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En effet, des affrontements très violents, ont opposé policiers et jeunes badauds de lundi après-midi à mardi matin. Les jeunes gens érigeaient des barrages de pierres et de pneus enflammés dans les rues et jetaient des projectiles.

Les policiers répliquaient par des grenades lacrymogènes. Un véhicule de police a été incendié, de même que la voiture d’un particulier. Ainsi que des hangars du marché. Les vandales ont « visité » plusieurs concessions.

La situation était proprement insurrectionnelle. Pour la maîtriser, ont été mobilisés des détachements de la police, de la garde nationale, de la gendarmerie et du service de la protection civile. Deux blindés de la police ont même été appelés en renfort.

De hauts responsables des services de sécurité étaient également sur le terrain comme le directeur général de la police nationale, le contrôleur général Niamé Keita, un colonel de la gendarmerie nationale, un commandant de la garde nationale.

Ce n’est qu’aux environs de 4 heures du matin que la situation a été totalement maîtrisée. Mais les feux allumés par les émeutiers sur la principale rue de ce quartier très peuplé continuaient à brûler quand notre équipe de reportage quittait les lieux. L’air était devenu irrespirable à cause de l’odeur du gaz lacrymogène.

Au petit matin, le commissaire divisionnaire Mamadou Baka Sissoko a dressé le bilan de cette nuit très mouvementée. Au total, vingt neuf personnes ont été interpellées dont deux femmes. On dénombre aussi plusieurs blessés parmi les agents de sécurité. L’instigateur de l’incendie de la voiture de la police, un certain « Sèguè » (potasse en bambara) a été arrêté. L’homme est bien connu des services de police du District pour avoir été impliqué dans plusieurs affaires de délinquance.

Qu’est-ce qui a provoqué ce grabuge ?

L’expulsion du chef de quartier, Birama Koné dit Becken, de la concession qu’il dispute à la vieille Moh Traoré. Âgée de 60 ans, celle-ci est la veuve de l’ancien chef de quartier, feu Fako Koné, décédé en 1983. Le vieux laissa derrière lui en plus de sa veuve, une fille aujourd’hui mariée et mère de deux enfants. Il avait adopté Birama Koné dit Becken, le fils d’un ses frères.


Tentative de falsification

Après le décès de Fako Koné, les notables du quartier ont décidé de confier la chefferie à Birama Koné dit Becken, son fils adoptif. Le nouveau chef de quartier vivait donc dans la concession de son oncle défunt en compagnie de la vieille Moh Traoré et de sa cousine jusqu’en 2008. Cette année-là, Birama Koné décida d’expulser la vieille Moh de la concession de se l’approprier. Pour parvenir à ses fins, il se rendit au service des domaines et tenta de falsifier la lettre n° GM/029 et le permis d’occuper n° 0218 du 26/06/08, établie au nom de la veuve.

Mais son projet fut vite éventé par la dame qui se rendit dans les structures administratives concernées pour s’y opposer. Elle porta plainte en justice en faisant valoir que la maison n’appartenait pas à Becken, fut-il le neveu de son défunt mari et actuel chef de quartier. Le tribunal de première instance de la Commune I trancha en faveur de la vieille Moh.

Birama Koné ne s’avoua pas vaincu et fit appel. Le 6 février dernier, la cour d’appel a confirmé le premier jugement et ordonné l’expulsion de Becken de la concession. Mécontent d’avoir été désavoué par les juges, le chef de quartier de retour à la maison, s’acharna sur les portes et les fenêtres de certaines chambres et de la cuisine. Il a ainsi démoli des annexes du bâtiment principal.

La colère le poussa à abattre de ses propres mains certains arbres de la cour et à déverser des ordures dans le puits de la concession. Il fit rédiger un communiqué qu’il diffusa sur les ondes d’une radio de proximité de la place, invitant en réunion les jeunes de son quartier dans la cour d’un certain Moussa Diakité. Un participant à cette réunion rapporte que les jeunes et le chef de quartier ont juré de faire payer à la veuve sa témérité. Ils auraient aussi décidé de s’opposer, même par la force, à l’application de la décision de justice.

Samedi, un huissier accompagné des agents du commissariat du 6e arrondissement, s’est transporté à la Rue 48 de Banconi Salembougou dans la concession litigieuse. Venus procéder à l’exécution de la décision de justice, ils se sont heurtés à une opposition farouche de Becken et ses partisans. Avec beaucoup de difficultés, ils parvinrent cependant à les expulser de la cour. Aussitôt les policiers partis, Becken rameuta ses troupes et les invita à se préparer à affronter les forces de l’ordre et à saccager la maison jusqu’à la dernière pierre du soubassement.

Le chef de quartier, par le canal d’une radio privée, galvanisa ses troupes. Tout au long du week-end, des conciliabules ont eu lieu chez Moussa Diakité et chez l’un des amis du chef du quartier. Ce dernier reçut des renforts des six secteurs de Banconi et de certains quartiers voisins.

Informée, la police a pris des dispositions pour empêcher le trouble à l’ordre public. Lundi, aux environs de 17 heures, des jeunes ont tenté de forcer le passage à destination de la maison de Moh Traoré.
La police a dû faire usage des grenades lacrymogène. Pour contraindre les forces de l’ordre à se disperser, les jeunes ont formé plusieurs petits groupes.

Ils commencèrent à brûler des pneus sur la voie publique et attaquèrent les agents en leur lançant des projectiles. Débordés, les policiers ont demandé du renfort et la bataille rangée a commencé.

Bien que mis en déroute par les forces de sécurité, le chef du quartier et sa troupe n’avaient pas renoncé à déloger la vieille Moh de sa maison. Ils trouveront sans doute à qui parler car, on ne peut douter, que force restera à la loi.

G. A. DICKO

Essor du 18 Février 2009