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La montée de la fièvre du mouton les derniers jours avant le jour « J » n’est pas nouvelle. Mais au regard de la morosité qui a caractérisé le marché jusqu’à cette semaine, l’on était en droit de se demander si la grande effervescence serait au rendez-vous cette année. Finalement, le marché a retrouvé son naturel.

Si les points de vente sont enfin bien approvisionnés, cela a-t-il tiré les prix vers le bas ? Rien n’est moins sûr. Les prix restent élevés. Ahamadou Sidibe qui fait commerce de bétail depuis une décennie entre la capitale et son village natal de Diafarabé, pense que les prix grimpent à cause des nombreux intermédiaires qui interviennent dans le circuit.

« Les petits démarcheurs qui nous amènent les clients ont droit à des ristournes. Ces jeunes gens qui sont souvent des parents à nous connaissent très bien le prix réel de chaque mouton. Ce sont eux qui font le marchandage avec les clients comme si l’animal leur appartenait. Nous, on n’intervient qu’en cas de besoin. Ce que le démarcheur gagne sur le prix réel du mouton lui appartient», explique le commerçant, entouré d’une bonne dizaine de «coxeurs » (intermédiaires) qui rivalisent d’ardeur pour aborder les clients.

Il faut dire ces intermédiaires ont « miné » le terrain. Dès qu’un client potentiel débarque, il est assailli par une nuée de « coxeurs ». Chacun tentant de l’orienter vers « ses » animaux avec diverses propositions. « Venez par là grand frère, j’ai de très bons béliers et moins chers », « Tonton avancez votre voiture, mes béliers sont les meilleurs du marché …», peut-on ainsi entendre.

La complicité qui lie les commerçants et les intermédiaires complique la tâche aux acheteurs. Certains comme Madou Coulibaly n’ayant pas le don du marchandage ou pas assez de temps, se font avoir. Ces personnes déboursent beaucoup plus que le prix normal du bélier.
Comme nous le disions dans notre précédent reportage, les prix du marché ne respectent aucune logique. L’apparence physique de l’animal et un bon talent de négociation sont les principales armes des commerçants.

Le prix du mouton varie entre 30 000 et 150 000 Fcfa pour les moutons ordinaires. Mais pour avoir un bélier d’une certaine qualité, il faut débourser un minimum de 70 000 Fcfa.

Sous cette somme, on ne peut avoir que de petits moutons ou des béliers pas vraiment en forme ou blessés durant le voyage. Comme pour toutes les autres marchandises, les animaux de premier choix sont proposés à une clientèle fortunée. Les béliers qui dominent de loin le troupeau pointent à 200 000 et grimpent jusqu’à 300 000 Fcfa.

Tel un psychologue, un commerçant de béliers croisé au cœur du marché de bétail de Faladié perçoit dès le premier abord, la qualité de mouton dont le client a besoin ou qu’il est capable financièrement d’acheter.

« Avec la pratique, il est très facile pour moi de me faire rapidement une idée générale sur le client. Par exemple, le client qui arrive ici à bord d’une voiture de luxe n’est pas traité comme celui qui débarque perché sur une vielle moto », relève-t-il en plaisantant. Avant de reprendre une mine plus sérieuse à la vue de deux jeunes démarcheurs escortant un client qui cherche un bélier dont le prix n’excède pas 40 000 Fcfa. «À chacun ses moyens. L’essentiel c’est d’immoler un mouton le jour de la fête », confie le client qui estime qu’il ne faut être le seul dans son secteur à ne pas sacrifier de bélier le jour de la fête.

« En réalité, les temps sont durs, mais les gens qui souffrent sont généralement ceux qui vivent au delà de leurs moyens », répond le commerçant pour consoler l’homme qui est reparti satisfait avec un bélier de taille modeste.
Sur la rive gauche, au marché de bétail de Lafiabougou, c’est la même ambiance. Les démarcheurs sont partout. Ils agacent certains. D’autres, plus tolérants pensent qu’il faut les laisser faire leur métier. Il faut dire que l’activité est devenue le gagne-pain de nombre de jeunes Bamakois.

Le hasard a voulu que nous croisions à nouveau notre berger mauritanien (voir l’Essor de mercredi). Les choses ont aussi bien changé pour lui depuis notre dernière rencontre. « Vraiment Dieu merci, le marché est de plus en plus animé. Je dois même recevoir une nouvelle cargaison que j’ai commandée du pays », nous a-t-il confié visiblement satisfait.

La fièvre du mouton s’est même emparée des grandes artères de la capitale. De petits marchés s’improvisent partout. Comme par exemple, au carrefour de Magnambougou où un troupeau d’une cinquantaine de moutons a passé la nuit dernière sous l’œil vigilant de deux frères bergers.

Un des bergers venus de Konna (Région de Mopti) vante les mérites de ses bêtes en soutenant que leurs prix défient toute concurrence (entre 40 000 et 75 000 Fcfa).

Beaucoup d’observateurs s’accordent à dire qu’avec cette abondance, il y a de fortes chances que le prix du mouton baisse la veille de la fête. Mais le jeu vaut-il la chandelle ?


A. M. CISSE

Essor du 05 décembre 2008