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Y a-t-il ou non des Touaregs maliens réfugiés au Burkina Faso ? La réponse est affirmative. Le gouvernement du Mali reconnaît-il à ces compatriotes le statut de réfugiés ? ATT a répondu à cette interrogation en ces termes : «Dans tous les cas, ce sont des Maliens. S’ils sont en difficulté, nous avons le devoir de les aider.

Nous irons les chercher. Nous travaillerons pour qu’ils retournent chez eux…». N’est-ce pas là une reconnaissance implicite des réfugiés ? Maintenant, il faut aller au-delà des déclarations, en rendant visite à ces personnes sur leur site, au stade du 4 août de Ouagadougou.

Notre quotidien préféré est le premier organe de presse de la place à avoir annoncé l’existence des Touaregs maliens, réfugiés au Burkina Faso, suite à l’insécurité dans la région de Kidal.

Et nous n’avons pas manqué de citer nos sources : Reuters et l’AFP. Au cours de nos investigations, de sources proches du pouvoir, on nous a fait comprendre que Bamako ne reconnaît pas les réfugiés, installés au stade du 4 août de Ouagadougou.

Dans la même foulée, les autorités locales, notamment les maires des communes de Tessit, Gossi et Intilit dont les réfugiés seraient originaires, déclarent également qu’il n’y a aucun motif pour ses populations à se réfugier au Burkina Faso et dénient à ces individus, au nombre d’un millier, semble t-il, le statut de réfugiés. Idem, au niveau du Collectif des ressortissants du Nord.

Le président de cette association, Dr Elmouzar Maïga, soutient mordicus que «ceux qui sont au Burkina Faso ne sont guère des réfugiés parce que leurs localités ne sont pas concernées par le conflit entre l’armée malienne et les bandits armés».

Face à cette situation, nous avons mis à profit la traditionnelle conférence de presse que le président de la République a animée le 8 juin, dans le cadre de l’anniversaire de son accession au pouvoir, pour l’interpeller sur la question.

Sa réponse a été claire : «Dans tous les cas, ce sont des Maliens. S’ils sont en difficulté, nous avons le devoir de les aider. Nous irons les chercher. Nous travaillerons pour qu’ils retournent chez eux.

Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas eu d’exactions contre les populations pour que certains de nos compatriotes se réfugient au Burkina Faso. L’armée fait un travail propre. La preuve, c’est que la plupart des bandits armés ont leurs familles à Kidal. Elles ne sont pas inquiétées et mènent une vie paisible. Alors pourquoi d’autres le seront ?».

En analysant ces propos, on se rend compte que ATT reconnaît en filigrane ces réfugiés, même s’ils ne répondent pas aux critères classiques donnés aux réfugiés. Selon la Convention de 1951, «un réfugié est quelqu’un qui a fui son pays à cause d’une crainte fondée de persécution du fait de sa race, religion, nationalité, de son appartenance à un groupe social particulier ou de ses opinions politiques».

Le dictionnaire, le Petit Robert donne cette définition au mot réfugié : «Se dit d’une personne qui a dû fuir son pays d’origine afin d’échapper à un danger (guerre, persécutions politiques ou religieuses, etc.). Au Mali, il n’y a pas de guerre, à proprement parler, mais il y a bel et bien un conflit qui oppose les fils d’un même pays avec l’utilisation de part et d’autre d’armes à feu. Le théâtre des opérations, c’est la région de Kidal.

Au regard des affrontements qui se passent dans cette partie de notre pays, des populations peuvent bien fuir pour échapper aux différents bombardements. Comme c’est d’ailleurs le cas à la frontière entre le Mali et l’Algérie où le Croissant Rouge algérien s’occupe bien, semble t-il, de ces populations.

Est-ce donc raisonnable que ceux qui fuient les champs de bataille à Kidal se retrouvent au Burkina Faso lointain alors qu’il y a à la sortie le Niger et l’Algérie ? Ceux qui sont au stade du 4 août de Ouagadougou ne sont guère originaires de la région de Kidal où se déroulent les hostilités. Ils sont des Arabes et Touaregs des régions de Gao et Tombouctou. Or, celles-ci ne sont pas concernées par les bombardements.

Autrement dit, aucun danger ne les guette. Cependant, on peut comprendre leurs attitudes par l’instinct de survie parce qu’en 1994, où il y avait une véritable rébellion qui touchait les trois régions du Nord, l’armée avait commis des exactions qui ont conduit un nombre très important de nos compatriotes à se réfugier chez nos voisins de la Mauritanie, de l’Algérie, du Niger et, bien sûr, du Burkina Faso.

On pourrait également expliquer la motivation des déplacés par la cherté de la vie qui met à rude épreuve beaucoup de familles qui peinent à se servir les trois repas journaliers.

Dans ce contexte, des populations pourraient bien quitter le pays, avec le prétexte de la situation dans la région de Kidal, en direction de Ouagadougou, afin de tromper leur faim. Parce que nos frères et amis du Faso, les ont toujours bien accueillis.

En définitive, on retient que des Maliens, Touaregs ou Arabes, sont bien dans des camps de réfugiés à Ouagadougou. Nos autorités doivent au-delà des déclarations, faire des gestes, notamment des visites sur le site afin de mieux cerner leurs préoccupations et de les rassurer de la solidarité nationale. A suivre.

Chahana TAKIOU

12 Juin 2008