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L’étau s’est finalement resserré sur un imposteur, bien connu des milieux de la police nationale et de l’armée malienne. En effet, Aboubacar Sidiki Sangaré dit le sultan, puisque c’est de lui qu’il s’agit, civil de son état et sans domicile fixe, s’était spécialisé dans l’usurpation des fonctions. Il se faisait passer tantôt pour un Commissaire de police, tantôt pour un capitaine de l’armée. Le mercredi, 23 juin 2010, il a été épinglé par la police du 2ème arrondissement qui vient mettre fin à ses nombreux agissements.

C’est un fonctionnaire de l’administration en service à Koutiala qui est à l’origine de sa dénonciation. Ce dernier a fait la connaissance du sultan à Bamako, quand il s’était présenté à lui comme étant un de ses amis d’enfance. Surpris, celui-là qui ne se rappelle pas l’avoir connu ni d’Adam, ni d’Ève, ne cherche pourtant pas ne se débarrasse pas de lui. Il l’accueille à bras ouverts.

Le sultan rentre dans son intimité et gagne sa confiance. Pendant ce temps, Aboubacar Sidiki Sangaré dit sultan trouve une astuce pour lui soutirer de l’argent. Il lui propose l’achat d’un véhicule dont il n’a cessé de lui vanter les mérites.

Son interlocuteur ne veut pas laisser passer l’occasion. Le sultan lui réclame alors la somme d’un million de FCFA pour, dit-il, quelques révisions techniques.

Ce dernier adhère à la proposition. Et lorsqu’on lui présente le véhicule, l’acheteur réalise que le moteur n’est pas en bon état. Le sultan reste introuvable et l’oblige ainsi à porter plainte auprès du tribunal de première instance de la Commune III.

Cerise sur le gâteau : le deuxième arrondissement, qui enquêtait longtemps sur les coups fourrés de Aboubacar Sidiki Sangaré et qui attendait une bonne raison pour le boucler, est aussitôt informé. Quelques éléments sont ainsi mobilisés pour découvrir la planque de l’escroc. Ils ne tardent pas à le localiser à Lafiabougou, dans une villa en chantier, où il serait en location.

Aux premières heures de la journée du mercredi 23 juin, l’équipe d’enquêteur se pointe chez lui. Un de ses co-locateurs l’informe que ses collègues policiers sont à la porte et demandent à le voir. Il fait dire à ce dernier que les gens de la porte ne sont pas ses collègues. Pris à son propre piège, il cherche une issue pour prendre ses jambes à son cou.

Une véritable partie de chasse à l’homme s’ouvre. Le sultan passe par-dessus un mur et s’engouffre dans une chambre hantée par des loubards, pour s’y réfugier.

Les occupants de ce refuge s’interposent et veulent en venir aux mains avec les policiers, amenés à brandir leurs armes pour les tenir tranquilles.

A défaut de la peur du gendarme ou du policier, la peur de l’arme fait foi. Et c’est ainsi que, les colts pointés vers les loubards calment le jeu et Aboubacar Sidiki Sangaré dit le sultan est mis hors d’état de nuire. Il est alpagué et conduit au poste de police.

Détail important : Aboubacar Sidiki Sangaré était passé, il y a quelques jours de cela, au commissariat du 2ème arrondissement, à la poudrière, pour dire au responsable des lieux qu’il venait d’obtenir le grade de Commandant de l’Armée malienne.

Ce dernier l’avait d’ailleurs félicité, avant de l’exhorter à être intègre et de constituer un modèle de réussite. Comme si cela ne suffisait pas, il appela, un autre jour le même Commissaire, pour le mettre en communication avec un certain Sékou Coulibaly, qu’il a fait passer pour un général de l’Armée malienne.

Une information qui est tombée comme un couperet sur la tête des policiers, qui ajoutent ne connaitre aucun général malien répondant à ce nom. C’est dire que le commissariat du 2ème arrondissement n’a pas besoin d’aller un peu loin pour rassembler plusieurs preuves afin de charger l’imposteur, si mal surnommé le sultan.

La chance du sultan était due au fait que, partout où il passait, on lui réclamait rarement une pièce d’identification.

En ce sens, qu’entre porteurs d’uniforme, cette question passait pour être des plus anodines. Et Aboubacar Sidiki Sangaré de profiter de la situation pour rouler tout le monde dans la farine. Ce qui lui permettait aussi d’intervenir plusieurs fois dans des commissariats, pour tenter de libérer des personnes arrêtées.

Rappelons simplement que le cas Aboubacar Sidiki Sangaré est une goutte d’eau dans la mer de tant d’imposteurs, très futés, qui usent de subterfuges à la fois ingénieux et audacieux pour avoir tout le monde dans leur poche.

Alassane DIARRA

28 Juin 2010.