Partager

Depuis quelques temps, le président de la République est devenu gênant, voire indésirable pour ses «frères et amis». Ce qui nécessite un vaste complot pour déstabiliser son pouvoir et installer un régime plus malléable.

Les événements que vivent les trois régions du nord, contrairement à ce qui se dit, n’ont pas pour seul but de créer un Etat azawadi. Objectif impossible à atteindre quand on sait que les communautés «blanches» ne représentent même pas 20% de la population du septentrion malien, même si l’on y ajoutait les habitants d’origine inconnue ou ceux à nationalité multiple. En outre, la majorité de ces Touaregs, Arabes et Maures et la quasi-totalité des communautés «noires» ne sont pas prêts de s’embarquer dans une aventure hasardeuse dont l’issue, à savoir la partition du territoire national, est rejetée d’avance.

Alors qu’est-ce qui fait courir ces bandits armés ? Les ordres, uniquement les ordres. Comme en Libye, au Mali également, ils sont en mission. Ils sont des mercenaires qui obéissent à des ordres précis dont la désintégration du pouvoir central. L’analyse de plusieurs faits et indices permet d’aboutir à cette conclusion.

Premièrement, les mercenaires précédemment aux ordres du colonel Kadhafi sont bel et bien entrés au Mali avec des armes et du matériel de guerre. On parle de quelques centaines d’ex-combattants revenus de Libye. Mais quel que soit le nombre de ces mercenaires, ils n’ont pas pu être en fuite avec cette quantité importante d’armes, de munitions et de matériels dont ils disposent actuellement pour tenir tête à l’armée malienne. Si vraiment ils étaient des déserteurs des rangs de l’Armée libyenne, ni les soldats loyalistes ni les rebelles du CNT ne leur auraient jamais permis de faire sortir des armes dont ils ont eux-mêmes besoin.

En d’autres termes, si vraiment ils étaient en fuite et ne pouvant par conséquent prévoir une issue rapide et malheureuse pour eux, ils n’auraient pas pu emporter suffisamment d’argent pour s’équiper et se munir. D’ailleurs, beaucoup d’entre eux étaient totalement démunis à leur arrivée sur le territoire malien. Ils ont donc forcément dû recevoir l’aide de pays «amis et frères» du Mali. Lesquels ont encouragé les déserteurs des FAS (Forces armées et de sécurité) maliennes, les ex-combattants de l’Alliance du 23 mai, d’anciens des MFUA. Qui sont ces «amis et frères»?

Deuxièmement, dans leur fuite précipitée pour rentrer au Mali, ces bandits n’ont pu traverser que deux pays: le Niger et l’Algérie. Dans le premier, ils ont été interceptés et désarmés. Il n’est pas exclu, toutefois, que certains fuyards soient passés entre les mailles du filet, ces frontières étant difficiles à contrôler entièrement. Mais, c’est le deuxième pays que le gros des fuyards a choisi pour effectuer sa traversée et prendre ses quartiers dans le nord malien. Or avec tous les moyens que l’Algérie a déployés, depuis la fuite de membres actifs du FIS (Front islamique du salut), création des GIA (Groupes islamiques armés), l’avènement du GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) et son allégeance à Al-Qaeda, il est impensable de croire que des colonnes entières ont pu traverser le territoire algérien sans être repérées. Pourquoi l’Algérie n’a-t-elle donc pas fait comme son voisin nigérien?

Troisièmement, la Bande sahélo sahélienne est depuis des années sous la surveillance aérienne et électronique des services secrets français et américains. Tout semble indiquer que l’Occident n’a alerté les autorités maliennes que lorsque l’ennemi était déjà en sécurité dans les grottes et les bases abandonnées par l’armée. Pourquoi ces services secrets n’ont pas renseigné à temps leurs homologues maliens pour permettre aux FAS d’organiser et opérer une interception à temps de ces colonnes ?

Quatrièmement, selon plusieurs sources (dont le bihebdomadaire malien «L’Aube» dans sa parution du 06 février), il existerait une collusion certaine et avérée entre le MNLA et des responsables de haut niveau de l’appareil d’Etat mauritanien. La présence de bandits armés dans les zones de Nioro et Nara, et l’incursion à Léré, tout au long de la frontière mauritanienne, rendent possible la thèse de livraison d’armes, de munitions et de matériels par des personnalités mauritaniennes (officiers traitants) aux activistes du MNLA. A ne pas oublier que plusieurs communiqués de propagande et de désinformation, émanant des bandits armés, sont diffusés à partir d’Alger, Nouakchott et Paris. Ce n’est sans doute pas un hasard.

