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Thierno Hady Tambadou, employé à la chambre de commerce et d’industrie : « Nous devons chercher les voies et moyens pour sortir de la situation qui nous a été présentée ».

jpg_micro-trotoir.jpg“La situation que nous vivons actuellement au Mali est très délicate mais pas aussi désespérée qu’on le dit.” Il faut que les concitoyens sachent que ces derniers temps, ça n’allait pas sur le plan social, économique et militaire. Cette dernière question n’est pas une affaire de civils mais avec le problème du nord, on a assez attendu. L’autorité de l’Etat était bafouée. C’est quelque chose qui était visible même dans la rue. Certes, un coup d’Etat en soit n’est pas salutaire, n’est même pas souhaitable. C’est une solution extrême ; c’est le dernier recours. L’acte a été posé mais la nation reste. Nous devons maintenant chercher les voies et moyens pour sortir de la situation qui nous a été présentée.

Il faut que les leaders des partis politiques, en particulier les grands partis comme l’Adéma, le RPM, le Sadi, l’UDD, etc., se retrouvent pour former un cadre de réflexion à présenter au CNRDRE. Ils doivent collaborer parce que ça ne sert à rien de se mettre de côté et de faire des déclarations pour ou contre. Ça ne fait qu’envenimer la situation. Les maliens sont fatigués de tout cela. En 2011, l’hivernage n’a pas été bon et il y a une pénurie alimentaire qui se profile. Il y a une menace réelle de famine dans toutes les régions du pays. A Bamako, la cherté de la vie se fait déjà ressentir.

Puisque le coup d’Etat se présente, il faut que la classe politique sache qu’elle a un rôle prépondérant à jouer. La formation d’un gouvernement d’union nationale est une solution salutaire. Il faut que les politiques oublient les querelles partisanes et se penchent sur deux choses fondamentales : la sauvegarde de la République et la gestion de la guerre. Qu’on laisse les militaires se charger de cette affaire de guerre. Ils ont dit qu’ils manquaient de matériels. Un pouvoir fort et crédible est un pouvoir civil. Il faut donc que la classe politique revienne à son rôle classique d’exercice du pouvoir et qu’on nous dote d’une armée forte pour faire la guerre.

A présent on parle de dialogue. Tout compte fait, ceux contre lesquels nous nous battons restent des frères. Qu’on parte sur cette voie du dialogue et si ça ne suffit pas, il y a une institution qui est là, l’armée. Il y a des gens formés pour ça : les officiers, les sous-officiers et les hommes de rang.

Un diplômé sans emploi : « Je ne conteste pas le coup d’Etat »

Je pense que le coup est déjà parti. L’action a déjà été faite. On est obligé de l’accepter. Celui qui a fait le coup d’Etat a peut-être une solution à nos problèmes. Mais je pense aussi que le militaire qui a fait le coup d’Etat, ça n’arrange que lui. On va attendre pour voir ce qui va se passer les jours à venir. Pour le moment, je ne le conteste pas. On est des jeunes diplômés sans emploi : on quitte chez nous pour aller prendre du thé au grin.

Madane Dravé, boutiquier : « Les difficultés quotidiennes nous préoccupent »

Les citoyens maliens connaissent des difficultés. Nous demandons au Bon Dieu que la gestion de la situation soit favorable aux citoyens. Les difficultés que nous vivons au quotidien nous préoccupent et même nous rendent la vie difficile. Il s’agit entre autres de la crise alimentaire, du problème du nord. Nous souhaitons que la clémence de Dieu nous aide à résoudre ces problèmes.

Moussa Traoré, fonctionnaire à la retraite : « Le retour au pouvoir du président évincé n’est pas une solution appropriée »

Avant le coup d’Etat, ce qui me gênais dans ce pays était le problème de la rébellion dans le nord. Je pense que les maliens doivent se parler pour mettre fin à ce conflit. N’importe quelle solution qui apaise les esprits, moi j’y adhère.

Les nouvelles autorités doivent tout mettre en œuvre pour ramener le calme ici, à Bamako. Nous les suivrons dans leur quête de donner de l’espoir au peuple. Nous, qui sommes des civils, sommes conscients qu’il n’y a pas d’Etat sans une armée. Et je pense que le retour au pouvoir du président évincé n’est pas une solution appropriée, cela ne ferait qu’empirer la situation. La population devrait aider les militaires à trouver un président civil avec lequel ils collaboreraient. C’est le prix à payer pour le retour au calme et à la sérénité.

Zana Coulibaly, revendeur de journaux : « Ce capitaine est un grand homme »

Je trouve que ce coup d’Etat est une bonne chose au regard de la situation que nous vivions. Parce que c’était la pourriture totale ! Un pauvre ne peut pas avoir un emploi ! On achète le concours de la fonction publique. Après les études si tus n’as pas d’argent tu ne peux pas avoir d’issue dans la vie.

C’est à ce titre que ce coup d’Etat est à saluer. On ne pouvait pas l’éviter. Je n’allais pas être du tout content si ATT avait quitté le pouvoir sans coup d’Etat. Ce capitaine est un grand homme. Si moi j’étais à sa place, je dirais simplement « NON » à ceux qui lui demandent de quitter le pouvoir.

Hamèye Diawara, étudiant : « J’espère que ce soit une réussite pour notre pays »

Ce que je peux dire par rapport à ce coup d’Etat, c’est qu’il m’a vraiment fait plaisir ! J’espère simplement que ce soit une réussite pour notre pays. Les militaires peuvent constituer un gouvernement qui puisse conduire aux élections le plus vite possible. Je pense qu’il ne serait pas aussi mal d’organiser ces élections le 29 avril.

Un magistrat : «Un coup d’Etat est un recul mais si…»

Considérant tout ce qui s’est passé ces dernières années et plus particulièrement ces derniers temps dans notre pays, aucun Malien ne peut rester indifférent. Je ne peux que prendre acte et demander au CNRDRE, à la société civile et aux partis politiques d’entamer immédiatement un dialogue. Parce que le plus important est l’unité de notre pays. Un coup d’Etat est un recul mais si c’est déjà consommé, je pense qu’on doit évoluer avec. Notre nation ne peut pas rester dans cette stagnation. Il y a des alternatives. Il faut des discussions qui aboutissent à la mise en place des institutions de la transition pour que la situation suive son cours normal.

Demander le départ immédiat des militaires peut amener d’autres blocages. Mon souci, c’est de préserver le Mali. Les intérêts personnels et égoïstes doivent être écartés. Il y a une situation de fait qui est là, il faut trouver une solution idoine. Le Mali a d’autres préoccupations qui priment sur toute autre chose : le nord, les questions économiques qui sont assez criardes. Et s’il faut en rajouter d’autres, notre économie ne s’en sortira pas.

Seydou Coulibaly

28 Mars 2012

ML :21h 38 TU

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