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Allusion est faite dans cette démarche à la situation qui prévaut au sein de certains partis politiques ces temps-ci. En effet, à chaque fois qu’un parti est confronté à des problèmes de démission de certains membres, on ne ménage aucun effort pour deviner les motivations profondes de telles décisions, parfois en allant jusqu’à accuser à tort des responsables des partis politiques. Par rapport à cela, il y a lieu de demander si toutes les démissions de militants et cadres des partis politiques sont dues à l’indélicatesse ou au manque d’attention de la part des hauts responsables de leurs partis. Il faut souligner que cette assertion ne résiste pas à une analyse sérieuse.

LES REALITES DE LA PERIODE POST-ELECTORALE
Les arguments que l’on pourrait être amené à avancer et qui sont relatifs à un déficit de communication entre un parti politique et sa base ne tiennent pas quand on sait que les partis politiques au Mali, de façon générale, maintiennent surtout des relations étroites avec leur base en périodes préélectorale et électorale, le reste du temps, les activités au niveau de la base sont au ralenti, tout comme les activités politiques de façon générale et à tous les niveaux au Mali, il n’y a pas un seul parti politique qui fasse exception à cette règle. Ainsi, c’est seulement de façon ponctuelle que les contacts avec la base ont lieu en période post-électorale. Le moment est mis à profit par les élus locaux qui ont l’obligation de jouer le rôle de relais en tant qu’interfaces entre les directions des partis et les militants à la base.

LES MOTIVATIONS PROFONDES DES DEMISSIONNAIRES
Le déficit ou l’insuffisance de communication entre le sommet et la base des partis politiques dont on parle souvent n’est pas le fond du problème dans la plupart des cas. Nous avons surtout à faire ces temps-ci à des marchands politiques qui font miroiter des merveilles à des militants d’autres partis afin de les détourner à leur profit. Cela est une pratique courante dans le processus démocratique malien que nul ne peut contester. D’ores et déjà, il y a lieu plutôt de chercher à comprendre. Ce que les démissionnaires veulent exactement, eux qui sont mieux placés pour donner les meilleures explications.

Il y a lieu de préciser par ailleurs que l’on profite au sein de l’opinion publique pour amplifier ces différents mouvements au sein de la classe politique nationale, mais le temps finit toujours par avoir raison des différentes supputations. Et d’ailleurs de l’ouverture démocratique à ce jour, l’ensemble des composantes de la classe politique est en train de se débattre contre cette instabilité qui la caractérise. Il s’agit, en fait, d’un processus de longue haleine. En effet, en démocratie, tout est progressif et on tend toujours vers le perfectionnement, le renforcement et le développement des acquis. Et, dès le début l’opinion publique nationale a été avertie que la démocratisation est un long processus qui comporte comme toute oeuvre humaine ses hauts et ses bas.

Dans ces conditions la constance, la persévérance et la clairvoyance représentent les meilleurs guides et ceux qui s’y accommodent en tirent le maximum de profit. Par ailleurs, à bien analyser la situation politique du Mali, les possibilités financières des partis politiques, qu’ils soient au pouvoir ou pas, ne leur permettent pas de sillonner régulièrement les différentes bases. Ainsi, ce sont les responsables des structures de base qui ont le devoir de gérer toutes les questions qui se posent au niveau des militants et à défaut, de les relayer au niveau de la direction du parti afin que des solutions idoines y soient trouvées. C’est cela la démarche habituelle au niveau de toutes les formations politiques du Mali. Il y a lieu de redouter en ce moment l’influence des marchands d’illusion qui se faufilent dans l’échiquier politique national, promettant monts et merveilles, sachant bien qu’ils ne peuvent honorer leurs engagements.

La persévérance paye en politique l’histoire récente l’a démontré et telle doit être la conviction de tous; cela éviterait de commettre des erreurs politiques fatales. Mais il semble que peu d’acteurs politiques s’en soucient en ce moment, mettant tout en oeuvre uniquement pour assouvir des desseins individuels. Cela explique qu’il faudra encore un travail de profondeur non pas seulement à l’endroit des acteurs politiques mais à l’intention de la population pour renforcer l’éducation civique, en vue d’un meilleur encrage de la prise en compte de l’intérêt général. A l’étape actuelle, on peut dire que la transhumance politique ne cesse de gagner du terrain, toute chose qui annonce un grand remue-menage au sein du paysage politique d’ici les prochaines consultations électorales.

Dans cette mouvance, les rapports des forces politiques seront considérablement modifiés. En attendant, aujourd’hui, aucune force politique n’est à l’abri des secousses, comme l’indique la logique de notre situation politique depuis l’ouverture démocratique.

Moussa SOW