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Le Chef d’Etat africain le plus contesté, ces derniers temps, par les Occidentaux et par certains pays africains est sans conteste le Président zimbabwéen, Robert Mugabé dont la gestion et la réélection restent toujours décriées. Ainsi, dans un essai, “L’insoumis et le bouc émissaire”, la Présidente du Forum pour un Autre Mali (FORAM), Mme Aminata Dramane Traoré, accuse les Occidentaux, notamment la Grande Bretagne, d’être responsable de la situation regrettable que traverse le Zimbabwé.

En effet, selon la Présidente du FORAM, le torrent de boue dont on couvre Robert Mugabé depuis de longs mois a quelque chose de nauséabond et de suspect.

“A 85 ans, pourquoi s’accroche-t-il tant au pouvoir ?”, entend-on dire. Mais est-ce une raison suffisante pour l’humilier ? Est-il le seul de cette génération à occuper ce poste à un tel âge ?… Telles sont, entre autres, les questions que se pose l’alter mondialiste Aminata Dramane Traoré.

En plus de l’expropriation des fermiers blancs des terres agricoles et l’hyperinflation qui chasse les élites du pays (médecins, avocats, enseignants, journalistes…), les détracteurs de Robert Mugabe retiennent, contre lui, bien d’autre griefs : l’opération de déguerpissement des mal logés en 2005 ; la fuite de plus de trois millions de zimbabwéens vers l’Angleterre et l’Afrique du Sud ; la répression des opposants ; le pourcentage élevé de personnes atteintes du SIDA, la faim et, à présent, l’épidémie de choléra.

Mais selon Aminata Dramane Traoré, la quasi totalité des situations imputées à l’incapacité du dirigeant zimbabwéen à gérer son pays résulte d’abord du non respect des engagements pris, l’une des caractéristiques de nos rapports avec les pays riches, comme l’atteste, plus récemment, les fausses promesses d’aide du Sommet de Gleneagles.

“L’argent qui coule à flot, ces derniers temps, dans le cadre du sauvetage des banques a toujours fait défaut, quand il s’agit d’honorer les engagements pris envers les peuples dominés“, s’est-elle indignée. Et d’informer que “le facteur déclencheur de la crise zimbabwéenne est plus précisément le non respect, par la Grande Bretagne, de l’Accord de Lancaster House signé en 1979, selon lequel elle devait dédommager les fermiers blancs dans le cadre de la réforme agraire”.

En tant qu’un enjeu central dans toutes les sociétés dont l’économie repose sur l’agriculture, la terre est donc au coeur de la rupture. “C’est en cela que le bras de fer entre l’ex-Rhodésie du Sud et l’ancienne puissance coloniale est emblématique des tensions en Afrique Australe et des conflits à venir à l’échelle du continent, puisque l’ouverture au marché rime de plus en plus avec l’octroi des centaines de milliers d’hectares aux investisseurs étrangers, au détriment des petits producteurs“, fera remarqué Aminata Dramane Traoré.

Toujours selon l’altermondaliste, l’économie zimbabwéenne était florissante ; et Robert Mugabe était fréquentable tant que la minorité des fermiers blancs d’origine britannique pouvaient faire travailler des centaines de milliers d’ouvriers agricoles noirs sur les millions d’hectares de terres agricoles qui étaient en leur possession.

L’homme à abattre

Le héros de l’indépendance zimbabwéenne n’est devenu l’homme à abattre qu’à partir du moment où, face au refus de Tony Blair de respecter les termes de l’Accord de Lancaster House, Mugabe a dû récupérer les terres des fermiers blancs. Dès lors, tout a été dit à propos de la redistribution de ces terres qui n’aurait profité qu’aux proches de Robert Mugabe. Mais à en croire l’ex-ministre malienne de la Culture, la réalité est tout autre.

Selon elle, des milliers de familles sans terre jouissent aujourd’hui de leurs droit à ce moyen de production. L’irrigation, les fertilisants, les prêts et la mécanisation sont autant d’efforts fournis dans le cadre de cette réforme agraire, avec les maigres moyens de l’Etat, la priorité étant la couverture des besoins nationaux par l’agriculture nationale.

