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Un plan de sortie de crise a été présenté lundi février à l’hémicycle par les partis politiques devant les députés. Un plan qui pourrait déboucher sur un accord entre le gouvernement du Mali et les insurgés du MNLA car, malgré leurs rodomontades, les bandits armés ne sont pas en si bonne posture. Si un tel accord peut donner un répit propice à l’organisation des élections générales de 2012 l’on est, cependant, fondé à se demander légitimement sur quelle base peut-on négocier avec des gens dont les mains, et, peut-être, même les dents sont encore rouges du sang d’innocentes victimes civiles et militaires ? Qui ont poussé à se regarder en chiens de faïence des communautés vivant, jusque-là, en bonne intelligence ? Des criminels qui ont jeté sur les routes rocailleuses de l’exil des milliers de personnes n’aspirant qu’à vivre en paix au Mali ? Et finalement l’on peut se demander si, au fond, un tel accord n’est-il pas, en réalité, une bombe à retardement.

Nous écrivions, il y a peu, que les actes posés par les bandits armés venus dela Libyene peuvent qu’entamer la cohésion et la paix sociales et réduire à néant les efforts de développement entrepris par le Mali surtout dans sa partie septentrionale. Nous ne croyions pas si bien écrire car les récents événements le prouvent à suffisance à cause des tensions intercommunautaires s’accompagnant hélas de saccage de biens appartenant à des Touareg et même des Maures à Kati et à Bamako.

Des actes de violences qui ont commencé le 31 janvier et se sont poursuivis jusqu’au vendredi dernier. Ils ont été précédés par des marches et la pose de barricades. Des scènes similaires se sont déroulées dans les capitales régionales de Sikasso et de Ségou. Ces actes de violence font suite aux événements d’Aguelhok du 24 janvier qui ont vu les bandits armés du MNLA commettre dans cette localité de Kidal des atrocités sans nom aussi bien sur des militaires que sur des civils désarmés.

Après cette escalade de la violence, le président de la République sortit de son mutisme pour prêcher la tolérance et l’apaisement demandant aux Maliens de ne pas tomber dans le piège de l’ennemi en confondant les Touareg et les autres « peau claire » qui ont choisi de vivre en paix avec les autres composantes de la société malienne avec ceux qui ont tiré à Aguelhok, Menaka et Tessalit. ATT a fait cet appel à la suite d’IBK qui, depuis Tombouctou, avait mis en garde tous ceux qui céderaient à la tentation des amalgames.

« Les rebelles qui nous attaquent ne représentent qu’eux-mêmes, c’est-à-dire une infime minorité isolée et contestée par l’écrasante majorité des populations du Nord qui n’aspirent qu’à vivre en paix dans l’ensemble national pour participer au développement du Mali « , avait-t-il souligné. Les menées criminelles des bandits armés ont également eu pour conséquences fâcheuses de jeter sur le chemin de l’exode des centaines, voire des milliers de personnes innocentes.

C’est un énorme gâchis car c’est de la violence gratuite, la république de l’Azawad pour laquelle ils prétendent se battre n’est qu’une chimère ou plutôt un mirage que les agresseurs poursuivent dans le désert. Plusieurs faits sous-tendent cette thèse. En premier lieu, aucun pays limitrophe du Mali ne tolérait jamais une telle entité à ses frontières, comme vient de le relever à juste titre un ancien rebelle touareg nigérien, actuellement Conseiller régional à Agadez lors d’une récente rencontre sur la sécurité dans la bande sahélo-saharienne qui s’est tenue à Niamey.

« Le Niger ne l’accepterait pas, la Mauritanie ne l’accepterait pas, l’Algérie non plus, encore moins le Mali. Nous ne sommes même pas entendus à propos de la coordination de la rébellion avec les Iyag Agali lors des épisodes de 1990-1991, comment voulez-vous qu’on s’entende à propos de la création d’une soit disant république de l’Azawad ? En vérité, cela dessert plutôt la cause des Touareg « a-t-il déploré.

