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Attaque-mutinerie du 23 mai dernier est survenue tel un coup de tonnerre dans un ciel serein, tant le climat socio-politique du Mali ne prévoyait nullement un tel scénario, si l’on excepte les quelques contorsions du colonel-déserteur Hassane Fagaga, une pitrerie propre à amuser la galerie.

Voilà, en effet, un pays où, malgré les tares d’une démocratie unanimiste, la pauvreté du grand nombre, il faisait bon vivre, où les citoyens vivaient plutôt en bonne intelligence. Arriva ce funeste jour du 23 mai, quand des apprentis-sorciers, ou plus exactement des ex-intégrés en rupture de ban, avec la complicité d’officiers intégrés s’emparèrent des armes et des munitions dans deux camps de Kidal, volèrent des véhicules appartenant à l’Armée, à des ONG et à des services déconcentrés de l’Etat. Une attaque-mutinerie qui s’est soldée, de source officielle, par quatre morts. Tous Touaregs, il y a lieu de le préciser.

Ces événements survinrent au moment où le président Amadou Toumani Touré était en tournée dans la région de Kayes, précisément à Diéma. Depuis cette ville, il avait promis, devant Dieu et ses compatriotes, qu’il allait gérer la situation avec « responsabilité, fermeté et sens de la mesure« . Il invitait, par la même occasion, ses compatriotes à faire la différence entre ceux qui ont délibérément pris les armes contre leur propre patrie avec les autres Touaregs qui vivent parmi nous et qui ne cherchent qu’à vivre en paix, à nourrir leurs familles et élever leurs enfants. Un message qui est bien passé au sein de l’opinion et qui avait suscité un grand espoir quant à un règlement honorable de ce qu’on n’aurait dû considérer qu’un simple incident de parcours. Mais quelles n’ont été la surprise et la déception des Maliens en apprenant que le gouvernement -leur gouvernement- à travers le négociateur mandaté par ATT, le général Kafougouna Koné, a signé « les accords d’Alger pour la restauration de la paix, de la sécurité et du développement de Kidal« , le 4 juillet dans la capitale algérienne. Pour ne pas retourner le couteau dans la plaie de nos lecteurs, nous n’allons pas entrer dans les détails de ces accords de la honte. En clair, ATT a cru bon, en lieu et place d’une punition exemplaire, dérouler le tapis rouge sous les pieds de ces gens-là avant de leur offrir leur indépendance sur un plateau d’argent. Du jamais vu dans l’histoire multi-millénaire du Mali ! Un acte d’autant plus grave qu’il a été commandité par celui-là même qui, au regard de la Constitution, est censé être le garant de l’intégrité territoriale et de l’unité nationale ! ATT est seul à connaître la motivation profonde de cet acte qui dépasse l’entendement, du moment où rien, ni personne n’obligeait le Général à franchir le Rubicon. D’autant que, manifestement, les « rebelles » étaient sur une position de faiblesse. Leur forfait consommé, ils s’étaient réfugiés à Tégargaret, une zone montagneuse, située à 250 km au nord-est de Kidal.

Apparemment lâchés par leurs commanditaires, déboussolés par cette volte-face inattendue dans une région où les intérêts se font et se défont à la vitesse de la lumière, et confrontés à des problèmes de ravitaillement en vivres, les bandits armés ne savaient plus à quels saints se vouer. Nombre d’entre eux avaient déjà rejoint les camps militaires de Kidal et Ménaka, faisant leur mea culpa. La propre épouse et les enfants de Fagaga lui-même l’avaient abandonné pour regagner le domicile de sa belle-mère à Kidal. Il aurait fallut s’armer, tout simplement, de patience et attendre que, tenaillés par la faim et la soif, les « rebelles » sortent de leur tanière pour les cueillir comme des fruits murs et leur appliquer les sanctions militaires qu’ils méritent. Au lieu de cela… Rien, ni personne ne pressait nos princes du jour à se précipiter à Alger pour aller signer les accords de la reddition.

S’agissant de questions aussi capitales que la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale, la sagesse la plus élémentaire aurait voulu que la démarche soit véritablement nationale et revête le manteau de la légitimité en y associant toutes les couches socio-politiques, ou, tout au moins en y impliquant l’Assemblée nationale. En optant, un tant soit peu, «pour la fermeté et le sens de la responsabilité», comme il l’avait promis sur les antennes de l’ORTM, ATT aurait pu nous faire l’économie d’une crise socio-politique dont le Mali n’a que faire. A présent, la météo sociopolique ne présage rien de bon. Au niveau même de la région de Kidal où la stratification sociale est plus complexe qu’elle le paraît, il est à craindre que ces accords, qui puent l’iniquité et l’injustice, ne réveillent d’autres vieux démons. Ce qui a le plus révolté l’opinion dans cette crise fabriquée de toutes pièces, c’est qu’une poignée d’aventuriers soient parvenus à dicter leur loi à tout un Etat.

Au demeurant, où est passée l’autorité de l’Etat ? Où sont passées les grandeurs du Mali millénaire ? Une chose est de signer les accords, une autre est les faire appliquer. Nous nous demandons par quelle opération du Saint-Esprit le pouvoir en place pourra nous convaincre du bien-fondé de ces accords qu’il a fallu signer les yeux fermés parce que la nation était en péril.
Yaya SIDIBE

6 juillet 2006