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D’abord, on ne peut accepter qu’une minorité nationale, chaque fois qu’elle a besoin d’exprimer des revendications spécifiques, ait recours à l’utilisation de la force armée. C’est à cela, malheureusement, que certains Touaregs nous ont habitués depuis la proclamation de la République du Mali, le 22 septembre 1960. Tous les présidents qui se sont succédé au pouvoir depuis cette date ont eu leur rébellion touareg. De Modibo Kéïta à Amadou Toumani Touré en passant par Moussa Traoré et Alpha Oumar Konaré. Ils ne se sont pas seulement contentés d’endiguer cet irrédentisme récurrent par le recours à des moyens militaires.

Ils ont également entrepris des actions visant à sortir la région de Kidal de son très grand retard économique et social lié, pour l’essentiel, à un environnement hostile. Force est de reconnaître que les actions les plus significatives pour le développement économique, social et culturel de la région de Kidal, ont été posées par la IIIe République.

Des dizaines de milliards de nos francs ont été injectés dans la région pour impulser des secteurs d’activités comme l’élevage, le transport, le commerce, le tourisme et assurer aux populations les services sociaux de base (éducation, santé, eau potable, électricité, téléphone, télévision, logements sociaux). Toutes choses qui ont métamorphosé la physionomie de Kidal et, croyait-on, accéléré son intégration dans la communauté nationale. Apparemment, ce n’est, hélas, pas le cas puisque l’irrédentisme touareg est toujours là. Plus radical que jamais.

L’attaque meurtrière, le pillage des dépôts d’armes et de munitions, le vol de véhicules tout terrain appartenant à des ONG dans les camps militaires de Kidal et de Menaka, le 23 mai dernier, en sont la nouvelle et tragique illustration. Qui corrobore cette simple vérité que ce ne sont pas les actions de développement qui constituent la réelle motivation de Fagaga et de ses complices. Ce que ces gens-là veulent, c’est une République de l’Azawad bien à eux, dont la « large autonomie réclamée pour Kidal » ne devrait être qu’une étape. Malheureusement, le négociateur officiel de l’Etat malien, Kafougouna Koné, et son mandant, Amadou Toumani Touré, ne semblent pas l’avoir compris.

En apposant leur signature au bas de ces accords de la capitulation, de la honte et de la trahison nationale, ils prennent la lourde responsabilité de faire perdre au Mali sa souveraineté sur une région qui est sienne depuis presque 2 000 ans.

En effet, aussi loin que l’on remonte dans l’histoire de notre pays, cet espace géographique a toujours été partie intégrante du territoire national. Les livres d’histoire les plus anciens, les tarikh des auteurs arabes n’indiquent pas autre chose.

Le document scélérat que Kafougouna s’apprête à signer, au nom de l’Etat malien, remet en cause la souveraineté malienne sur Kidal. D’abord, par la mise en place de ce Conseil régional de coordination et de suivi qui n’est, en fait, qu’un gouvernement déguisé ayant vocation à doubler et à chapeauter un organe composé d’élus comme l’Assemblée régionale.

Une belle façon de saper l’édifice démocratique que notre pays est en train de bâtir, dans la patience et la persévérance. Une belle façon aussi de gommer la présence de l’Etat malien, en réduisant son représentant, le Gouverneur, à un simple rôle de figuration.
Au plan économique, comme nous l’écrivions hier, le gouvernement, en acceptant la création d’un fonds d’investissement spécial pour Kidal, ne fait pas que se renier. Il octroie à cette région des privilèges exceptionnels dont les autres régions, qui ont déjà beaucoup fait pour elle, devront payer les factures supplémentaires. Car on ne le sait que trop, les investissements, surtout lorsqu’ils sont importants, sont rarement gratuits.

Mais le pire, c’est que l’armée malienne devra se retirer de toute la région de Kidal, dont la sécurité sera essentiellement assurée par Fagaga et ses hommes. Cela est inacceptable. L’armée malienne est chez elle partout en République du Mali. A Kayes, comme à Menaka, à Bamako comme à Andéraboukane, à Ségou comme à Tessalit. C’est une armée nationale et non une armée d’occupation. Elle ne bougera pas d’un pouce de la région de Kidal qui n’est pas la propriété exclusive de Fagaga et ses bandits armés, mais celle du peuple malien dans son ensemble.

ATT et Kafougouna Koné s’abritent, nous dit-on, derrière le Pacte national signé en avril 1992 entre le Comité de Transition pour le Salut du Peuple (CTSP) que dirigeait le même ATT pour accepter, justifier et légitimer ce retrait tel que stipulé dans les accords d’Alger.

A notre avis, le Pacte n’a encore de national que le nom. Il appartient à un passé à jamais révolu. Il a fait son temps et ne peut être invoqué pour résoudre des problèmes d’aujourd’hui. C’était un arrangement pour ramener la paix et la stabilité à une période donnée. Il n’a pas force de loi en République du Mali pour autant que l’on sache. On ne saurait donc l’imposer au peuple malien comme une camisole de force. En ce qui nous concerne, il n’a pas plus de valeur qu’un chiffon de papier. Le peuple malien n’a pas, non plus, d’argent pour mettre un fonds de réinsertion sociale à la disposition des seuls Kidalois. Il n’a pas d’emplois à créer pour les seuls jeunes de Kidal qui ne valent pas mieux que les autres jeunes du Mali, ceux de Bamako, de Kayes, de Ségou, de Sikasso ou d’ailleurs, frappés d’un chômage endémique.

Les populations maliennes ne se sont pas prêtes à consentir de nouveaux sacrifices pour une minorité ethnique à laquelle tout a été déjà donné. Elles ne reconnaîtront pas les accords qui seront signés avec des gens qui bafouent les lois de la République, qui ne veulent pas se reconnaître Maliens-rien ne les y oblige au demeurant-sous la dictée d’une Algérie plus soucieuse de ses intérêts stratégiques, économiques et sécuritaires que de l’intégrité du territoire malien et de la souveraineté du peuple malien.

Pour notre part, à L’Indépendant, nous n’aurons cesse de dénoncer ces accords car contraires aux intérêts de notre pays et à la dignité de notre peuple.

Le Mali vivra. Un et indivisible.

Par El Hadj Saouti Labass Haïdara

4 juillet 2006