Partager

« Aujourd’hui, il y a des risques pour la santé du consommateur qui ne sont pas encore gérés. Parmi ces risques, il y a un qui est devenu préoccupant. C’est le problème des huiles alimentaires impropres à la consommation humaine et animale qui sont produites et commercialisées dans notre pays. Un problème qui devient aujourd’hui une préoccupation nationale ».

Cette révélation accablante faite par le responsable sécurité des aliments de l’association malienne des consommateurs du Mali, Dr Ibrahima Sangaré cadre mal avec les propos rassurants tenus par le ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce lors de sa visite de terrain dans les huileries de Koutiala, les 29 et 30 janvier dernier.

Ce haut responsable de l’ASCOMA, vétérinaire hygieniste de formation fera savoir que «ces huiles contiennent une substance toxique : le gossypol qui provient de la graine de coton et qui est normalement éliminé par le processus de raffinage industriel».


Une huile dangereuse pour la santé des Maliens

Selon le Dr Sangaré, les risques pour le consommateur après une longue période d’absorption de l’huile contenant le gossypol sont entre autres :

L’infertilité permanente voire stérilité chez l’homme

Le gossypol provoque en effet l’azoospermie, une diminution de la libido, de la spermatogenèse et de la mobilité des spermatozoïdes de manière irréversibles. Certains contraceptifs masculins sont d’ailleurs à base de gossypol. Irrégularité ou arrêt du cycle mensuel, interruption de grossesse chez la femme ; des problèmes gastriques dus aux effets toxiques sur le foie, des pathologies cardio-vasculaires à l’origine d’arrêts cardiaques ainsi que des cas de cancers ont été signalés également.
Le triste constat de l’ASCOMA

De l’avis du Dr Sangaré, responsable sécurité des aliments de l’ASCOMA «le problème qui se pose dans notre pays c’est que le coton du Mali contient du gossypol à l’état naturel». Tout en indiquant que ce produit est normalement éliminé par le processus de raffinage industriel, il fera remarquer que «la quasi-totalité des unités de production des huiles alimentaires ne disposent pas d’équipements capables de produire de l’huile raffinée». Ces unités ne peuvent produire que de l’huile brute ou de l’huile neutre impropre à la consommation humai-ne et animale. Un constat fait par les services techniques de l‘Etat lui-même qui ont aussi adressé des recommandations aux autorités compétentes pour la prise de décision.

Il y a eu en effet une première mission technique effectuée en 2006 sur les huiles produites dans notre pays. Cette mission a permis de classer les huileries en trois catégories : les huileries industrielles ; les huileries semi-industrielles et les huileries artisanales.

Il ressort des conclusions de cette mission que sur 29 huileries évaluées, 6 produisent de l’huile brute impropre à la consommation humaine ; 20 produisent de l’huile neutre impropre à la consommation humaine et 3 seulement produisent de l’huile raffinée.

Quant à la deuxième mission organisée en juin 2007 pour évaluer les procédés technologiques utilisés dans les huileries artisanales et semi-industrielles et répertorier les nouvelles huileries, elle a identifié 25 nouvelles huileries en plus des 29 identifiées lors de la première mission en 2006. Ce qui porte le nombre total des huileries à 57 réparties en huileries industrielles et huileries artisanales.

Sur les 57 huileries identifiées, 2 huileries industrielles seulement disposent de la chaîne complète pour le raffinage de l’huile. Les autres produisent de l’huile de coton impropre à la consommation humaine.

Une troisième mission effectuée en novembre 2007 sur San, Ségou, Sikasso, Koutiala et Bougouni pour évaluer les équipements de raffinage et contrôler les huileries a identifié 40 huileries dans les cinq villes.


Ces huileries ont été classées en huileries industrielles ; huileries semi-industrielles ; petites et moyennes huileries.

Sur les 40 huileries, seules cinq disposent d’équipements de raffinage adéquat donc 5 seulement sont à même de produire de l’huile de coton raffinée.

Les recommandations de l’ASCOMA

Face à la dangerosité avérée de ces huiles à tout point de vue nuisibles à la santé des consommateurs maliens, l’ASCOMA recommande aux autorités compétentes : la fermeture immédiate et définitive de toutes les unités qui ne sont pas en mesure de produire de l’huile propre à la consommation humaine et animale.

Elle propose en outre de conditionner la réouverture à une autorisation délivrée par les services compétents en matière de sécurité des aliments et non pas uniquement aux agréments délivrés par les services chargés du commerce et de l’industrie. Prendre des sanctions contre les contrevenants.

L’ASCOMA voudrait qu’on rende obligatoire la traçabilité pour les huiles alimentaires qui permet de mieux retrouver l’historique des produits à partir de l’étiquetage que des emballages.

Elle recommande enfin à l’Etat d’intensifier la sensibilisation en communiquant sur les risques de santé publique et l’exhorte surtout à la définition d’une véritable politique nationale en matière de mise sur le marché des denrées alimentaires.

Birama fall

Le Républicain du 03 Février 2009