Mais si l’implication de certaines personnalités de ces trois capitales ne fait aucun doute dans l’exacerbation de la crise au Nord-Mali et surtout dans l’appui aux bandits, il ne serait pas juste d’incriminer les médias qui ne font que leur travail de journalistes, s’astreignant au professionnalisme qui leur fait un devoir d’informer à partir de communiqués qui parviennent à leur rédaction et qui sont difficiles à recouper ou vérifier, les militaires étant peu loquaces.

Par contre, les propos d’un Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères, qui semblait il y a quelques jours se réjouir des déboires de l’Armée malienne et des victoires de «la rébellion», sont révélateurs de l’état d’esprit de certains «irresponsables» politiques quant à la crise dans le septentrion.

Cinquièmement, c’est en Algérie qu’ont été signés «les accords de Tamanrasset» en janvier 1991, le «Pacte national» en avril 1992 et «l’Accord d’Alger» en juillet 2006. Le contenu de ces trois documents aurait été «suggéré» par de hautes personnalités algériennes, selon leurs intérêts propres en rapport avec les autorités maliennes ou avec les insurgés. Dans le «Pacte national», suite logique des «Accords de Tamanrasset», on trouve cette recommandation qui pousse le Mali à démilitariser le nord du pays: «Dans le cadre des mesures de restauration de la confiance, d’élimination des facteurs d’insécurité et d’instauration d’une sécurité définitive, il sera procédé à un allègement substantiel, graduel et approprié des forces armées dans le nord, conformément au changement des missions dévolues à l’Armée nationale chargée à l’avenir de missions de défense nationale».

Cette démilitarisation a connu un début d’exécution avancée. Mais les autorités se sont vite rendu compte qu’elles ne pouvaient se désengager de 797 000 Km2 (la superficie totale des trois régions du nord) soit les ¾ du territoire national. En sus, certaines revendications des MFUA (Mouvements et fronts unifiés de l’Azawad) ne pouvaient être satisfaites, faute de moyens. D’où l’insurrection armée du 23 mai à Kidal et qui a abouti à l’ «Accord d’Alger» entre le gouvernement et l’Alliance. Cette dernière s’est fait un devoir de rappeler à l’Etat, en les réactualisant, les revendications non satisfaites.

Un no man’s land et son terreau fertile au prosélytisme
Entre temps, les postes et garnisons n’existant plus dans une grande partie du nord, ce territoire de non-droit est devenu le théâtre des opérations de contrebande, fraude, trafics en tous genres. Au bénéfice de quelques hauts gradés algériens, lesquels s’en sont également servi comme base-arrière pour le «GIA» (Groupe islamique de l’Armée algérienne) contre le vrai GIA issu du Front islamique du salut (FIS).
Jusque-là, tout ce cirque ne gênait personne.

La donne ne changera qu’avec l’arrivée des prédicateurs pakistanais et afghans de la Dawa, attirés par ce no man’s land et son terreau fertile au prosélytisme. Ils se chargeront très vite de convertir les islamistes algériens en salafistes combattants, avant de les affilier à Al-Qaeda. Devenus AQMI, les éléments du GSPC vont internationaliser leur djihad en commençant par l’Algérie et la Mauritanie, deux pays inféodés à l’Occident qui les protègent pour leur pétrole et leurs ressources énergétiques. Poussés par leurs puissants alliés auxquels on refuse l’implantation de bases anti-AQMI dans le nord malien, ces deux pays vont accuser le Mali de ne pas s’être inquiété de ce qu’eux-mêmes ont permis.

Et voilà qu’ATT, au pouvoir, est jugé laxiste dans la lutte anti-AQMI. Il doit donc quitter le pouvoir afin de permettre l’instauration d’un pouvoir plus malléable et corvéable, soit dans le cadre de la préservation de l’intégrité territoriale, soit par la pérennisation de l’insécurité dans tout le nord. Pour le moment, le pays à plus de 90% de ses habitants est unanime à reconnaître que le Mali est un, et indivisible.

Mais tout ceci ne dédouane pas le chef de l’Etat. ATT, en effet, est coupable d’avoir signé le «Pacte national» et l’«Accord d’Alger» qu’il savait irréaliste et dangereux pour l’unité nationale. Coupable d’avoir participé, même en partie, à la demande de démilitarisation du nord. Coupable d’y avoir permis l’installation de la chienlit. Coupable d’avoir toujours réintégré dans les FAS des intégrés déserteurs.

Coupable, mais également la victime d’assauts participant d’un vaste complot concocté par ses «amis et frères». Ceux-là mêmes qui lui ont toujours refusé sa «Conférence internationale sur la paix, la sécurité et le développement dans la bande sahélienne», une conférence qu’il voulait élargie à tous les pays de ladite bande. Une initiative pour laquelle il est jalousé et qui aurait pu éviter tout ce gâchis.

