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Le problème sécuritaire du pays semble occulter les multiples défis qui attendent le nouveau président de la République du Mali, notamment sur le plan du développement économique et de la promotion de l’emploi.

Le 29 avril 2012, les maliens sont appelés aux urnes pour élire un nouveau président de la République. Pour ces cinquièmes élections générales de l’histoire démocratique du pays, les défis ne manquent pas à la société. Les partis aspirant conquérir le fauteuil présidentiel sont entrés en campagne depuis des semaines, chacun exposant les atouts de son porte-étendard.

Fait marquant de l’univers politique : des sujets pour les moins indispensables à la situation actuelle du pays sont occultés au profit de la crise dans le nord. Il s’agit notamment des problèmes économiques, de l’emploi, de l’éducation, et surtout le défi de la lutte contre la corruption, entre autres.

La question de l’emploi des jeunes est «une bombe à retardement qu’il faut désamorcer immédiatement» confessait le candidat de l’Union pour la République et la Démocratie (URD) à la faveur de son investiture, le 18 septembre 2011. Si Soumaïla Cissé n’a pas donné d’indication sur sa politique de lutte contre ce fléau, Ibrahim Boubacar a pris le relais le 14 janvier 2012, en annonçant sa volonté de créer au moins 350.000 emplois pendant le quinquennat prochain, s’il est élu.

Bien avant eux, le président de l’Assemblée nationale, le Pr. Dioncounda Traoré, candidat de l’Alliance pour la Démocratie au Mali (Adéma-PASJ) a alerté le pouvoir exécutif sur la déroute de l’école dont les conséquences seraient la faillite de la nation entière. Sur le plan économique, le pays est au bord du gouffre, reconnaissent plusieurs candidats.

L’agriculture est totalement tributaire des aléas climatiques, le tourisme entaché par l’insécurité chronique des zones de forte attraction touristique. Pour ce dernier secteur, le pays a perdu plus de cinquante (50) milliards de F Cfa de recettes. Les problèmes ont pour conséquence, des difficultés économiques d’une extrême gravité.

Nostalgie dictatoriale ?

L’extraction des ressources naturelles du pays semble se faire en marge du développement national. C’est à ce titre que Soumana Sacko, candidat du parti de la Convention Nationale Africaine et la Solidarité (CNAS-Faso Hèrè), s’est engagé à renégocier les contrats miniers. Une volonté non loin de celle du candidat du parti de la Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance (SADI), qui réclame aujourd’hui le report des élections compte tenu du conflit armé au nord.
Tous les candidats s’accordent à reconnaître que la corruption gangrène le pays jusqu’à ses fondements républicains et sociaux comme les secteurs de «la justice et de la santé», selon le Pr. Dioncounda Traoré.

Malgré la description d’une situation sombre, de nombreuses formations politiques se réclamaient fièrement de l’héritage politique du président sortant. Cependant, les discours de ces dernières semaines, notamment depuis l’éclatement de la crise au nord le 17 janvier 2012, négligent finalement les rôles d’Amadou Toumani Touré et de son prédécesseur Alpha Oumar Konaré. L’électorat, dans une grande mesure, considère les politiques des présidents Modibo Keïta (1960-1968) et Moussa Traoré (1968-1991) comme patriotiques sur la question du nord.

«Ces présidents peuvent avoir échoué dans certains domaines mais ils n’ont pas négligé l’intégrité du territoire qui constitue le ciment de la construction d’une nation.» confiait un juriste en marge d’une conférence sur la réforme constitutionnelle en février dernier. Pour illustrer ses propos, notre interlocuteur a mis en avant les opérations militaires du premier président du Mali indépendant, action dit-il, qui n’a pas écarté la prise en compte de certains revendications légitimes de la rébellion de cette époque notamment les problèmes d’éducation et d’intégration de cette minorité.

Si cet intellectuel n’est pas allé jusqu’à regretter ces régimes, jugés autoritaires, des citoyens ne se privent pas d’afficher leur préférence : «Modibo Keïta a mieux géré le pays ! Son seul tort a été de laisser la main libre à ses milices pour opérer des exactions sur la population» a souligné un septuagénaire.

Seydou Coulibaly

09 Mars 2012

©AFRIBONE