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Déjà affectés par les sécheresses des dernières années, les éléphants du Gourma vivent depuis mars 2012 dans une zone occupée par des groupes armés. Ce qui laisse une porte ouverte aux braconniers et constitue une sérieuse menace pour cette espèce en voie de disparition.

Le cercle de Gourma-Rarous porte le nom du vaste paysage du Gourma. Ce sont des étendues à perte de vue dans lesquelles se dressent les plus hautes montagnes du Mali. Les balades silencieuses sur les dunes de sable qui s’embrasent au coucher du soleil, sont un moment d’intense communion avec la nature.

A quelques kilomètres de là, vit un troupeau d’éléphants, les derniers du désert qui transhument du Mali vers le Burkina Faso. Ce sont ces espèces rares qui sont fortement menacées dans leur existence par les sécheresses répétitives et par la présence des bandits armés. Une situation lourde de beaucoup de dangers pour cette colonie d’éléphants qui vivent dans cette zone depuis des générations.

Depuis le début de cette crise, les viols systématiques, la destruction des mausolées et la violation des droits de l’homme ont entre autres occupé le devant de la scène et fait craindre le pire des scénarios pour ces éléphants qui se trouvent désormais livrés à eux-mêmes. Très peu d’informations circulent sur ces éléphants du Gourma.

Selon le rapport de Douglas-Hamilton et Susan Canney, un comptage aérien des éléphants a été mené au Mali dans le Gourma en 2009. L’objectif était d’actualiser le statut des éléphants qui y vivent et les menaces qui pèsent sur leur survie à long terme.

Un effectif minimal de 344 individus a été enregistré, celui-ci semblant stable depuis 2002, au regard des résultats d’inventaires précédents. Les survols ont permis de constater que de fortes pressions anthropiques s’exercent sur les fragiles ressources naturelles du Gourma avec pour conséquence une compétition accrue entre les hommes et les éléphants vis à vis des ressources.

La population d’éléphants du Gourma partagée entre le Mali et le Burkina Faso constitue la population la plus septentrionale d’Afrique depuis l’extinction, dans les années 1980, de la population d’éléphants des Monts d’Assaba en Mauritanie. Elle est l’une des plus importantes d’Afrique de l’Ouest et bénéficie d’un statut hautement prioritaire dans la stratégie régionale de conservation de la nature.

Les éléphants du Gourma semblent avoir vécu depuis longtemps en relative harmonie avec les habitants de la région traditionnellement pasteurs, nomades et transhumants accompagnés de leur bétail avec lequel ils partagent l’habitat semi-désertique. Les communautés locales Tamasheq et Peuhl ainsi que les populations plus sédentaires Songhaï et Dogon considèrent l’éléphant comme un symbole de bien-être naturel.

Avec l’occupation des deux tiers du territoire par des bandits armés de tout bord, les éléphants du Gourma se trouvent fortement menacés dans leur existence. Ils sont une proie facile et ne bénéficient d’aucune protection. Il est urgent de trouver une solution pour sauver ces animaux.

Moussa SIDIBE

L’Indépendant du 25 Juillet 2012