Mais ça lui apprendra. Il n’a qu’à savoir choisir ses amis et fréquentations. Ce qui ne semble pas être le cas. Il y a quelques jours encore, il prêtait une oreille complaisante à quelques faux frères qui lui suggéraient de négocier et de dialoguer avec les bandits armés. Comme si on dialoguait et négociait avec la vermine. Non, la vermine ça s’écrase !

Cheick Tandina

Le Prétoire du 12 Février 2012


Évolution de la situation sécuritaire au Nord- Mali :Complot contre ATT

La rébellion armée déclenchée depuis le 17 janvier dernier à Ménaka continue de provoquer un malaise social, avec le départ massif de populations du Nord – Mali vers le Niger, la Mauritanie et le Burkina Faso. Ils sont des milliers des réfugiés à se retrouver dans ces pays voisins, fuyant, semble-t-il d’éventuelles représailles des militaires et des populations sédentaires. Dans certaines localités, et même dans le District de Bamako, certains sont invités discrètement à quitter le pays et, pendant ce temps, un complot s’organise au sein de l’armée. Décryptage de cette situation.

Au Mali, à quelques encablures de la fin du double quinquennat du Président de la République, une rébellion armée s’est manifestée au Nord du pays. Il semble aujourd’hui évident que le gouvernement ne s’était pas préparé à ce développement rapide, malgré les multiples indices. Et, selon les informations glanées ça et là, l’armée malienne a perdu les batailles de Ménaka, de Tinzawatten et d’Aguel Hoc. Cependant, elle est loin d’avoir perdu la guerre, parce qu’à tout moment elle pourrait reprendre les territoires sous contrôle du MNLA aujourd’hui, comme elle le fait à Tessalit.

Les images insoutenables du carnage d’Aguel Hoc, qui ont fait le tour des différentes rédactions et qui se trouvent sur le net actuellement, en ont révolté plus d’un. Au lieu de se serrer les coudes, de se ceindre les reins pour redoubler d’ardeur et venir à bout de cette rébellion, des militaires peureux, tapis dans l’ombre et dans les bureaux climatisés de Bamako, sont passé par leurs épouses pour diffamer le chef de l’Etat et intoxiquer l’opinion publique.

En fait, les informations selon lesquelles, l’armée est sous-équipée et que les militaires manqueraient de nourriture, entre autres, a été d’abord véhiculées par des épouses des militaires, contraignant ATT à faire certaines révélations. Pour, bien sûr, se défendre, parce qu’il ne s’était trouvé personne pour parler à celles-ci. Le Chef suprême des armées était donc obligé d’aller lui-même au charbon.

Ce qui s’est passé le mercredi 1er février à Kati n’est ni plus ni moins qu’un complot tendant à déstabiliser ATT. Et c’est avant tout un complot militaire, dont les acteurs sont des épouses, enfants et parents de militaires. Ce ne sont point des civils comme les autres. Ils ont été manipulés par leurs maris et pères, lesquels souhaitent ardemment revenir du front de bataille sans accomplir la mission.

Ce qui est grave, ce que, de plus en plus, les militaires refusent de se battre et que leur hiérarchie cherche à couvrir cette situation, en parlant de replis tactiques. Que non! Ménaka est occupé par le MNLA, mais non parce que ses éléments ont militairement battus ceux de l’armée malienne. Idem pour le camp d’Anderaboukane, dont 45 miliaires ont trouvé refuge au Niger, parce que, tout simplement, les bandits armés se rapprochaient d’eux. Ils sont, semble-t-il, actuellement de retour au pays.

C’est le même scénario au niveau du poste de Tinzawatten où il y avait, tenez-vous bien, 8 chars et 3 BM 21. Nos combattants ont préféré brûler ces engins de guerre avant de s’en aller à côté, dans la cité homonyme, en Algérie, histoire de ne pas laisser à l’ennemi tout ce qui pourrait lui servir. Car, pour ceux qui ne le savent pas, il y a deux Tinzawatten: en Algérie et au Mali.

C’est donc cela que le ministère de la Défense et des Anciens Combattants appelle un repli tactique. Que non! Sans batailler, et sur la base d’informations alarmantes, des militaires prennent leurs jambes à leurs cous. A ce rythme là, toutes les villes du Nord- Mali vont tomber. Qu’à Dieu ne plaise!

Il urge donc que les militaires se rappellent de leur serment, qu’ils acceptent de donner leur sang pour la défense de la patrie et qu’ils évitent l’amalgame et l’intoxication pour éviter de monter au front.

A suivre.

Chahana Takiou

Le 22 Septembre du 13 Février 2012