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Nous cadres peuls, amis et sympathisants de la culture Peule ayant eu à exercer des responsabilités dans le pays,
Mus par un amour sincère et ardent pour la Patrie,
Animés d’un devoir de reconnaissance vis-à-vis de la Nation,
Soucieux de préserver, de défendre et de consolider l’Unité Nationale,
Convaincus que les valeurs de paix, de concorde sociale et de tolérance forment le socle de la société malienne,
Intimement convaincus que les Peuls sont le ciment des multiples pierres si variées qui fondent et soutiennent la Nation malienne.
Attachés fondamentalement aux multiples liens de brassage ethnique, cultuel et racial qui constituent une des valeurs cardinales de notre Société,
Préoccupés par la persistance de la situation d’insécurité et son corollaire, l’ambiance de siège qui règne dans les parties de la région centrale, de l’Est, du Nord Est et du Sud Est du Mali,
Soucieux de la recherche d’une solution holistique et définitive à la crise qui secoue notre pays depuis de nombreuses années et qui ébranle les fondements de notre Etat,

Désireux de prendre une part active et déterminante à la recherche de cette solution,

Engagés à agir en tout lieu et en toute circonstance dans le sens de l’intérêt supérieur de l’Etat malien,
Inquiets devant la césure profonde qui menace dangereusement l’Intégrité territoriale de notre pays, son Unité nationale et sa cohésion sociale.
Meurtris de constater que ces menaces, en dépit de multiples accords signés, ne font que s’élargir et s’approfondir chaque jour davantage,
Désolés de noter, qu’aux revendications autonomistes, voire indépendantistes de certains ressortissants des régions orientales du Mali sont venus se greffer ou, à tout le moins, s’ajouter, des mouvements dits « Djihadistes » au contenu et aux contours, jusqu’ici mal cernés parce que hélas mal définis par leurs propres protagonistes et animateurs,
Redoutant l’existence d’agenda visant la partition du Mali comme ce fut le cas de l’Ethiopie amputée de l’Erythrée, du Soudan divisé en deux (en Soudan et Soudan du sud) violant ainsi le Sacro-saint principe de l’intangibilité des frontières héritées du colonialisme énoncé à Addis-Abeba en 1963.

Sachant que le guide élémentaire de la géopolitique voudrait que  « les Etats n’aient pas d’amis mais, que des intérêts » selon la formule rendue célèbre par le Général De Gaule.
Instruit par l’histoire que la recherche de matières premières singulièrement de source d’énergies fossiles et aujourd’hui renouvelables a toujours motivé les conquêtes coloniales, la domination l’oppression et l’exploitation des peuples et la division de leur territoire ou la création d’organisations appendices des pays dominateurs, comme la tentative de création de l’OCRS.

Persuadés et convaincus que tout règlement de conflit, de situation conflictuelle, de différend quelles qu’en soient la nature et l’origine, sous peine de conduire à l’impasse, doit être bâti sur la justice et l’équité ;
Craignant que les opérations de démobilisation, de cantonnement et, plus tard, d’intégration, d’insertion économique et sociale, de réintégration ou de recrutement dans les Forces Armées et de Sécurité, dès lors qu’elles ne respectent pas les bases élémentaires d’égalité et de justice entre acteurs, risqueraient de créer des frustrations et des tensions inutiles,
Notant particulièrement qu’à cet égard, les sédentaires, Peuls, Sonrhaïs, Sorkhos, Dogons, Bamanans, Bozos, Soninkés, Bellas de la région centrale, de l’Est, du nord Est et du sud Est, sont ultra minoritaires au sein du Comité de suivi de l’Accord, du Comité Technique de Sécurité et du Mécanisme Opérationnel de Coordination s’ils n’en sont pas absents ; de ce fait, inexistant dans les patrouilles mixtes ; craignant aussi, le risque de guerre civile qu’entrainerait l’ordre qu’on donnerait aux patrouilles mixtes en vertu des textes en vigueur, tout groupe armé autre que la CMA et la Plateforme dont il a été sciemment exclu bien que signataire de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale.

Troublés de remarquer que :
-Sur le terrain, la méthode militaire semble être l’unique méthode choisie, ou en tout cas, privilégiée pour combattre ces mouvements djihadistes  en excluant toute possibilité de dialogue avec eux ;
-Constatant que devant l’imprécision de l’ennemi et donc de la cible, des éléments des Forces Armées et de Sécurité mal formés ont commis des exactions sur des populations civiles, essentiellement des populations peules, en procédant à des arrestations massives, à des spoliations de biens animaux et matériels et dans certains cas, à des exécutions sommaires ;
-Les victimes, à bien des égards, sont des citoyens innocents et paisibles qui, pour tout crime, n’ont commis que celui du faciès ;
-La persistance de cette méthode, loin d’apaiser la situation sur le terrain, ne contribue au contraire qu’à l’exacerber et à conduire davantage à une crispation identitaire ravivant l’ardeur des djihadistes en grossissant leurs rangs par l’arrivée massive d’éléments victimes des exactions et mus par un esprit de vengeance ;
-Un tel état de fait pourrait engendrer des situations de suspicion, de haine, d’évitement, de méfiance d’autant que, les exactions menées par les forces armées et de sécurité rapportées à tort ou à raison par les populations procèdent le plus souvent de dénonciations calomnieuses dictées par un esprit de règlement de comptes entre citoyens ;
-Constatant encore, que les activités économiques ont largement pâti de cette situation génératrice de peur et d’incertitude dans toutes les régions concernées ;

