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Nul n’ignore aujourd’hui que la situation au nord du Mali, notamment à Tessalit est des plus confuses. Le commandement militaire parle de repli tactique, les rebelles de victoire militaire. Le peuple a le droit de savoir dans un contexte de loi du silence.

« Nous avons pris le camp suite à des assauts successifs, le dernier a eu lieu samedi soir… Les officiers du camp ont fui et nous les avons poursuivis… On a engagé près de 600 hommes (dans la bataille)… Il y a eu des morts du côté de l’armée… On a une quarantaine de prisonniers… et une quarantaine de familles (de militaires)… on a saisi des centaines d’armes : des mortiers, lance-roquettes, mitrailleuses et même des blindés« , a affirmé sur RFI Baye Ag Diknan, officier du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA).

Au même moment le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Mali soutient qu’il n’y a pas eu de conquête : « C’est nous-mêmes qui avons décidé de faire évacuer le camp qui était assiégé depuis le 17 janvier. Nous avions tenté à plusieurs reprises de le ravitailler sans parvenir à nos fins… La situation humanitaire se dégradait… Il fallait faire l’économie de pertes humaines inutiles d’autant plus que même si nous abandonnons le camp aujourd’hui, nous pourrons toujours le reprendre plus tard… Les militaires se sont mis en ordre d’évacuation, avec le matériel essentiel et les familles, et qu’ils sont sortis du camp sans combats… Les forces adverses ayant constaté cette évacuation, elles n’ont pas engagé de combat… pour éviter les pertes humaines inutiles« .

Deux versions diamétralement opposées d’une même situation. Où est la vérité ? Quand on sait que sous le règne d’ATT l’Omerta a toujours tué dans l’œuf la transparence, le droit de savoir et le débat. Tant et si bien que la version du commandement militaire n’est qu’une interprétation édulcorée de la réalité sur le terrain.

Toujours est-il que la ville de Tessalit, au nord du Mali, est aux mains des rebelles du MNLA après 21 jours de siège. Le citoyen malien est désabusé. C’est dans ce pays constellé de généraux et de colonels-majors grassement payés avec l’impôt des pauvres paysans et autres humbles qu’une poignée d’individus (600 personnes) imposent leur diktat, mettent en déroute une armée de centaines de milliers d’hommes.

C’est dans ce pays, dirigé par un général cinq étoiles (général d’armée, dernier palier de la hiérarchie militaire), diplômé de l’Ecole de guerre de Paris que des rebelles sont en passe de réussir ce qu’aucun autre régime n’avait accepté : la reddition pure et simple face à leurs velléités indépendantistes. Le serment du 8 juin en prend un sacré coup parce que le président de la République, chef de l’Etat est le garant de l’indépendance nationale et l’intégrité du territoire.

Le chaos au révélateur

De quels moyens disposent les rebelles ? Notre armée serait-elle sous-équipée et mal formée à ce point ? Avouons-le, nous ne comprenons pas. ATT, qui se donne le droit de rappeler à tous vents qu’il a connu la guerre, qu’il a géré des conflits armés, est bien ce stratège qui a étalé pour ces rebelles le tapis rouge après leur débâcle en Libye sans chercher à les désarmer contrairement à d’autres. N’est-ce pas lui qui leur a offert 50 millions de F CFA, même si certaines indiscrétions estiment que le montant octroyé est nettement supérieur à celui déclaré ?

Vu ces traitements de faveur et connaissant la mentalité de ces gens, tout le monde savait qu’ils allaient ressusciter la rébellion. Difficile de comprendre car, comme lui, le pays dispose aujourd’hui plus d’une vingtaine de généraux, une multitude de colonels et un nombre presque incalculable de lieutenants-colonels et des sous-officiers. Dommage !

Au lieu de s’ériger en général à l’orgueil quelque peu écorné, le chef de l’Etat continue de se moquer du Mali. Evoquant les manifestations populaires du mois dernier à Bamako, Kati et dans certaines capitales régionales contre l’évolution de la crise au nord, ATT a indiqué que « ces genres de protestations sont bonnes, mais les femmes des camps ignoraient qu’il y avait une tentative de coup d’Etat et de trahison cachée derrière ces réactions qui sont indignes d’une démocratie acquise il y a 20 ans« . Alors M. le président qui sont les fomenteurs de ce coup de force au sein de l’Armée ? Ont-ils été entendus ou arrêtés ? Là aussi, c’est le flou total. Il est vrai que lorsqu’on a eu une femme en sifflotant…

Mais, le président de tous les Maliens campe sur sa position qui consiste faire voter une nouvelle Constitution contre vents et marées. Après tout, ne dit-il pas à intervalles réguliers qu’il s’en ira le 8 juin ?

Le 8 mars dernier à l’occasion de la célébration de la Journée des femmes, le chef de l’Etat a assuré, comme Moussa Traoré et son congrès en mars 1991 qu’« il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige« , il continuera et conduira l’Etat jusqu’aux termes de son mandat malgré les fausses accusations de ses détracteurs. Comme GMT et son congrès, ATT n’a qu’une obsession : la tenue de la présidentielle et du référendum dans un pays qu’il a suffisamment gâté et qu’il va laisser en lambeaux.

M. le président, rappelez-vous de l’adage qui dit : « Celui qui veut la paix, prépare la guerre« . Sinon comment comprendre qu’autant de camps et de villes du Nord soient attaqués tous les jours sans que l’armée puisse efficacement intervenir. Pis, on assiste à la fuite des militaires maliens (repli tactique). Pourtant on nous a toujours fait croire que l’armée malienne est l’une des armées les plus puissantes en Afrique de l’Ouest.

Les vrais comptes vous attendent après le 8 juin.

Idrissa Sako

13 Mars 2012