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Les travailleurs de la société Moolmans de Sadiola ne peuvent accéder à des permissions dépassant une journée, sous peine d’être licenciés.
L’on croyait que le départ massif des agents de la société Moolmans de Sadiola vers une autre société minière basée en Mauritanie allait conduire ses responsables à mettre la pédale douce. Erreur.

Ils ont, au contraire, durci le ton vis-à-vis des travailleurs qui ne savent plus où donner de la tête. Nul doute que les dirigeants de Moolmans sont plus que jamais décidés à faire avaler des couleuvres à leurs subordonnés. C’est d’une main de fer que les Sud-Africains dirigent la société.

Comme si les conditions exécrables dans lesquelles évoluent les travailleurs ne suffisent pas, la société vient d’arrêter de nouvelles restrictions relatives aux permissions accordées aux travailleurs.

Naguère autorisé par le directeur des ressources humaines, aujourd’hui l’accès à une autorisation d’absence relève de la croix et de la bannière. Ne pouvant plus dépasser une journée, les demandeurs de permission d’absence sont obligés de passer par le directeur général pour avoir son aval.

« Avoir présentement une permission à Moolmans est très difficile. Si, auparavant la situation était gérée avec le chef du personnel, maintenant c’est directeur lui-même qui signe. Il faudrait encore que la demande de permission ne dépasse pas une journée. Si c’est le cas tu peux ne pas compter sur l’accord du directeur » , confie un agent de la société.

Que cache la décision ? Selon nos informations, la société, en procédant de la sorte, entend minimiser le départ des travailleurs. Elle veut faire tout pour que ceux-ci ne disposent pas de suffisamment de temps pour avoir des contacts avec d’autres sociétés. Mais c’était sans compter avec la détermination des travailleurs qui veulent rompre avec « l’esclavage » dans le travail.

L’antichambre de la fermeture

Outre le départ de 3 ouvriers et d’un superviseur le 28 août 2008, d’autres, selon nos informations, leur ont emboîté le pas. Il s’agit des chargeurs, des conducteurs de Bulldozer. Il y a 15 jours, la mine n’a pas tourné parce que l’équipe de nuit a préféré bouder pour manifester son indignation face aux traitements inhumains et dégradants qu’elle subit de la part des responsables de la société.

Dans cette société, les travailleurs ont encore en mémoire la mort en paria de deux des leurs sans que cela n’émeuve les responsables de la société. Malgré l’évacuation d’urgence sur les hôpitaux de Bamako que leur état exigeait puisque victimes d’accident de travail, la société n’a trouvé mieux que de jouer la prolongation. La suite est connue.

Dieu seul sait le nombre des victimes d’accident de travail et qui n’ont pas bénéficié de l’appui et de l’assistance de l’entreprise. Autant de raisons qui font que les travailleurs ont le moral au talon au point qu’ils sont en train de faire un à un leurs valises vers une société minière en Mauritanie.

Au lieu de régulariser la situation des agents qui sont sans avancement depuis 4 à 5 ans et alors que d’autres sont en attente, le nouveau directeur des ressources humaines a procédé à des recrutements à partir de Yatela en remplacement des partants. Des sources informées rapportent que le directeur s’était engagé sur la voie de l’amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs mais que c’est lui qui aurait fait fléchir ce dernier arguant que même si la société se vide aujourd’hui qu’il y aura d’autres agents pour les remplacer.

C’est dire quelque part qu’il est à la base du malheur des travailleurs dont leur seul tort est de réclamer leurs droits ou d’être à la recherche d’un horizon meilleur pour un lendemain certain. C’est en novembre 2009 que la société Moolmans de Sadiola fermera ses portes.


Mohamed Daou

09 Octobre 2008