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La situation des enfants en situation difficile (enfants de la rue) est devenue aujourd’hui un fléau social. Ce phénomène constitue un grave problème révélateur d’une crise sociale et morale qui accompagne la modernisation de la société. Ils sortent et dorment souvent sous les ponts dans les rues de Bamako, particulièrement la zone appelée Rail-Da et d’autres avenues de la ville. Ne bénéficiant d’aucune aide, le plus souvent, ces mendiants laissés à leur triste sort, amènent la plupart de ces enfants à la délinquance juvénile et à une vie non-souhaitable.

Qu’est-ce qui poussent ces enfants à aller dans la rue ? Et quelles conséquences peuvent avoir leur situation sur la société ? Cette problématique s’explique très généralement par la brutalité et maltraitance de l’enfant. Hamadou Diallo, disciple de 12 ans, loge chez son maître pour apprendre le Coran près de l’Usine Toguna, dans la commune VI du district de Bamako. «Chaque jour, je quitte la maison pour venir mendier à Sogoniko-gare. Dans la journée, je peux gagner 2000F et 250F est pour mon maître. Notre maître nous maltraite, qu’on lui apporte l’argent ou pas, il nous bat. Il n’assure pas notre ration alimentaire. On se promène de porte à porte pour quémander de la nourriture à chaque heure de repas », confesse-t-il.

Certains de ces enfants sont exposés à des abus sexuels, ainsi nous confie Karim, un enfant de 11 ans : «Pendant la nuit, mon copain, plus âgé que moi, me fais subir un acte d’abus sexuel par force jusqu’à ce que je tombe malade». Et la victime d’ajouter que grâce à une ONG, elle est sur pied et continue de mendier. Et en plus de cela, j’ai changé de clan, car les personnes que je fréquentais étaient des toxicomanes.

A peine 10 ans, Kola Diallo, a été envoyé chez le marabout Dicko. Ce dernier lui faisait subir toute sorte de maltraitance physique. « Il m’envoie travailler dans le marché, et me bat souvent à sang. Je me suis enfui de chez lui pour rejoindre certains de mes amis vivants dans la rue.  Je vis dans cette condition misérable il y a plus de deux ans de cela », a-t-il dit. « J’ai eu cette blessure sur mon pied suite à un vol. Ce jour-là, j’avais faim et soif et j’ai volé le portefeuille d’une bonne dame qui passait. Cette dernière s’est mise à crier et on m’a pourchassé. Dès ce jour, j’ai juré de ne plus jamais voler. Parfois, certaines ONG, nous apporte certaines nécessaires (habits, chaussures, nourritures)», explique-t-il avec un ton désespéré.

Ces enfants sont exposés à toutes sortes de danger, mais certains préfèrent cette vie que de retourner en famille ou chez leurs maîtres qui les font subir toute sorte de violation. Karamogo Sidibé, un petit bonhomme de 11ans, fut envoyé par sa famille dans le but d’apprendre et lire le coran. « J’ai quitté Macina (région de Ségou) pour Bamako dans un contexte bien précis, celui de mémoriser le coran, mais mon rêve fut voué à l’échec à cause de mon maître coranique qui m’exige de mendier dans les rues contre ma volonté. Parfois, il me bat à sang et ne fait aucun nécessaire pour moi. Tout ce que je gagne en mendiant, je lui apporte et c’est avec cet argent qu’il subvient aux besoins de sa famille », raconte-il, en pleurnichant. Il a envie de retour chez lui, mais craignant la colère de son père, il préfère continuer à mendier dans les rues de Bamako.

Agé d’une dizaine d’année, Thierno Diallo a quitté la concession familiale à cause de la pauvreté. « J’ai quitté ma famille par manque de moyens. Chaque soir vers 22 heures, je viens passer la nuit sous ce pont sur cette vieille natte. Et cela fait une année que ma famille n’est pas allée à ma recherche. J’ai un ami boutiquier qui me commissionne en longueur de journée à la gare de Sogoniko, et à la fin de la journée, il me donne 500F et je me nourris avec ça», a-t-il révélé..

L’enfant a affirmé qu’il a passé 2 mois en prison suite à une bagarre qui a mal tournée. «J’ai poignardé un camarade à cause de 250 FCFA qu’on devait partager entre nous ». La raison qui l’a conduit à abandonner le foyer familial est la violence exercée par sa belle-mère. «Les enfants n’ont pas demandé de venir dans ce monde, autant prendre soin d’eux pour qu’ils ne finissent à la rue », explique un parent.

Fatoumata Z Coulibaly, stagiaire

Le Républicain du 26 Octobre 2017