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À l’occasion de la Journée internationale dédiée à cette couche vulnérable, nous avons approché certaines de ces braves femmes qui nous racontent leur quotidien

«Depuis la mort de mon mari, il y a plus de 20 ans, je m’occupe seule de mes 5 enfants, dont deux handicapés. Étant la cheffe de famille, je devais prendre en charge les frais de loyer, de nourriture et de santé de mes enfants. Pour subvenir à ces dépenses, j’ai travaillé durement pour prendre en charge ma famille», se rappelle Aïssata Diaby, veuve et vice-présidente de l’association Benkadi des veuves de Sébénicoro. «Ces années d’activités m’ont rendu malade. Cela a joué sur l’éducation de mes enfants», regrette-t-elle. Ces difficultés d’Aïssata Diaby sont le vécu d’un grand nombre de veuves. Sitan Diallo, présidente de l’association Benkadi qui compte beaucoup de veuves, témoigne dans ce sens. Elle soutient que beaucoup de veuves vivent les mêmes difficultés que notre interlocutrice Aïssata. Sitan Diallo explique que son association fabriquait du savon pour subvenir aux besoins de ses adhérentes grâce à un appui matériel de l’ONG Islamic Relief. Il y a trois ans, poursuit-elle, cette activité a pris fin à cause des coûts élevés des matières de production. Elle a salué également l’ONG pour le parrainage de certains de leurs enfants âgés de 0 à 10 ans. Ceux-ci bénéficient de la somme de 50.000 Fcfa par trimestre pour contribuer à leur éducation et la prise en charge de leurs besoins. Actuellement, l’association Benkadi connaît beaucoup de difficultés parce que les appuis multiformes ont cessé ou diminué dans certains cas en sa faveur.

La perte d’un conjoint est un véritable désastre pour chaque femme et foyer conjugal. Les conséquences, avance une veuve, sont notamment la perte des droits d’héritage, l’expulsion et le manque de soutien. Ces dernières délaissées et abandonnées à leur propre sort  doivent se battre au quotidien pour survivre, accentuant du coup leur vulnérabilité.

Consciente des difficultés que connaissent les veuves, l’Organisation des Nations unies a décidé de dédier le 23 juin de chaque année à la sensibilisation sur la marginalisation de cette couche vulnérable. Mouneïssa Tangara, vendeuse ambulante d’eau et d’arachide  au rond-point de Kalaban Coro est en quête de clients. Elle salue cette initiative de la communauté internationale. Mouneïssa Tangara explique qu’après le décès de son époux, il y a 5 ans, ses six enfants et elle ont été mis à la porte. «Ma belle famille a demandé que je me marie avec mon beau frère.

J’ai refusé et mes beaux-parents m’ont demandé de quitter mon foyer avec mes enfants. Je ne pouvais pas épouser un homme qui ne s’entendait pas avec mon mari», se défend Mouneïssa qui habite seule avec ses enfants à Sabalibougou dans une piaule qui lui coûte 15.000 Fcfa par mois.

Le gouvernement est aussi préoccupé par le cas des veuves et notamment celles des militaires morts sur les théâtres d’opération. à leur intention, les autorités ont adopté l’ordonnance n°2022-013/PT-RM du 01 avril 2022, portant modification de l’ordonnance n°2016-020/P-RM du 18 août 2016 modifiée portant statut général des militaires. Ainsi l’ordonnance n°2022-013/PT-RM du 01 avril 2022 en son article 25 stipule que la famille de tout militaire décédé sur le théâtre d’opération a droit à une indemnité forfaitaire égale à 10 ans de salaires calculé sur la base de l’indice maximal du grade immédiatement supérieur. Ouleymatou et ses enfants sont assis dans la cour de leur maison à Yirimadio Zerni, en train de jouer à la belotte.

Cette veuve militaire âgée de 37 ans a perdu son mari sur le front depuis 3 ans. Elle a reçu les droits de son époux. Sur ce droit, Ouleymatou a acheté la maison dans laquelle elle habite avec ses enfants. «Je sais que l’argent ne va pas me ramener mon mari, mais il va aider mes enfants et moi à l’avenir», s’est-elle résignée.

Rokia Diarassouba, une jeune veuve habitant Niamakoro, attend de recevoir les droits de son époux mort lui aussi au front, il y a quelques mois. Son défunt mari lui a laissé un enfant âgé d’un an et demi. Le retard dans l’obtention des droits des militaires décédés au front peut aussi être dû au temps de traitement des dossiers qui ne relèvent pas des compétences du service social des Armées. Concernant les dons destinés aux veuves des militaires, la direction du service social des Armées explique qu’ils sont distribués en fonction de critères qui privilégient les veuves qui sont dans le grand besoin.

Mme Dembélé Oulématou Sow, présidente de la Coordination des associations et ONG féminines (Cafo) assure que son organisation apporte des appuis multiformes aux veuves. Ces actions sont, entre autres, le renforcement de leurs capacités pour renforcer leur résilience (leadership, formation aux métiers, droits des femmes, entrepreunariat, management et gestion d’AGR…). Des aides humanitaires en vivres et non vivres, notamment pendant les fêtes religieuses sont apportées aux veuves. Mme Dembélé Oulématou Sow plaide pour l’élaboration d’une stratégie spécifique de prise en charge des veuves.

Baya TRAORE

Source: L’Essor