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L’Algérie, notre voisin du Nord, a toujours été un allié de taille avec lequel nous partageons des relations historiques. Mais depuis quelques temps, les relations entre le Mali et l’Algérie n’étaient pas « au beau fixe ».

Ce refroidissement s’explique selon des observateurs par l’ouverture du Consulat Libyen le jeudi 09 février dernier, à Kidal, une ville frontalière avec l’Algérie.

En guise de réaction à cette ouverture, les autorités algériennes ont fermé la frontière. Presque rien ne sortait… Et comme conséquence, la capitale des Ifogas est asphyxiée.

« La ville de Kidal depuis bientôt deux mois est asphyxiée sur le plan économique. Nous manquons de tout… », se plaignait, Bilal Ag Mohamed, président du Conseil de cercle de Kidal avec un regard plein d’inquiétude.

« Nous ne comprenons rien. Officiellement, on nous dit que tout va bien, mais en réalité on constate que la frontière est fermée« , a – t – il poursuivi.

En période ordinaire, la ville de Kidal a tout l’air d’un gros souk. On y trouve tous les produits d’origine maghrébine notamment de l’Algérie.

Et d’ailleurs ironiquement, les populations qualifiaient l’Algérie comme étant le cordon ombilical de la capitale des Ifogas. Et pour preuve elle assure presque 90% des besoins de la ville sur tous les plans : Carburants, vivres, gaz, articles électroménagers, etc.

Avant, témoigne un commerçant de la ville : « nous avons entre 5 à 6 camions qui proviennent de l’Algérie par jour. Maintenant, nous n’avons qu’un camion par quinzaine et souvent par mois« .

Selon des témoignages, des camions maliens seraient bloqués encore à la frontière algérienne. Pour les populations de Kidal, avec cette situation, c’est comme si la frontière est fermée.

Et du coup, les prix des produits de première nécessité ont pris l’ascenseur avant les tragiques événements du mardi 23 mai dernier.

Situation catastrophique… Même avec les événements du 23 mai, certains voient « la main algérienne« . Et pour preuve, de sources officieuses, les assaillants s’approvisionnent en territoire algérien et des blessés seraient même soignés en Algérie.

Pour l’instant aucune confirmation n’est donnée de ces rumeurs qui circulent à Bamako. Après la désertion de Hassan Fagaga, en février dernier, le Président de la République avait dépêché le 26 février dernier, le Ministre des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine, le Professeur Oumar Hamadoun Dicko.

Porteur d’un message au Président Aboul Aziz Boutéflika, il a été reçu par Ahmed Ouyahia, Premier Ministre algérién de l’époque.

Ce dernier aurait donné l’assurance que son pays « ne saurait cautionner une quelconque déstabilisation des régions du Nord Mali mais s’était inquiété de la rupture dans les approvisionnements de Kidal, une ville sensible et fragile« , a révélé « La Lettre du Continent », un journal d’informations panafricaines.

Déjà avec cette révélation, on sait que les autorités algériennes au plus haut sommet sont informées de la fermeture de la frontière et donc, conscientes des enjeux et de la situation de précarité que traverse la ville de Kidal.

Et ses populations. La fermeture du consulat libyen le 30 mai dernier à Kidal par les autorités libyennes fait perdre à l’Algérie tout « alibi » ou « prétexte » de martyriser de pauvres populations.

Le Mali a prouvé sa bonne foi en dépêchant dans l’intervalle de quatre mois deux de ses ministres. Et non des moindres. La visite du Général Kafougouna Koné, en Algérie, loin d’engager des voies pour les pourparlers et éventuelles négociations, vise surtout à mettre les « points sur les i », selon des sources proches de Koulouba.

Lors de sa visite d’Etat en avril 2003 en Algérie, le président Amadou Toumani Touré avait rappelé le rôle joué par ce pays lors de la rébellion de 1990 : « l’Algérie a été à nos côtés pour conjurer la menace sur l’unité nationale et l’intégrité territoriale« .

C’est cet engagement ferme que Bamako attend d’Alger. Aujourd’hui l’Algérie doit avoir une position claire et responsable car la paix et la stabilité du Sud algérien dépend de celle du Nord du Mali.

Que pensent les Algériens de la situation ? Nous avons tenté de prendre contact avec l’Ambassadeur d’Algérie au Mali. Jusqu’ici, nous n’avons pu obtenir un rendez-vous.

Almahady Moustapha Cissé

07 juin 2006.