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Le Mali est loin d’être sorti de l’auberge. Premièrement, sur le plan militaire, les choses ne sont pas tout à fait résolues et des faits nouveaux accroissent chaque jour les tensions au sein de la population. Secundo, la situation politique reste toujours tendue, reste immuable, aucun des facteurs de la déconfiture de l’Etat n’ayant été traité.

La communauté internationale met tout en œuvre pour rafistoler ce qui reste de l’Etat malien. Quelque soit la volonté de cette dernière, elle a tort de considérer qu’il suffira d’injecter des fonds dès que l’étape électorale aura été franchie pour que la situation devienne normale. La communauté internationale devrait plutôt s’alarmer des conséquences de la guerre, des fractures supplémentaires qui sont en train d’apparaitre du fait des exactions en cours, elle devrait aussi se soucier de l’absence du dialogue politique. Et prendre au sérieux la mascarade électorale qui se prépare, qui est une grossière erreur.

En effet, il ne suffira pas d’élections organisées dans la précipitation pour parer les menaces qui risquent de peser sur le Mali, à long terme. D’abord, si l’opération Serval a largement affaibli et délocalisé les djihadistes vers certains pays voisins, elle n’a pas encore solutionné les attentats et autres représailles. Ayant multiplié leurs sanctuaires, puisqu’ils ont été dispersés, les djihado-terroristes ont décidé de continuer la guerre par des attentats, jusqu’à la dernière goutte de leur sang.

Et l’enlisement que la communauté internationale redoute fortement pourrait être inéluctable si elle ne comprend pas que l’intervention militaire est susceptible de figer des situations explosives, sans une plus grande implication dans la résolution de la crise sociale et politique.

Côté pouvoir central, à Bamako, le pari sécuritaire est très loin d’être gagné avec les putschistes qui n’hésitent pas à agir quand bon leur semble et commandent un gouvernement d’étalage. Leur regrettable coup d’Etat, ils l’entretiennent interminablement : aucune décision n’est prise par les autorités de la transition sans l’aval du tumultueux et impétueux capitaine Sanogo. Les partis politiques, quant à eux, s’empressent d’aller aux élections uniquement pour se ré-repositionner ou enraciner leurs responsables. Aucun changement en vue, ce sont les mêmes têtes, les mêmes discours et les mêmes appétences du pouvoir.

Là aussi, aucune origine de la dégringolade de l’Etat malien n’est traitée par ces derniers et cela ne sera pas pour demain. Cette fameuse classe politique malienne, qui compte plus de 150 partis politiques, n’a nullement la volonté d’énoncer un quelconque constat et un concluant programme de sortie de crise. Jusque là aucun parti politique, en dehors de la Cnas Faso Hèrè qui a produit un plan de sortie de crise depuis le 26 mars 2012, ne s’est clairement exprimé sur les voies d’un réel dialogue politique sur les conditions du retour de la paix au Mali et sur les véritables jalons de la réconciliation nationale. Plus hilarant encore, à l’exception d’un quinté de jeunes leaders politiques (Moussa Mara, Housseïni Amion Guindo, Madani Tall, Tiéman Coulibaly et Jeamille Bittar) aucun politicien malien n’a demandé que justice soit faite proprement.

La société civile, celle-là même qui devrait être l’épine dorsale du Mali, n’entend pas se défaire de ses us : éternellement pantin entre les mains de la classe politique. Ce, bien vrai que de mars 2012 à nos jours, il y a eu encore une baisse de crédit de la classe politique aux yeux de la société civile. Et dès l’annonce des élections, les vieilles habitudes refont surface. C’est dommage car le véritable changement pourrait venir de cette société civile malienne si elle se laissait moins instrumentaliser.

De même, l’usage de la religion comme paravent pour s’immiscer dans la gestion du pouvoir est une autre faille non moins importante de la société civile malienne.

Certes, le Mali a urgemment besoin d’élections mais la plus grande nécessité reste le changement. Sans véritable changement tout ne serait que travestissement. Il ne suffira pas d’élire, formellement, un nouveau président de la République pour éviter d’affronter les vrais problèmes du pays.

Rokia DIABATE

06 Juin 2013