Et , Aminata D. Traoré, de rappeler : “L’Europe, l’Amérique du Nord, l’Australie et la Nouvelle Zélande, ont réagi dès la première procédure de retrait des terres en 1997. Le dollar zimbabwéen a commencé à chuter, et les sanctions économiques à pleuvoir : privation du pays de toute aide extérieure, de crédit et d’assistance de la part des institutions financières internationales, et l’introduction d’échanges commerciaux avec les entreprises américaines“.

A ses dires, le pays de Rober Mugabé n’a bénéficié d’aucune aide en matière de balance des paiements depuis 1994, alors que jamais auparavant, il n’avait été privé d’apports extérieurs. Faute de prêts assortis de conditions favorables, il lui a fallu procéder à des émissions monétaires.

Dans ces circonstances, l’ingérence et la subvention à la base consistent à créer la pénurie en privant l’Etat souverain de moyens et à soutenir des ONG et des opposants politiques qui s’attirent la sympathie des populations auprès desquelles ils interviennent“, fera savoir Aminata Dramane Traoré. Les conséquences de l’embargo et des sanctions économiques ont été aggravées par des sécheresses autrefois cycliques (à peu près tous les dix ans), mais désormais fréquentes du fait des perturbations climatiques.


L’alibi démocratique

Selon la Présidente du FORAM, la Grande Bretagne prendrait une sacrée revanche sur l’histoire et rendrait un immense service aux fermiers blancs qui attendent, si dans son ancienne colonie, elle parvenait à porter au pouvoir un dirigeant de son choix, ou tout au moins, acquis au libéralisme économique.

“Au delà de la Grande Bretagne les puissances coloniales et leurs alliés n’ont jamais eu autant besoin de renforcer leur présence en Afrique, l’avancée de la Chine étant une véritable menace pour eux. Ils y arrivent donc au prix de l’ingérence, de la subvention et de la guerre. C’est dire jusqu’à quel point le fossé est abyssal entre la rhétorique sur la démocratie, les droits de l’homme et les desseins des Etats libéraux d’Europe et d’Amérique, sur le continent noir“, a-t-elle poursuivi.

Le débat houleux qui, pendant longtemps, a opposé les Occidentaux aux dirigeants des pays d’Asie (dont la Chine), quant à la primauté des droits économiques et sociaux sur les droits politiques, ressurgit ainsi à la faveur de la mondialisation néolibérale, sans être pris en charge de manière conséquente par les formations politiques, la société civile et les médias. “Il en est ainsi, parce que les dirigeants africains savent que leurs pays seraient dans le même piteux état que le Zimbabwé s’ils s’avisaient, à l’instar de Robert Mugabe, à aller à l’encontre des intérêts dominants “, a indiqué la Présidente du FORAM.


La Présidente du FORAM soutient Mugabe

Du point de vue de Aminata Dramane Traoré, rien ne justifie l’humiliation de Robert Mugabe et les privations imposées à son peuple afin qu’il se soulève et le renverse. Et de signaler : “Il n’est pas paranoïaque puisque Gordon Brown et ses alliés, après avoir poussé Morgan Tsvangiraï, marchent à présent à visage découvert et sans complexe, lui demandant de démissionner. Nommer et défier ses agresseurs n’a rien à voir avec la haine des Occidentaux véhiculée par certains médias qui excellent dans le lavage des cerveaux, quant à Robert Mugabe. Précisément parce qu’il se savait le dirigeant d’un pays composé de Blancs et de Noirs, il a tenté de les fédérer en nommant des ministres zimbabwéens d’origine britannique dans son gouvernement“.

Et de marteler en guise de conclusion : “Robert Mugabe n’est en aucun cas ce bourreau qui affame son peuple et le condamne à mourir du choléra et je ne sais pas quelle autre maladie. Les quinze années durant lesquelles il avait les mains libres, il a réussi à réaliser le taux d’éducation le plus élevé du continent, en plus des performances économiques enregistrées. On ne peut lui reprocher non plus de s’être enrichi personnellement, à l’instar de la plupart de ses homologues, même si certains excès sont reprochés à son épouse…”.


Moussa TOURE

13 Janvier 2009