Surpris de l’importance démesurée accordée au Front de Libération du Maasina (FLM) d’Amadou Koufa.

Observant que bien qu’ayant choisi d’associer le nom « Maasina » à l’appellation de son front et le sol du Maasina, comme base des opérations de celui-ci, l’aire d’intervention d’Amadou Koufa ne concerne qu’une infime partie de cette zone géographique dénommée Maasina et qui couvre le cercle de Ténenkou et partiellement les cercles de Djenné, Mopti, Ké-Macina et Youwarou, ce vaste territoire se confondant avec ce qu’il est convenu de désigner le DELTA CENTRAL DU NIGER peuplé de peuls, de bozos, de bambaras, de sonrhaïs, de touareg et de maures.

Conscients qu’Amadou Koufa lui-même n’est qu’un mirmidon à la tête d’un groupuscule en mal de posture et d’orientation, aujourd’hui esseulé et abandonné par les siens propres, c’est faire un affront à la communauté peule que de la considérer comme embrigadée et phagocytée par un illuminé de cette espèce. De surcroit, s’il est établi qu’il a profané les mausolées de Sékou Amadou, Amadou Sékou, Allaye Sékou, Alpha Bocar, KARANBENTA, Wellore dans l’enceinte sacrée de Hamdallaye, s’il a vilipendé El hadj Oumar TALL, Sékou Sala et leurs disciples, Amadou Koufa s’est définitivement coupé de l’immense majorité de la UMA Islamique malienne en général et celle du Maasina en particulier.
C’est proférer une insulte insupportable contre les Peuls, du reste très nombreux dans le Birgo, dans le Ganadougou, dans le Guimbaya, dans le Wassoulou, dans le Bélédougou et dans le Bendégou, qui ont choisi la religion catholique et dont certains de leurs enfants se sont illustrés à la tête de l’Eglise malienne, comme Mgr Luc SANGARE, comme Mgr Mory Julien Marie SIDIBE, comme le Père Théophile DIALLO et bien d’autres encore, qu’il serait ici fastidieux de citer.

C’est enfin ignorer l’existence de peuls animistes qui ne croient qu’en la vache.

Autant les actes des frères KEITA arrêtés non loin de la frontière avec la Côte d’Ivoire dans la Forêt de Misséni et celle d’Amadou DOUMBIA incriminé dans l’attaque de Grand-Bassam, de Amedi COULIBALY tué après l’attentat au Super Casher de Paris, Ali DOUMBIA et KOUNTA Dalla ne sont que des actes posés par des individus isolément pris n’engageant nullement la responsabilité de la communauté malinké ou maure à laquelle ils sont censés appartenir, autant les tribulations d’Amadou Koufa ne sauraient être, sauf malveillance et mauvaise foi délibérées, considérées comme des actes entraînant la responsabilité du Pulaaku.

Admettant que le Pulaaku tout au long de l’histoire de nos Etats a fortement contribué à l’implantation de l’Islam et à l’effort de transformation de soi et des autres. Dans cette optique, les peuls ont fondé des théocraties : c’est le cas du royaume peul de Osman Dan Fodio dans le Sokoto (Nigéria), de celui du Maasina fondé par Sékou Amadou, c’est le cas de l’Empire Toucouleur d’El hadj Omar TALL, c’est le cas des Imamats de Timbo et Labé en République de Guinée.

Mais il s’est toujours agi d’un Islam modéré, d’un Islam tolérant qui depuis des siècles côtoie aussi bien des croyances animistes que les religions chrétiennes et protestantes.

Nous, cadres de culture et de langue peule, patriotes et serviteurs de l’Etat.
Nous commerçants, imams, maîtres coranique, bergers, agriculteurs, pêcheurs, amis et sympathisants de la culture peule,

En appelons au sens élevé de l’Etat, de la Patrie et du devoir, du Président de la République et du Gouvernement pour inviter les Forces Armées et de Sécurité sur le terrain, à agir avec vigilance, prudence, discernement et avec suffisamment de circonspection en évitant tout amalgame et toute analyse hâtive, superficielle, partielle et partiale génératrice d’abus et d’arbitraire.

