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Ansar Eddine est en position de faiblesse face aux autres groupes islamistes, le Mnla vient de prouver, vendredi dernier face au Mujao à Menaka, qu’il ne pèse rien. Pourquoi le médiateur continue-t-il donc de vouloir le dialogue et la négociation avec des vaincus ? Pour les absoudre de tous péchés ? Impensable à ce stade.

En prévision d’une intervention militaire de la force africaine et de représailles contre eux de la part des autres groupes islamistes terroristes qu’ils ont trahis, les principaux responsables d’Ansar Eddine ont lâchement pris la fuite, ne laissant sur le terrain que le menu fretin, la chair à canon. Iyad Ag Ghaly est exilé en Algérie, à Tamanrasset avec certains de ses seconds couteaux. Ses lieutenants notamment Alghabass Ag Intallah sont réfugiés au Burkina Faso où ils jouissent de la protection bienveillante des autorités locales, où ils sont parvenus à établir la connexion avec le Mouvement national de libération de l’Azawad (Mlna). Ansar Eddine ne maîtrise plus la situation dans sa région de Kidal où il est en perte de vitesse. Financièrement et matériellement démunis, Iyad et ses hommes ne font plus le poids devant les autres groupes terroristes qui pourraient s’attaquer à eux si jamais ils venaient à mettre en œuvre leur projet de ralliement aux autorités maliennes. Or Iyad Ag Ghaly, désormais aux abois, est prêt à renoncer à l’application de la charia dans l’ensemble du pays. Au médiateur burkinabé, ses émissaires ont affirmé ne vouloir la loi islamique que dans le nord du Mali où la charia a toujours été appliquée, ce qui est faux, les Maliens ayant toujours pratiqué un islam tolérant et modéré.

A Ouagadougou, faux barbus et vrais pouilleux, sous l’œil protecteur du médiateur burkinabé dans la crise malienne, tentent d’entrainer le Mali dans un dialogue et une négociation inutiles. Le plus virulent est le groupe des indépendantistes qui, malgré sa débâcle de juin dernier à Gao, et sa récente défaite, vendredi dernier à Menaka, contre le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (Mujao), tente de s’imposer à la communauté internationale. Ses responsables sont partis jusqu’à menacer la force africaine sur sa volonté d’intervenir dans le nord sans eux. De plus, ils ont affirmé devant le médiateur que leurs troupes n’interviendront jamais aux côtés des forces armées maliennes dont ils connaitraient les limites. Or, depuis mai dernier, on sait à quoi s’en tenir sur les capacités de ce mouvement moribond qui a perdu la quasi-totalité de ses moyens humains, financiers, logistiques et matériels. C’est donc avec deux groupes quasiment non opérationnels que le médiateur burkinabé est en train de tracer des plans sur la comète, en tentant de faire encore prévaloir le dialogue et la négociation.

Quoi négocier, sur quoi dialoguer et, surtout avec qui ?

Le dialogue et la négociation avec le Mnla et, depuis peu, Ansar Eddine sont devenus les armes fétiches du Burkina Faso et de l’Algérie. C’est le premier groupe qui a ouvert la porte du nord à tous les autres groupes armés. Il est venu dans le nord avec des revendications indépendantistes et laïques, il en a été chassé par des islamistes qui veulent appliquer la charia. Frères de sang et de communauté des Touaregs d’Ansar Eddine, il a été mis en quarantaine par ceux-ci à cause de ses velléités de couper le nord du reste du pays. En trois mois d’occupation de la région de Gao, les éléments du Mnla sont parvenus à se faire détester des populations locales à cause des brimades et exactions dont ils se sont rendus coupables (vols, viols, braquages, séquestrations, assassinats, privations de liberté politiques, d’association, de mouvements, d’expression et de presse,…), saccages des infrastructures publiques (écoles, centres de santé, administrations), pillages des sièges et matériels des partenaires au développement.

Ils ne sont pas les seuls criminels de cette dramatique aventure dans le nord. Les groupes islamistes sont autant coupables. De privations de libertés individuelles et publiques, de justice sommaire avec des sentences exécutées de lapidations, flagellations, amputations, tortures morales et physiques, abus sexuels, mariages forcés, destruction de documents d’Etat-civil et d’archives de l’administration.
Pour tous ces crimes, Iyad Ag Acherif, Iyad Ag Ghaly et leurs hommes doivent payer, ce sont des criminels et en tant que tels, ils doivent être poursuivis, jugés et exécutés avant que la peine de mort ne soit abolie en République du Mali. Ils doivent faire l’objet de mandat d’arrêt international au lieu de profiter de la mansuétude criminelle et intéressée de certains pays comme la Mauritanie, le Burkina Faso, l’Algérie, la France, la Suisse, le Qatar, etc.

A défaut de cela, ils seront exposés à la justice populaire si jamais des forces obscures devaient les imposer aux populations. Et à propos de justice expéditive, il n’y aura pas de conflit ethnique ou de pogrom comme le craignent certains, parce que les différentes communautés du nord (Songhay, Peulh, Touareg, Arabe, Kounta), dans leur quasi-majorité sont pacifiques et vivent en parfaite et bonne intelligence. Pour preuve, elles ont toujours désapprouvé les aventuriers du Mnla et leur tentative de sécession, et les terroristes islamistes qui veulent imposer la charia. Et si certains des ressortissants de ces communautés nomades sont restés sur place, c’est parce qu’ils ne savent pas où aller ou n’ont pas les moyens de se déplacer. Concernant ceux qui ont pris la route de l’exil, ils ont tout simplement évité de possibles représailles consécutives à l’amalgame dû à la bêtise humaine. Mais tout compte fait, les véritables responsables sont connus. Et pour eux, il n’y a ni dialogue ni négociation ni absolution. Pas question de prendre une nouvelle loi d’amnésie.

Cheick Tandina

Le Prétoire du 19 Novembre 2012