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Le train du week-end en provenance de Bamako et le train de marchandises venant de Kayes sont entrés en collision. samedi dernier. L’accident est survenu en pleine nuit non loin de Mariko, un village situé sur le Baoulé.

Le bilan est de 6 morts : deux contrôleurs de train, un contractuel de Transrail et trois personnes qui n’étaient pas encore identifiées au passage de notre équipe le dimanche dernier. Les blessés graves sont au nombre d’une dizaine. Cinq personnes ont été blessées légèrement. Des bouviers qui faisaient paître leurs bêtes dans les environs et des policiers du commissariat spécial des chemins de fer furent les premiers à arriver sur les lieux de l’accident.

Quant aux dégâts matériels, ils sont importants. Deux wagons furent renversés, éparpillant dans des touffes de hautes herbes des dizaines de cartons contenant des œufs, de la volaille, des engins à deux roues, de l’huile et d’autres victuailles. Les rails n’ont pas été endommagés.

Quelles sont les causes de l’accident ? Les agents de Transrail trouvés sur place se sont montrés trop peu bavards. Ceux qui ont accepté de s’exprimer sur le sujet, l’ont fait en souhaitant garder l’anonymat.

D.D est l’un de ceux-ci. Selon lui, le train de marchandises et le train du week-end ne devaient pas se rencontrer en rase campagne. «Il y a des moyens de communication et il n’est pas normal que les deux engins se rencontrent en pleine brousse», explique notre interlocuteur qui raconte les circonstances du drame.

« Il était environs 3 heures du matin quand le conducteur du train en provenance de Kayes et qui venait de quitter le point d’arrêt de Sébékoro aperçut la lumière d’un autre train qui venait de Néguéla. Après quelques moments d’incompréhension, il décida de s’arrêter en pleine campagne et projeta toutes ses lumières pour que l’autre conducteur l’aperçoive et ralentisse à son tour pour éviter une collision. Malheureusement, le conducteur du train du week-end ne comprit pas la manœuvre.

Il avait lancé toute sa puissance et ne put s’empêcher de frapper de plein de fouet le train de marchandises arrivant en sens inverse. Le choc fut si violent qu’un collecteur passager et un autre de marchandises quittèrent les rails pour se retrouver sur le flanc à cinq pas de la voie. La devanture du collecteur passager a été réduite en un amas indescriptible de ferrailles. Celui des marchandises a été projeté quelques mètres plus loin. Sur son passage, il arracha des arbres et fit coucher une épaisse masse de paille. »

Quelques heures après l’accident, une noria de véhicules de la protection civile, de la police, de la gendarmerie et de la direction de Transrail ont convergé sur les lieux du sinistre pour secourir les blessés, constater et évaluer les dégâts matériels et les pertes en vies humaines. Les six morts ainsi que les blessés ont été transportés au centre universitaire hospitalier Gabriel Touré de Bamako.

La direction de Transrail a ouvert une enquête pour situer les responsabilités. Au passage de notre équipe, les agents de la société s’activaient à dégager les rails. Notre interlocuteur D.D a assuré que dans les deux heures qui suivront la voie sera totalement libre. Une locomotive faisait la navette entre Néguéla et le lieu de l’accident. Il tirait les wagons un à un et les déposait à la gare ferroviaire de cette localité.

Quid des chefs de gare de Néguéla et de Sébékoro. Au commissariat spécial de Bamako, l’inspecteur Cheick Oumar Diarra nous a confié que le chef de gare de Néguéla ayant compris que sa responsabilité était engagée dans l’accident, a préféré se rendre de lui-même à la police alors que son homologue de Sébékoro aurait pris la fuite. Il est actuellement activement recherché pour les besoins de l’enquête.

Sauvé par sa cigarette

Un policier en service dans le train de marchandises a eu la vie sauve grâce à son envie de fumer. Lorsque le train s’est arrêté en pleine campagne l’agent qui brûlait d’envie de griller une cigarette a quitté son siège pour aller fumer dans les toilettes d’un autre wagon. Pendant qu’il tirait sur sa clope, il ressentit le choc.

Sans se douter de rien, il continua à fumer jusqu’au mégot qu’il jeta dans la chasse eau pour ne pas provoquer un feu de brousse. Puis, il voulut voir ce qui venait de provoquer un choc aussi terrible. A son retour, il ne trouva pas le wagon dans lequel il était assis et fut surpris de voir que sa place avait été réduite en un amas de ferrailles.

Le policier oublia le bon Dieu et se mit à prier pour la cigarette qui venait de lui faire échapper à une mort certaine. Le sergent écoutera-t-il encore le message des antitabac ? Rien n’est moins sûr.


G. A. DICKO

Essor du 04 Novembre 2008