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Réuni autour desdits Accords d’Alger, le 12 juillet, à Sébénikoro, le Bureau Politique National du RPM a rendu public une déclaration dans laquelle il invite « l’ensemble de ses cadres et militants à ne pas apporter leur caution à un tel document. Le RPM en appelle à la vigilance de tous les patriotes, démocrates véritables et sincères de notre pays, pour dénoncer et se désolidariser d’un accord qui n’est, d’aucune manière, une garantie pour la sauvegarde de la paix dans le nord de notre pays. Le Bureau Politique National instruit à ses députés, divers élus et cadres en mission, d’user de toutes les voies démocratiques, notamment parlementaires, pour informer et édifier le peuple malien sur la signification réelle de ce qui a été signé à Alger, le 4 juillet 2006 en son nom« . Précisons que la déclaration est signée du président du RPM, Ibrahim Boubacar Kéïta lui-même.
es Accords signés à Alger le 4 juillet par le Général Kafougouna Koné au nom du président de la République du Mali, Amadou Toumani Touré, continue d’alimenter les débats et causeries dans les bureaux, «grins» et rues de la capitale. Informés officiellement, le lundi, sur le contenu desdits Accords, les partis politiques tardent à réagir.
Excepté le RPM d’IBK qui, en début de soirée d’hier, mercredi 12 juillet, nous a fait parvenir une déclaration (voire ci-dessous).

Réuni autour du document mardi 11 et mercredi 12 juillet, le Bureau Politique du RPM a vigoureusement dénoncé les Accords d’Alger. Aussi, a-t-il invité ses cadres et militants à ne pas apporter leur caution à un tel document.

«Le Bureau Politique du Rassemblement pour le Mali en appelle à la vigilance de tous les patriotes, démocrates véritables et sincères, de notre pays, pour dénoncer et se désolidariser d’un Accord qui n’est d’aucune manière une garantie pour la sauvegarde de la paix dans le Nord de notre pays. Le Bureau Politique Nationale instruit à ses députés, divers élus et cadres en mission, d’user de toutes les voies démocratiques, notamment parlementaires, pour informer et édifier le peuple malien sur la signification réelle de ce qui a été signé à Alger, le 4 juillet 2006 en son nom», peut-on relever dans cette importante déclaration signée par le président IBK lui-même.

Depuis le week-end dernier, IBK a haussé le ton à la faveur de la rencontre qu’il a eue avec les initiateurs du manifeste pour la démocratie, venus lui rendre visite.

En effet, il avait déclaré que «les Accords d’Alger sont ceux de la honte pour le Mali», à en croire notre confrère Les Echos n° 2725 du lundi 10 juillet 2006.

C’est dire que l’équipe de Pinochet n’aura guère le soutien tant espéré du parti du 30 juin sur cette question.
Au contraire, Il est fort possible que dans les jours qui suivent les deux ministres RPM – Nancoma Kéïta de l’Environnement et Zeïnab Mint Youba de la Santé – soient invités à quitter le gouvernement.

Les tisserands iront donc tout droit à l’opposition et la démocratie malienne pourrait enfin souffler et reconquérir ses lettres de noblesses, si ATT, réfractaire aux critiques, ne viole pas les règles du jeu républicain.

Ce qui est sûr, c’est que les Accords d’Alger constituent la dernière opportunité pour IBK et les siens de se démarquer pour de bon d’un pouvoir essoufflé, incompétent, populiste qui a comme système de gouvernement la politique de l’autruche. Il trouve toujours des subterfuges pour remettre à demain la résolution d’une crise ou d’un problème. C’est ce qui a occasionné le récent conflit entre un village malien et un autre du Burkina Faso, avec comme conséquence plusieurs morts et blessés.

C’est également la raison qui a poussé les insurgés du 23 mai à attaquer les camps militaires de Kidal. Bilan : 5 morts, des munitions et des véhicules emportés.

Au lieu de réfléchir tranquillement, tête haute, sur cette question de Kidal, ATT s’est précipité pour signer des Accords bidons qui offensent l’honneur et la dignité de la vaillante armée malienne. Et portent atteinte à l’image de notre armée républicaine puisqu’en son sein, il y aura désormais des unités spéciales, dont les éléments viendront essentiellement des « régions nomades ».

Une manière de régionaliser et d’ethniciser un pan entier de notre armée. Nous ne cesserons de le dire, les Accords d’Alger sont bien différents du Pacte National contrairement aux allégations des plus hautes autorités du pays.
Le Pacte National, signé en avril 1992, encore une fois, concerne toutes les régions du Nord : Tombouctou, Gao et Kidal. Alors que les Accords d’Alger, excepté le régime des fiscalités, est consacré exclusivement à Kidal. / Chahana TAKIOU

Le texte intégral de la déclaration du Bureau Politique National du RPM

Le mardi 23 Mai 2006 restera dans les annales des Forces Armées du Mali. Ce jour, au petit matin, les deux camps de la ville de Kidal et celui de Ménaka furent subvertis par des éléments intégrés comptant dans leurs propres effectifs.
Cette nouvelle stupéfiante fut portée à la connaissance de notre peuple et du monde entier par une radio étrangère.
Depuis, notre peuple, les institutions de la République, les partis politiques, la société civile, bref, l’ensemble national, fut tenu en haleine dans la plus grande opacité.
Ce fut encore une fois, la même voix étrangère qui apprit aux Maliens qu’un accord venait d’être signé à Alger, intitulé

« ACCORD D’ALGER POUR LA RESTAURATION DE LA PAIX, DE LA SECURITE ET DU DEVELOPPEMENT DANS LA REGION DE KIDAL ».

