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«Tout est négociable sauf l’intégrité du territoire». Pour ce faire « il n’y aura ni fédéralisme, ni autonomie et encore moins de débat sur une quelconque indépendance d’un centimètre carré du pays » a martelé le Président IBK à ses interlocuteurs du jour. C’était le mardi, 17 septembre dernier lors d’une cérémonie de remise, au Chef de l’Etat, des conclusions de la réunion de 3 jours préparatoire des concertations devant s’ouvrir bientôt entre le Gouvernement et les groupes armés présents dans le nord du Mali.

IBK_8Les représentants des groupes armés, qui écument le nord de notre pays depuis des années (MNLA, MAA, FPR, HCUA) étaient réunis en conclave à Bamako en ce début de semaine. Cette initiative visait selon les organisateurs, à baliser le terrain à l’ouverture de vraies négociations entre le gouvernement de la république et les mouvements rebelles, conformément à l’Accord préliminaire de Ouagadougou, signé en juin dernier.

A l’issue de 3 jours de travaux, au cours desquels, semble-t-il, les participants « se sont regardés, les yeux dans les yeux, pour se dire toutes les vérités », tout ce beau monde a été reçu au Palais présidentiel de Koulouba par le Président de la république, Ibrahim Boubacar Keita, le mardi 17 septembre 2013.

A cette occasion, malgré la mauvaise qualité du son accompagnant les images de l’élément diffusé par nos confrères de l’ORTM dans le JT de 20 Heures le même jour, les téléspectateurs ont néanmoins pu saisir quelques brides de mots dans l’intervention du Président de la république.

Ainsi, le Chef de l’Etat a rappelé à ses hôtes du jour les sacrifices que le Mali était prêt à consentir pour retrouver l’unité nationale et la cohésion sociale. Cependant, pour le Président de la république, IBK, « il est hors de question de toucher à l’intégrité du territoire ».

En clair, aucune discussion ne saurait avoir pour objet « la remise en cause de la souveraineté de l’Etat central sur l’ensemble du territoire national ». Aucune revendication relative à une soi-disant autonomie ou fédéralisme de quelle que région que ce soit « ne sera tolérée ».

Le ton presque martial, la fermeté du discours et l’air très grave affiché par le Président de la république à cette occasion, démontrent, s’il en était besoin, que « rien ne sera plus jamais comme avant ». Notamment, en ce qui concerne la question récurrente des rebellions cycliques dans le nord du Mali.

Le Président de la république est certes paru très déterminé. Mais, avec les mouvements rebelles, cela suffira-t-il pour ramener tout le monde vers une paix définitive dans la partie septentrionale de notre pays ? Rien n’est moins sûr.

Tirant certainement les leçons de la gestion faite des précédentes rebellions, IBK veut prendre le taureau par les cornes en conciliant ouverture, dialogue et fermeté lorsqu’il le faut. Les régimes de Modibo Keita et de Moussa Traoré ont successivement privilégié « le bâton » donc la fermeté et l’utilisation de la force militaire pour mâter les rebellions de I963 et 1990. Quant à Amadou Toumani Touré pendant la transition de 1991 et Alpha Oumar Konaré par la suite, ils ont opté pour la manière « douce » en cherchant par le dialogue et les billets de banque, ce que les armes n’avaient pas permis d’obtenir en termes d’anéantissement de toutes les velléités sécessionnistes alimentées par certains compatriotes et leurs réseaux de soutien extérieur. Les résultats de ces différentes stratégies sont connus. Il est évident aujourd’hui qu’aucune de ces méthodes n’a permis au Mali, d’éviter la tragédie que le pays vient de vivre 2 ans durant. La démarche de IBK est surement inspirée par les expériences du passé. Serait-elle la bonne pour que le Mali retrouve définitivement la paix et la stabilité ? Le peuple n’aspire qu’à ça. Mais, compte tenu de la versatilité déconcertante de ceux qui se sont de tout temps prévalus d’une certaine représentativité des communautés du nord, les observateurs sont prudents, pour ne pas dire sceptiques quant à la réelle volonté des mouvements rebelles à aller véritablement à la paix. IBK arrive donc avec ses stratégies, ses méthodes et ses moyens propres, mais c’est le résultat qui importera le plus pour l’écrasante majorité de ses compatriotes l’ayant justement investi d’une légitimité inédite à cet effet.

La rencontre de Bamako aura permis, au moins, de briser le mur de méfiance entre les parties en présence. Elle a débouché sur une déclaration commune allant dans le sens souhaité par l’ensemble du peuple malien et la communauté internationale. En plus, une Cellule technique de suivi des recommandations de Bamako de 12 membres a été également mise en place. Elle est composée de représentants des différents groupes armés, selon un quota égalitaire de 3 par mouvement armé.

Dans la déclaration commune ainsi que dans les discours qui ont suivi la cérémonie au Palais présidentiel, tous les participants s’engagent à « préserver l’intangibilité des frontières du Mali ainsi que son intégrité territoriale et son unité nationale ». C’est bien beau ! Mais, si et seulement si, tous les maliens pouvaient désormais se mettre ensemble, au-delà des mots, pour faire un font commun face aux vrais maux auxquels le pays est confronté ! Ces maux qui ont pour noms : mal gouvernance, corruption, sous-développement, impunité, entre autres.

Bréhima Sidibé

L’Indicateur du Renouveau du 20 Septembre 2013