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« Le vérificateur vérifié», «l’arroseur arrosé», «le voleur volé», l’humour caustique britannique était au rendez-vous de l’arrestation du Vérificateur Général, Sidi Sossoh Diarra, par un jeune juge qui voulait jeter le bébé d’ATT avec l’eau du bain. Mais, au-delà d’une simple caricature, cette affaire revêt des aspects plus dramatiques. On a tout simplement humilié un homme dont la peccadille a été vite jugée un cas pendable, foulé au pied sa dignité, décrédibilisé son institution sous un motif aussi fallacieux et ridicule qu’une «entrave à la liberté de travail».

Les deux âmes damnées de ce complot, ourdi de toutes pièces, le contrôleur général de police, Modibo Diallo, et le haut magistrat, Daniel Amagouin Tessougué, ne l’emporteront pas en paradis.

Il faut se lever tôt pour prendre en toute impunité comme un vulgaire voleur un type aussi important que le Vérificateur Général, car le peuple, dans son écrasante majorité, soutient la traque qu’il mène aux délinquants financiers, aux voleurs, aux escrocs et aux fossoyeurs de l’économie nationale.

Evidemment, une telle entreprise ne va pas sans danger. On savait, depuis un certain temps, que Sidi Sossoh Diarra était dans le collimateur de l’alliance des corrompus et des corrupteurs tapis au sein de la police et de la justice, deux corps infects, bourrés de brebis galeuses. Les magistrats, en particulier, voulaient lui faire la peau.

Pour mieux le ridiculiser, la méthode consistait à classer sans suite ses rapports portant sur des détournements de milliards et de milliards de FCFA. Pendant que le Trésor public manque cruellement d’argent, aucun de ces gibiers de potence n’a été inquiété, ils courent toujours la rue, libres comme l’oiseau dans l’air.

Preuve aussi de la vindicte des magistrats, les menaces proférées par leur syndicat contre le Vérificateur Général, à travers son secrétaire général, le teigneux Hamèye Founé Mahalmadane. Une réaction disproportionnée et hors de saison.


Clouer le bec
, une fois pour toutes, à un empêcheur de magouiller en rond, c’est l’objectif ultime des prédateurs et leurs complices. Pour cela, ils sont prêts à tordre le cou à toutes les lois de la République.

Quelle est, en effet, cette justice à deux vitesses qui créé l’injustice dans la justice, prend la part du pauvre pour la donner au riche, laisse filer les gros poissons entre les mailles du filet tout en laissant tomber le couperet sur la tête des menus fretins. On sait ce qui se passe entre les quatre murs d’un palais de justice, en l’occurrence les marchandages serrés autour du butin qu’on veut prélever en plumant le client comme un canard sauvage.

Il y a longtemps que Maître Fanta Sylla avait parlé de l’argent sale du juge qui juge au faciès ou selon la lourdeur de la poche. La lutte contre la corruption restera un vain mot tant que la justice ne fera pas correctement son travail. Le récent forum sur la corruption et la délinquance financière n’était, ni plus ni moins, qu’un forum de plus, voire le forum de trop. On a dilapidé les fonds publics pour rien car il n’en sortira rien.

A l’autre bout, comment créer une institution aussi stratégique que le Bureau du Vérificateur Général sans mettre son titulaire sous haute protection judiciaire?

Il ne s’agit pas seulement de le flanquer de quelques gorilles, il fallait plutôt dès le départ, lui accorder une immunité totale. A défaut, voilà une institution fragile et Sidi Sossoh Diarra transformé en agneau du sacrifice.

L’indignation face à ce scandale est telle que d’aucuns parlent de mener une révolution comme mars 1991 qui, pour eux, est une révolution inachevée. Surtout que cette affaire suit le mécontentement général né des projets de loi scélérats sur l’abolition de la peine de mort et l’adoption du code de la famille. Pour le peuple, toutes ces pilules sont difficiles à avaler. La coupe est déjà pleine. Attention à l’eau qui dort.

Mamadou Lamine DOUMBIA

l’Indépendant du 08 Avril 2009