Comment est-on passé de la gestion d’une mutinerie à une négociation sous l’égide d’un pays ami et frère, certes, mais nullement concerné par une affaire relevant exclusivement de la compétence militaire du Mali ?

En tous les cas, c’est, médusés et incrédules que les Maliens ont pris connaissance de ce qui est appelé de façon grandiloquente « ACCORD D’ALGER POUR LA RESTAURATION DE LA PAIX, DE LA SECURITE ET DU DEVELOPPEMENT DANS LA REGION DE KIDAL ».

Tout notre peuple sait combien le RPM et ses leaders sont dédiés à la paix.

C’est pourquoi, il y a cette accalmie tant vantée sur le front politique depuis 2002, malgré tant de dérives ! Certes, nous ne sommes pas des va-t-en guerre!

Personne ne souhaite jamais la guerre. Mais s’agit-il de cela ? Nous disons non. Ne nous laissons pas abuser. Il y avait simplement des responsabilités à assumer et rien d’autre.

Traiter les problèmes aux véritables niveaux où ils se posent. C’est tout ! Les rodomontades n’y changent rien !
Dans un préambule volontiers amnésique sur le contexte et les évènements du 23 Mai 2006, on apaise le peuple, on le trompe en affirmant la fidélité aux principes fondamentaux de la République. C’est trop facile, mais le contenu du document édifie, dès l’abord sur les abandons et la démission. Les mots sont aussi têtus que les faits. On dit que la parole s’envole, mais l’écrit reste. Chacun sait donc à quoi s’en tenir. Tous les principes sacro-saints d’égalité, de justice et de solidarité sont malmenés.

A terme, cet « Accord » pourrait desservir même ceux-là au profit desquels il est censé être signé.

Le peuple malien est UN et INDIVISIBLE. Il est dangereux pour la stabilité du pays et l’harmonie intercommunautaire, de donner à penser que telle communauté, ou telle région ou ethnie serait plus digne que d’autres de traitements au relent discriminatoire.

Cela expose la dite communauté elle-même à une stigmatisation dangereuse et inutile.
Tout le processus qui a conduit à « l’Accord » dit d’Alger s’est déroulé de façon monarchique. Le fait du prince n’est pas acceptable dans une démocratie. A moins que notre régime politique n’ait changé.

Nous pensons également que l’interpellation du Pacte National est totalement inappropriée en la circonstance. Aucune espèce d’amalgame n’est possible entre les dernières rébellions et la mutinerie du 23 Mai 2006.

Ceux qui ont pris les armes n’ont ni craint, ni hésité à prendre leurs responsabilités, toutes leurs responsabilités, face à un Etat dont ils savaient la grande faiblesse de l’Autorité.

Il restait au Gouvernement, pour peu, qu’il eût les mains libres et l’autorité assurée, à prendre les siennes. Hélas !
C’est en raison de tout ce qui précède que le Bureau Politique National du Rassemblement Pour le Mali, au nom de l’ensemble de ses cadres et militants ne saurait apporter sa caution à un tel document.

Le Bureau Politique National du Rassemblement Pour le Mali en appelle à la vigilance de tous les patriotes, démocrates véritables et sincères, de notre pays, pour dénoncer et se désolidariser d’un « Accord » qui n’est d’aucune manière une garantie pour la sauvegarde de la paix dans le nord de notre pays.

Le Bureau Politique National instruit à ses députés, divers élus et cadres en mission, d’user de toutes les voies démocratiques, notamment parlementaires, pour informer et édifier le peuple malien sur la signification réelle de ce qui a été signé à Alger, le 04 juillet 2006 en son nom.
Le vaillant peuple algérien, ses dirigeants avec à leur tête, le Président BOUTEFLIKA, savent toute l’estime du RPM et de ses dirigeants à leur endroit. Nous sommes assurés de leur totale compréhension des exigences patriotiques et démocratiques.

Nous puisons à leur exemple de fermeté patriotique.
Quant aux populations de Kidal, elles connaissent notre Parti, son total engagement à contribuer au confort de l’unité nationale et de la démocratie, dans un cadre de réelle solidarité nationale.

VIVE LA REPUBLIQUE

VIVE LA DEMOCRATIE

VIVE LE MALI UNI ET SOLIDAIRE

Bamako, le 12 Juillet 2006

Pour le Bureau Politique National du RPM

Le Président

El Hadji Ibrahim

Boubacar Kéïta

13 juillet 2006