Faut-il encore rappeler que, depuis la nuit des temps, d’autres communautés à l’image des Sonrhaï, Peul et même Bambara ont vécu dans l’espace-l’Azawad- revendiqué par le MNLA ? Des communautés qui vivent, heureusement, en symbiose avec la majorité des Touareg.

Que dire des batailles de leadership qui risquent d’éclater entre les différentes tribus touareg pour le contrôle de la république de l’Azawad ? Une république de l’Azawad qui a toutes les chances d’être dirigée par les corbeaux après que les belligérants eurent tiré leurs dernières rafales au milieu d’une montagne de cadavres, comme l’a déjà écrit avec une certaine dose d’humour mais sous le sceau du réalisme un Touareg de Tombouctou dans une intéressante contribution que L’Indépendant s’est fait un plaisir de publier par le passé.

Le pétrole et d’autres ressources minières du septentrion malien font-ils partie des motivations secrètes des « rebelles » du MNLA ? Comment ne pas se poser cette question devant cette étrange coïncidence : sur les cinq bassins sédimentaires du Mali susceptibles de receler l’or noir, quatre se trouvent curieusement au Nor-Mali. Il s’agit du bassin de Taoudénit, un des plus grands bassins du monde à cheval sur le Mali etla Mauritanie, du graben de Gao et des deux petits bassins de Iullemeden et Tamesna se trouvant dans la région de Kidal.

Seul le fossé de Nara est à chercher dans le sud du pays. Sans compter un gisement d’uranium et des indices sérieux d’or dans la région de Kidal. Ici également les bandits arment érigent plutôt des châteaux en Espagne même s’il n’est pas exclu que, par les temps qui courent, ils puissent trouver dans leur folle aventure des pêcheurs en eau trouble en guise d’alliers. Mais comme l’ont déclaré le président de la République ATTet celui des tisserands, IBK, aucun pouce du territoire du Mali ne sera cédé aux « rebelles » une minorité contestée qui ne représente qu’elle-même.

En plus d’entamer la paix sociale en poussant à se regarder en chiens de faïence des communautés qui, à défaut d’avoir des rapports fusionnels, ont, jusque-là, observé une cœxistence pacifique, les équipées sanglantes des éléments du MNLA ont, en outre, eu des répercussions négatives au plan socio-économique avec l’arrêt de nombreux chantiers de développement. A l’image des travaux de la route Goma Coura-Léré. Ici, les travailleurs de l’entreprise portugaise Tagope, qui avoisinaient les 900 agents, viennent d’être mis en chômage technique à cause de la situation sécuritaire.

Enfin, l’affaire des bandits venus de la Libye peut-être vue sous l’angle d’un simple problème de démobilisation. Voilà des mercenaires qui étaient au service de l’ex-guide libyen, Mouammar Kadhafi. Ce dernier les formait, les entretenait à coups de pétrodollars et les envoyaient aux quatre coins du monde au gré de ses intérêts idéo-géo-stratégico-militaires.

Ceux qui sèment la terreur dans le désert malien sur de paisibles populations sont conduits par un certain Mohamed Ag Najem, colonel de l’armée libyenne, ayant roulé sa bosse sur toute la planète. Son père aurait été tué par l’armée malienne, selon Jeune Afrique, en 1963 alors qu’il était enfant Sur un plan purement humain on peut regretter pareille situation, mais de là à nouer une haine viscérale envers tous les Maliens et à tuer d’innocentes victimes civiles…

Ces mercenaires touareg venus de la Libye devraient être reconnaissants en vers la patrie

Les mercenaires se retrouveront au Mali après la débandade libyenne quand le parrain sera déposé puis froidement assassiné par l’OTAN et ses collaborateurs libyens. Avec armes, troupes et bagages Ag Najem débarque donc au Mali, la mère-patrie dont il se souvient tout d’un coup en ces instants difficiles.