Elles ne devraient en aucune manière se porter responsables de tels actes ni directement, ni par milices villageoises interposées. Elles ne devraient point oublier le caractère républicain de leur mission.
Nous signataires de ce Mémorandum demandons :
-l’arrêt immédiat des persécutions orientées contre des peuls dans leurs zones de mouvement ;
-la libération de tous les notables peuls injustement arrêtés et détenus sans la moindre preuve ;
-que des investigations sérieuses, objectives et totalement impartiales soient menées en cas de dénonciations portées par des citoyens contre d’autres.

Demandons que les opérations de démobilisation, de cantonnement et d’intégration touchent tous les acteurs sur un même pied d’égalité et qu’un traitement égal soit réservé à toutes les situations de même nature.
Demandons une représentation conséquente de la communauté peule au sein des instances de suivi de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale, et au sein de toutes les missions de sensibilisation, d’explication et d’information sur le terrain.

Suggérons que des actions urgentes soient menées pour calmer les esprits dans les zones du Méma, Farimaké, Koréri et Karéri, dans le Maasina c’est-à-dire, dans les zones correspondant aux circonscriptions administratives de Niono, Ké-Macina, Ténenkou, Mopti, Youwarou, Diré et Niafunké, dans le Haïré, le Seno mango, le Seno Gondo, le Seno Bankass, dans tout le Gourma, dans le Gandamya, etc aux fins de ramener le calme et d’éviter le cycle de vendetta. Nous sommes disposés à faire partie de ces délégations si le besoin se faisait sentir.

Exhortons le gouvernement à prendre en compte à moyen et long terme les territoires du Maasina, du Meema, du Seno mango, du Seno Gondo, du Seno Bankas, du Farimake, du Guimbala, du Fituga, du Jelgooji, du Ilam, du Koraru, du Haire, du Gandamia, du Gourma, du Gabéro, du Birgo, du Guimbaya, du Wassoulou, du Ganadougou, du Cemela, dans tout projet de développement au même titre que les autres régions.

Souhaitons que l’Etat, au plus haut niveau, prenne toutes les mesures propres à éveiller les consciences vers le sursaut véritable et le ressaisissement.

Invitons les maliens de toutes les couches et à tous les niveaux, sauf à courir vers leur propre perte, à prendre conscience des défis majeurs auxquels notre pays se trouve aujourd’hui confronté qui à la vérité tirent leurs origines d’un passé assez lointain. L’ignorer, c’est faire preuve d’une cécité politique et intellectuelle ; c’est faire exprès de méconnaître la logique implacable de la réalité géopolitique.

Appelons les citoyens maliens à prendre conscience de la mission que l’histoire leur assigne de rendre aux générations futures le Mali, tel que nous l’avons hérité, c’est-à-dire, entier, uni, fort de son unité et riche de sa diversité ethnique, linguistique, culturelle, confessionnelle et politique.
Exhortons les républicains, les démocrates, les patriotes, les Hommes de progrès, à s’opposer à tout ce qui pousse à l’exil, une composante importante du peuple malien les peuls, au moment où un tapage médiatique est fait autour du retour des réfugiés d’Algérie, de Mauritanie, du Niger, du Burkina-Faso pays que s’apprêtent à quitter les réfugiés Keltamasheqs et Arabes encouragés fort heureusement par les autorités maliennes et la communauté internationale.
Bamako le, 19 août 2016.
Ont signé :

-Pr. Ali Nouhoum DIALLO ancien Président de l’Assemblée Nationale, ancien Président du Parlement de la CEDEAO.
-Ahmadou Mody DIALL ancien Ministre de la Justice, ancien Ambassadeur.
-Mamadou BA ancien Ministre des Forces Armées et des Anciens Combattants.
-Me Hassane BARRY ancien Ministre en charge des Relations avec les Institutions, ancien Ambassadeur.
-Abou SOW ancien Ministre, ancien gouverneur.
-Abdoulaye Yéro DICKO inspecteur des impôts et Vice-président de l’Association des Amis de la Culture Peule (Tabital Pulaaku).
-Hamma CISSE Imam.
-Pr. Sékou BAH pharmacien.
-Mohamed Attayoub SIDIBE chef de la branche politique du groupe d’autodéfense GANDA-ISO.
-Abderahmane Husseini CISSE chef d’état major du groupe d’autodéfense GANDA-ISO.
-Boureimare BARRY combattant.
-Ibrahima DIALLO Améri Bulli késsi.
-Oumar SOW entrepreneur privé.
-Boubacar Mintou KONE administrateur civil.
-Amara DANFAGA DIOP informaticien gestionnaire.
-Ousmane Salia TRAORE administrateur des affaires sociales.
-Alatio Ibrahima DICKO entrepreneur privé.
P. /Les signataires
Pr. Ali Nouhoum DIALLO.

Du 26 Septembre 2016