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Mary Diallo, responsable du Système d’Alerte Précoce (SAP) considère lui aussi qu’il n’y a aucune crise alimentaire au Mali.

« Je suis le premier à être impliqué dans tout qui concerne la situation alimentaire…, mais je puis vous assurer que les faits contredisent un tel scénario« .

Tous les deux parlaient d’une ville des savanes boisées du Mali méridional qui a reçu, l’année dernière, de bonnes précipitations et enregistré une récolte raisonnable et où les prix des denrées alimentaires sont demeurés stables.

Mais, selon les Nations Unies, plus de deux millions d’habitants du Nord, en zone semi-aride, auront besoin d’aide alimentaire cette année, à cause des faibles précipitations et de l’invasion des criquets de 2004.

Approximativement 2,2 millions de personnes – 20% de la population malienne – sont susceptibles de souffrir de l’insécurité alimentaire ou de la famine si les actions actuellement en cours s’arrêtent avant la fin de la période de soudure, en raison du manque de fonds du Programme alimentaire mondial de l’ONU (PAM), selon un rapport daté du 21 juillet.

En dépit de la conviction de Mme Haïdara que le Mali ne fait pas face à une crise alimentaire importante cette année – à la différence du Niger voisin, où les agences internationales d’aide luttent pour sauver 3.6 millions de personnes de la faim – elle a admis que les stocks de sécurité du gouvernement sont épuisés et qu’il y a un besoin urgent de les renouveler.

Le gouvernement malien a distribué 9.146 tonnes de céréales à 83 communautés, en novembre et décembre 2004, et Mme Haïdara déclare que le fonds de réserve de 5.5 milliards francs CFA (10 millions de $ US) dont elle disposait pour acheter jusqu’à 35.000 tonnes de céréales été utilisé.

« Nous avons lancé un appel à la communauté internationale pour nous envoyer de l’aide afin de reconstituer ce fonds » a-t-elle dit.

Le Nord – Mali nordique se situe dans la ceinture semi-aride sahélienne, qui s’étend de l’Ouest la Mauritanie à l’Est du Tchad, et qui a souffert l’année dernière de la double peste des criquets et de la sécheresse.

En conséquence directe, les Nations Unies estiment que plus de six millions de personnes font maintenant face à une pénurie alimentaire dans toute la région.

Seule la crise au Niger a, jusqu’ici, été sous les feux internationaux de la rampe, mais l’agence d’aide et de secours britannique Oxfam indique que des populations souffrent au Mali aussi.

Le conseiller régional à la sécurité alimentaire pour l’Afrique Occidentale d’Oxfam UK a déclaré que la situation au Mali était semblable à celle au Niger, mais avait été simplement ignorée.

« Leur situation nutritionnelle n’est pas bonne et est semblable à celle du Niger « , a déclaré ce conseiller, tout juste revenu d’une mission de terrain au Mali.

« Le fait est que les problèmes du Mali sont localisés dans les régions éloignées du Nord, qui sont généralement ignorées » a-t-il ajouté.

Les ONGs d’aide ont désigné le Nord du 14ème parallèle comme étant le plus en difficulté du pays. Ceci inclut des zones autour de Kayes, dans l’Ouest, Mopti, Tombouctou et Gao, sur le fleuve Niger, et Kidal et les hauteurs infestées de bandits de l’Adrar des Iforas, au Nord-Est.

Le Niger voisin avait été averti des pénuries imminentes de nourriture depuis novembre 2004, mais l’aide internationale a seulement commencé à arriver lorsque les images de bébés squelettiques ont fait les Unes des médias.

Un spécialiste de l’aide a déclaré à IRIN, la semaine dernière, que la situation au Niger avait évolué favorablement parce que « le Niger est sexy maintenant, des enfants y meurent« .

« Il y a beaucoup de malnutrition actuellement et, selon nos enquêtes – qui ne sont pas scientifiques – la mortalité infantile apparaît plus haute que la normale » a ajouté le responsable d’OXFAM.

Le responsable d’une association islamique d’aide, qui a distribué 95 tonnes d’aide alimentaire dans cinq villes et villages de la région de Tombouctou, tôt ce mois-ci, a confirmé que la situation au Mali était sérieuse.

« La situation de malnutrition n’est pas endémique [ comme elle l’est au Niger ] mais elle est chronique » avertit-il.

Environ 5.000 enfants maliens du Nord souffrent déjà de malnutrition aiguë, et la mortalité infantile atteint des niveaux record dans quelques secteurs, selon le Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA).

Le PAM estime que la production agricole malienne a baissé de 42% l’année dernière et est de 25% inférieure à la moyenne des cinq années précédentes.

Le Mali a besoin des distributions gratuites de produits alimentaires dès que possible, d’après le responsable d’OXFAM.

Depuis décembre 2004, des études de l’ONG ont montré que les gens avaient baissé leurs niveaux de consommation pour faire face au manque de nourriture.

Les mécanismes de gestion traditionnels de ce type de situation, en usage dans les communautés du Nord – Mali ont été tous épuisés, selon le PAM.

Les communautés ont commencé la vente des animaux de leurs troupeaux de chameaux, de moutons et de chèvres – affaiblissant ainsi leur position future – et les bergers nomades ont migré sur de plus grandes distances qu’habituellement, à la recherche de nourriture.

De plus, pister ces groupes nomades dans le vaste Nord sahélo-saharien du Mali est l’un des obstacles principaux à la mise en œuvre de n’importe quel programme de distribution d’aide.

« Il y a beaucoup à faire, mais les donateurs ne s’intéressent pas énormément à cette zone car c’est un endroit difficile » a indiqué le spécialiste d’Oxfam.

« Le pays est très grand et le secteur concerné si vaste  » a-t-il ajouté. Les pénuries de nourriture, au Mali comme au Niger, se sont reflétés dans les prix des denrées alimentaires, qui ont grimpé d’un coup dans les régions les plus touchées.

Les résidents des Gao, à 1.200 kilomètres au Nord – Est de Bamako, achètent actuellement le sac de 100 kilogrammes de mil, pour alimenter une famille moyenne durant 20 jours, à 22.500 CFA (USA $41), soit 50% plus cher qu’à la même période l’année dernière. Le riz, au détail, vaut presque le double qu’au début de l’année.

Cependant, Michel Laguesse, directeur adjoint du PAM au Mali, a nié le fait que le pays fasse face à une crise importante.

« Les importateurs nationaux, le personnel technique, les intervenants humanitaires et le gouvernement travaillent tous pour éviter que la situation n’empire« .

Le mois dernier, le gouvernement a exempté de taxe à la valeur ajoutée (TVA) l’importation de 100.000 tonnes de maïs et de 50.000 tonnes de riz, pour diminuer la pression sur les prix des denrées dans ce pays sans littoral de 12 millions de personnes.

Un vendeur de céréales bamakois, Madou Coulibaly, du marché de Banconi, a déclaré à IRIN que cette mesure avait diminué réellement les prix dans la capitale.

« En ce moment, le sac de 50 kilogrammes de riz est à 13.000 FCFA (USA $24) contre 16.000 (USA $29) en janvier« .

(Ce rapport ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies)


IRIN

28 juillet 2005