant de l’organisateur qui a établi les contrats et les accords doit se présenter avec le premier groupe de pèlerins avant de se rendre auprès de l’établissement prestataire de services pour les pèlerins à La Mecque et aux Bureaux des guides à Médine.

Ensuite, il doit donner l’adresse de sa résidence, confirmer l’habitation des pèlerins, les noms des guides travaillant avec lui au service des pèlerins. Les guides ne doivent pas quitter le Royaume d’Arabie Saoudite avant départ du dernier groupe de pèlerins.

A. M. CISSE

Essor du

11 Novembre 2008