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« Les trois points non satisfaits de l’Accord d’Alger», selon ATT.

On est loin du cessez-le-feu annoncé, le week-end dernier, à la demande du facilitateur algérien. En effet, tôt dans la matinée d’hier mardi 17 mai, le Colonel El Hadj Gamou, chef du poste de commandement opérationnel avancé dans la région de Kidal, à la tête d’une troupe impressionnante fortement équipée, a repris l’opération de ratissage des repaires des bandits armés avait marqué une pause depuis le démantèlement de la base de Bahanga, à Tin Assalak, les 3 et 4 juin dernier.

Au même moment, les représentants des groupuscules armés, réunis dans la ville algérienne de Tamanarasset, depuis le samedi 14 juin, peinent à accorder leurs violons pour parler d’une seule voix sur l’évaluation de l’Accord d’Alger. A ce propos, des investigations que nous avons menées à Bamako nous ont permis de faire la lumière sur les trois points dudit Accord qui restent à satisfaire, selon le président ATT, sur les 18 qu’il comporte.

Le cessez-le-feu demandé par le facilitateur algérien, sous la pression des bandits armés de Kidal qui ont multiplié, ces derniers jours, les appels en direction d’Alger et de Bamako, ne sera pas observé de sitôt.

En effet, le tout nouveau Chef d’Etat Major Général des Armées, le Général de Brigade Gabriel Poudiougou, vient d’instruire au chef du poste de commandement opérationnel avancé de Kidal, le colonel Elhadj Gamou, de reprendre ses positions antérieures à l’attaque de Tin-Assalak, la base de Bahanga. On se rappelle que les 3 et 4 juin derniers, l’armée malienne avait attaqué cette base, faisant 20 morts dans les rangs des bandits armés.

Sans murmures et, surtout, avec enthousiasme, le colonel Gamou a quitté, tôt hier mardi 17 juin, la ville de Kidal à la tête d’une impressionnante troupe, armée jusqu’aux dents, a-t-on appris de sources multiples, dignes de foi.

Les populations de Kidal, qui croyaient en la trêve annoncée, le week- end dernier, étaient surprises de voir cette armada sortir de la capitale de l’Adrar des Ifoghas.

En fait, c’est l’opération de ratissage qui repart de plus belle, afin de nettoyer les poches de résistance qui seraient en train de se reconstituer.

Une de nos sources, très fiable, nous a expliqué que le redéploiement des hommes du colonel Gamou vers Tin – Assalak et Abeïbara pourrait s’expliquer par l’imminence d’une attaque que les services de renseignement ont dû communiquer à la hiérarchie militaire.

Cette mesure, en tout cas, intervient alors que la délégation des bandits armés est toujours à Tamanrasset pour l’évaluation de l’Accord d’Alger du 4 juillet 2006. Elle est confrontée à un problème de leadership en raison de la diversité de ses composantes.

Les bandits armés de Kidal sont constitués, en effet, de plusieurs groupes : les Bahanga, les éléments de la soit-disant «Alliance Démocratique du 23 mai pour le Changement», les hommes du jeune Touareg qui a détourné les 10 millions du PIDRK, les voleurs des voitures, les vendeurs de drogue et autres produits illicites-.

Le gouvernement du Mali, dont les émissaires sont déjà connus – l’Inspecteur Général de police, Mahamadou Diagouraga et Baba Mahamane Maïga et non Touré comme nous l’avions précédemment écrit – n’attendrait que ces groupuscules disparates règlent leur dissension interne pour aller à la table de «négociation» pardon à l’évaluation de l’Accord d’Alger.

Mais qu’en est-il de la mise en oeuvre de ce document ?

Signé le 4 juillet 2006 à la fois par le Général Kafougouna Koné, ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales (au nom du gouvernement du Mali), Ahmada Ag Bibi (Pour «l’Alliance Démocratique du 23 mai 2006 pour le Changement») et Abdelkrim Gheraieb, ambassadeur de la République Algérienne Démocratique et Populaire au Mali (facilitateur), l’Accord d’Alger est, selon ATT, largement appliqué. Sur les 18 points de ce document, censé «restaurer la paix, la sécurité et le développement dans la région de Kidal», 15 ont été satisfaits.

C’est ce que le chef de l’Etat a affirmé, lors de sa traditionnelle conférence de presse du 8 juin, sans énumérer les doléances non satisfaites.

De nos investigations, il ressort que celles-ci portent sur la création d’un conseil régional provisoire de coordination et de suivi, la création d’un fonds de développement et de réinsertion socio-économique des populations civiles, notamment les jeunes touchés par les évènements du 23 mai 2006 sans exclusion de tous les autres jeunes de la région de Kidal, sous le contrôle du conseil régional provisoire de coordination et de suivi ainsi que la reconduction, pour une durée de dix ans, du régime préférentiel fiscal défini par le Pacte national pour les régions du Nord du Mali en vue d’attirer et d’encourager l’investissement.

Hormis ces trois points dont le plus important est manifestement la mise en place du Fonds de développement et de réinsertion socio-économique, l’Accord d’Alger serait donc mis en route.

Les projets de développement relatifs aux infrastructures routières, sanitaires, éducatives et aux équipements hydrauliques ont été identifiés au cours du Forum de Kidal tenu l’année dernière.

Le montant pour la concrétisation de ces ouvrages a été estimé à plus de 500 milliards de nos francs et nombreux sont les partenaires au développement qui s’étaient engagés à soutenir cet élan de solidarité envers Kidal.

Malheureusement, les bandits armés se sont impatientés et, par leurs agissements criminels, ont mis un frein au processus de développement enclenché.

Chahana TAKIOU

18 Juin 2008