Partager

fem.jpgC’est une banale histoire de malchance qui est à l’origine de la destruction du foyer de Koro S., jeune femme de 28 ans, mère d’une enfant de 5 ans. Elle est la deuxième épouse de son commerçant de mari.

Les affaires de monsieur ne marchant plus depuis quelques années, il a décidé d’aller consulter son marabout dans les confins de Ségou. « Ta seconde épouse est à la base de ta chute. Elle porte la guigne », aurait argué ce dernier. Et depuis ce jour, la vie de cette jeune maman a basculé.

« J’ai constaté son changement de comportement le jour de son retour. Il est aussitôt devenu méconnaissable. Tout ce que je fais de bien est considéré comme un péché. Au cours d’une dispute, il m’a fait savoir que j’étais la cause de ses déboires financiers et qu’il ne tarderait pas à me renvoyer. C’est ce jour-là que j’ai compris pourquoi j’étais indésirable », se rappelle-t-elle les larmes aux yeux.

Très vite, la jeune mariée et sa fillette sont devenues la risée de la famille avec des critiques, des provocations, des quolibets émanant et de sa co-épouse et de ses enfants. « Depuis que tu es là, notre père a perdu tout son argent à cause de ta guigne. Tu as intérêt à aller loin avec ton « téré djugu » pour que la paix et la prospérité reviennent chez nous. Espèce de malchanceuse ! Tu nous a pourri notre vie… sont des mots que j’essuyais tous les jours », dit-elle.

Malgré tout, Koro n’a pas baissé les bras. Grâce aux conseils de ses parents, elle est restée imperturbable. « Je n’ai jamais bronché. Je continue toujours d’obéir à mon mari comme si de rien n’était. C’est dur, mais je ne peux pas quitter mon foyer sur des allégations et du n’importe quoi. Ce n’est pas après plus de 5 ans de mariage qu’on va m’accuser de porter la guigne. Il a mal géré ses affaires, c’est tout. Moi, je ne bouge pas ! », tranche la malheureuse.

Elle espère qu’avec le temps et l’intervention de bonnes volontés, son mari reviendra à de meilleurs sentiments et que sa vie de couple et de « baramousso » (épouse préférée) sera relancée de nouveau.
Peine perdue ou illusion ?

S. Y. D. / Echos du 23 fev 07