Il peut rendre grâce à Dieu, car, comme on peut le lire sur le site du MNLA, il n’a pas eu le même sort que le millier de militaires touareg qui ont laissé leur vie dans les batailles libyennes, notamment à Misrata, des jeunes souvent amenés de force sur le front. Après la chute du guide, ils se retrouveront dans la ligne de mire des rebelles libyens. En somme, comme c’est souligné sur le site du MNLA, ils étaient pris entre le marteau des pro-Kadhafi et l’enclume des anti-Kadhafi.

Une fois arrivés au Mai, les mercenaires touareg venus dela Libye, au lieu d’être reconnaissants envers la patrie qui les a accueillis à bras ouverts, n’ont rien trouvé de mieux que de retourner leurs armes contre elle. Prosaïquement, c’est comme s’ils ont décidé de se défouler sur elle des malheurs qu’ils ont vécus en Libye.

Voilà donc des centaines de mercenaires touareg, précédemment à la solde de Kadhafi, débarquer avec en main une armada provenant des arsenaux du guide déchu, éprouvant, ipso facto, un sentiment de puissance et de supériorité d’autant qu’ils se croient aguerris après avoir évolué sur différents théâtres d’opération à travers le monde. Ils ne peuvent se dire : « c’est le moment ou jamais ».

Pour les autorités maliennes, il s’agit de faire proprement cette guerre qui nous est imposée surtout qu’elles l’ont vue venir de loin. Il est heureux que la classe politique ait décidé de mettre le Mali au-dessus de tout (jeux et calculs politiciens y compris) en s’impliquant dans la recherche d’une solution idoine à cet épineux problème.

Au moment où nous écrivions ces lignes, nous n’avions pas sous les yeux le plan de sortie de crise présenté par les partis politiques devant les députés, mais l’on est légitimement fondé à se poser un certain nombre de questions. Sur quelle base peut-on négocier avec des bandits armés dont les mains -et peut-être même les dents-sont encore rouges du sang d’innocentes victimes civiles ?

Des individus qui, par leurs actes criminels, ont poussé à se regarder en chiens de faïence des communautés qui ne cherchent qu’à vivre dans la paix et dans la fraternité ? Qui ont jeté sur les routes rocailleuses de l’exode des milliers de personnes n’aspirant qu’à vivre dans la concorde avec les autres composantes de la société malienne ? Et qui ont mis à l’arrêt de nombreux chantiers de développement obligeant, du coup, des centaines de chefs de familles à observer un chômage technique?

Il faut également saluer l’initiative de l’ONU qui offre ses bons offices en prêchant la paix et le retour à la normale. Cependant, la logique veut qu’on impose à ces hors-la-loi criminels la suprématie de la force, le seul argument qu’ils entendent. Avant de les traduire devant les instances judiciaires internationales adéquates pour qu’ils répondent des crimes de guerre qu’ils ont commis en égorgeant des enfants et des femmes innocents. Et continuer la mise en œuvre des mesures édictées par le Pacte national avec ceux qui ont choisi de rester dans le processus de paix.

Si l’on cherche à faire passer par pertes et profits les crimes de guerre commis par les bandits armés on pourrait, certes, avoir un répit pour organiser les élections générales à venir, mais le successeur d’ATT devra s’attendre, à brève échéance, à une résurgence de ce banditisme à grande échelle sous la coupe du MNLA.

Grisés par un éventuel accord qu’ils considéreront comme une faiblesse de l’Etat malien, ils pourront arrêter un moment leurs activités criminelles par pure stratégie, mais reviendront fatalement à la charge à la moindre occasion. Et se trouver véritablement, cette fois-ci, sur une position de force, car dans l’intermède ils auront tout appris de l’armée malienne. Une bombe à retardement avez-vous dit ?

Yaya SIDIBE

08 Février 2012