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C’est en toute conscience que nous avons signé ces accords. Nous n’avons pas vendu le Mali, ces accords ne sont pas ceux de la honte, nous n’avons pas capitulé. Ce n’est pas une question de général Pétain car nous ne sommes pas en guerre contre un autre pays. Pétain, c’est lors de la guerre que la France a livrée contre l’Allemagne. En réalité, nous avons signé ces accords pour défendre la vie des populations parce que nous ne pouvons pas faire une guerre qui va occasionner la perte en vies humaines des Maliens ».

Ainsi réagissait le général Kafougouna Koné, lundi dernier, devant un parterre de responsables politiques médusés, à l’article paru dans notre livraison n°1505 du 6 juillet 2006 et intitulé « Après la signature des accords de la trahison à Alger : Kidal sous la coupe réglée des bandits armés de l’Azawad« .

Nous ne doutons point de la bonne foi des dirigeants maliens dans cette affaire, en particulier d’ATT et de Kafougouna lui-même qui connaissent l’art de la guerre mieux que quiconque et qui sont des patriotes sincères et convaincus. Mais il y a un hic, à savoir qu’on est allé trop vite en besogne, à la moindre alerte nos autorités se sont rendues sans les armes à la main, les négociations ont été menées avec des gens de seconde zone pour ne pas dire avec des fantômes (le chauffeur de Iyad) abrités derrière une organisation tout aussi fantômatique.
Au vrai sens du terme, il n’y a pas eu de négociations à Alger. Quelques bandits armés ont obtenu tout ce qu’ils voulaient en dictant leur loi à la République. Même « ce qui n’est pas négociable » comme l’a dit Kafougouna, à savoir l’intégrité territoriale du Mali, se dessine en filigrane dans les prétendus accords d’Alger.

On en veut pour preuve la création d’un Conseil régional provisoire de coordination et de suivi qui a l’œil sur tout et intervient dans tout ; d’un Fonds Spécial d’Investissement, alimenté en partie par Bamako, en partie par l’extérieur ; d’un corps d’armée appelé « les unités spéciales de sécurité » composé spécifiquement des seuls Kidalois. Quels autres attributs faut-il donner à une République ou une province autonome voire à un Etat souverain ? Dans les faits, en tout cas, «  la République Autonome de Kidal  » vient d’être porté sur les fonts baptismaux. C’est donc une violation flagrante de la Constitution qui dit que le Mali est un et indivisible. Une atteinte grave au processus de décentralisation qui fait la part belle à une entité territoriale au détriment des autres. Au risque de tomber dans le machiavélisme, pour réparer une telle injustice, il faudrait accorder aux autres régions ce qu’on a donné aux Kidalois. Ainsi, la boucle sera bouclée tout en prenant le risque de créer « la République Fédérale du Mali ».

Alger c’est la honte parce que nous ne comprenons pas qu’il faille courber l’échine devant quelques hors la loi assoiffés de pouvoir, cherchant des sous au prix de la vie de leurs propres frères, qui se sont mis en marge de la République, qui ne sont pas représentatifs des peuples de l’Azawad et qui exercent un chantage éhonté sur les dirigeants d’un Etat souverain. Sans réfléchir outre mesure, la peur au ventre, ceux-ci se sont jetés dans les bras de Satan en créant un précédent dangereux pour le Mali.
Nos dirigeants savent bien que le peuple n’est pas content et c’est pourquoi ils éprouvent sans cesse le besoin de se justifier et de lancer des appels au calme. Mais leurs explications ne convainquent personne tant il y a loin de la coupe aux lèvres. Car les arguments utilisés sont si simplistes pour qu’on tombe dans une si basse compromission.
En quoi le hold up organisé par quelques bandits armés, esseulés dans la montagne est-elle identique à la rébellion de 1963 et celle de 1990 dans lesquelles des groupes organisés et bien structurés avaient posé des revendications au demeurant légitimes qui ont trouvé leur solution dans le Pacte National ? Honni soit qui pense que nous jetons de l’huile sur le feu. Mais quand le général Kafougouna dit que « nous avons signé ces accords pour défendre la vie des populations« , il fait du pétainisme sans Pétain.

Pourquoi ? Parce que le maréchal Philippe Pétain, après les premiers revers militaires subis par la France pendant la seconde guerre mondiale, conclut le 22 juin 1940 un armistice avec les Allemands. Tant il courba l’échine qu’il apporta toute sa caution à l’occupant nazi, accepta sous la dictée d’Hitler le retour de Pierre Laval à la tête du gouvernement de Vichy.

Pétain fut pourtant le grand vainqueur de Verdun en 1916 pendant la première guerre mondiale. Il fut commandant en chef de l’armée française en 1917, Maréchal en 1918, il combattit Abdel-Krim au Maroc puis devint ministre de la guerre en 1934, vice-président du Conseil puis président de la République Française. C’est à ce titre qu’il collabora avec les Allemands.
Certes, « nous ne sommes pas en guerre contre un autre pays », comme l’a dit le général, mais nous sommes en guerre contre nous-mêmes. Mais c’est là aussi qu’apparaît le danger d’une paix mal négociée.

Dans ce cas précis, un mauvais arrangement ne vaut guère mieux qu’un bon procès. Parce que, ici, il s’agit d’une atteinte grave à la souveraineté nationale et à l’intégrité du territoire où le prix à payer porte sur la partition définitive du pays.

Mieux ou pire, qui peut dire aujourd’hui que les accords d’Alger constituent une solution définitive, sinon radicale à l’irrédentisme touareg ? Face à un problème récurrent, il faut éviter les excès de vitesse et encore moins se jeter dans la gueule du loup.
Aux premiers coups de canon, depuis Diéma où il se trouvait, le président de la République, Amadou Toumani Touré, avait juré devant Dieu et les hommes qu’il allait gérer la situation avec « responsabilité, fermeté et sens de la mesure
« .

Ce message avait suscité un grand espoir quant à un règlement honorable de ce qu’on aurait pu considérer comme un simple incident de parcours. Mais après nous avoir fait boire le calice jusqu’à la lie, où est la responsabilité, où est la fermeté, où est le sens de la mesure ?

Mamadou Lamine DOUMBIA

12 juillet 2006