Partager

eau.jpg

La ressource ne manque pas, mais elle doit être judicieusement utilisée. Dans l’intérêt bien compris des générations d’aujourd’hui et de demain.

Il y a des manifestations qui, en deux ou trois éditions s’imposent comme un rendez-vous important. Tel est le cas du Salon international de l’eau (SIDEAU) dont la troisième édition s’est ouverte samedi sur la rive droite du fleuve Niger en Commune V du district de Bamako. Le hasard faisant souvent bien les choses, il se trouve que c’est dans cette commune que la pénurie d’eau est la plus prononcée dans la capitale.

Preuve de l’importance du Salon, c’est le président de la République Amadou Toumani Touré qui a présidé comme lors des deux précédentes éditions, la cérémonie d’ouverture, en présence d’un parterre de personnalités : membres du gouvernement, représentants du corps diplomatique et consulaire et de pays amis venus spécialement pour l’occasion.

Le maire de la Commune V de Bamako, Demba Fané, l’hôte de la cérémonie s’est dit heureux de la tenue de l’événement dans la circonscription qu’il dirige. <<Dans le district de Bamako, la Commune V souffre le plus de la pénurie d’eau et des multiples problèmes liés à la gestion de cette précieuse denrée« , a relevé l’élu.

Le SIDEAU est un espace d’échanges et de communication entre tous les acteurs intervenant dans la gestion de l’eau, de chez nous et d’ailleurs. Il permet aux professionnels du secteur d’exposer leur savoir-faire et de démontrer tout l’intérêt que les pouvoirs publics accordent à la problématique de la gestion de l’eau, a commenté Demba Fané.

Il faut dire qu’aujourd’hui, la gestion de l’eau doit relever d’une action globale impliquant toute la communauté nationale et internationale. Cette ressource essentielle à notre survie se raréfie de plus en plus. Et partout où elle est disponible, elle fait l’objet de pression de toutes sortes et devient souvent source de conflits entre les communautés ou les pays.

Or, la quantité d’eau aujourd’hui disponible dans le monde est la même qui doit servir les générations à venir. Car, les ressources en eau ne sont pas renouvelables. Dès lors, la gestion du précieux liquide devient pour l’humanité, une équation à plusieurs inconnues. Pour la résoudre, les Nations unies, dans leur déclaration sur les Objectifs du millénaire pour le développement adoptée en 2000, ont fixé l’objectif de réduire de moitié, le nombre de personnes n’ayant pas accès à l’eau potable à l’horizon 2015.

DE GRANDS CHANTIERS

Simone Koring, la Chargée d’affaires de l’ambassade d’Allemagne, dont le pays est le chef de file des partenaires techniques et financiers dans le domaine, a trouvé une formule originale pour magnifier l’importance de l’eau : « Toute mère est un fleuve« . Mais pour elle, la gestion de l’eau doit rimer avec l’assainissement. En effet, si l’objectif est de donner de l’eau à boire à tous d’ici 2015, cette noble ambition n’est qu’une utopie sans un environnement assaini. Car même disponible, si l’eau est mal gérée, elle devient la source de nombreuses maladies, de conflits et de famines. C’est cette réalité qui a guidé le choix du thème de la présente édition du SIDEAU qui est « Eau et développement durable« . En préférant ce thème, les organisateurs du Salon veulent informer le public sur l’état actuel des ressources en eau au Mali et les progrès réalisés en la matière pour la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement.

L’ouverture du Salon a été l’occasion pour le ministre de l’Énergie, des Mines et de l’Eau, Ahmed Sow, d’annoncer des projets à court et moyen termes, pour atteindre ces objectifs avant même terme. Il s’agit de donner de l’eau potable aux 2600 villages du pays qui n’en n’ont pas, d’ici 2012.

Dans cette perspective, 2008 sera le point de départ de grandes réalisations. Le gouvernement et ses partenaires financiers comptent ainsi construire chaque année 2200 points d’eau qui viendront s’ajouter aux 28 735 existants. Parallèlement, les installations de points d’eau en panne seront réhabilitées.

Le ministre Sow a par ailleurs annoncé le renforcement de la capacité des deux stations compacts par l’installation de 5 fûts dès avril prochain. Deux autres stations compacts seront installées en 2009. Quant à la réalisation de la station de Kabala, il ne s’agit plus que d’une question de mois. Le projet est d’autant plus attendu qu’il viendra résoudre définitivement pour des années, le problème d’eau dans la capitale. « L’eau est une priorité et nous allons gagner la bataille« , a lancé Ahmed Sow.

UN IMPORTANT RESERVOIR HYDROLOGIQUE

Une troupe d’enfants dénommée « Nous les enfants » était invitée à la cérémonie. Dans un sketch, elle a schématisé la situation du fleuve Niger aujourd’hui très menacé par l’avancée du désert et les activités de l’homme. Le plaidoyer n’est pas tombé dans l’oreille de sourds. A commencer par leur ami, le chef de l’État qui en pris bonne note. « Chaque année, je prends mes vacances sur le fleuve Niger en bateau, de Koulikoro à Gao. Je suis donc parfaitement au fait de la situation« , a témoigné le président Touré en indiquant que des actions d’envergure sont envisagées pour préserver ce cours d’eau indispensable à toute l’Afrique de l’Ouest.

Amadou Toumani Touré a ensuite visité la centaine de stands d’exposition du Salon. Des stands que l’on peut considérer comme de véritables laboratoires pour le diagnostic de la problématique de l’eau. Ils rivalisent de propositions de solutions pour une gestion rationnelle et durable des ressources en eau.

Le président de la République a aussi procédé au lancement du site web de la Commission de régulation de l’électricité et de l’eau (CREE), un maillon important dans le dispositif de gestion de l’eau dans notre pays. Ce site internet permettra au public et à tous ceux qui s’intéressent à la question, de s’informer sur les missions de la CREE et sur le secteur de l’eau.

Après avoir fait le tour des stands, le président de la République s’est dit très impressionné par la qualité des expositions. Le stand de la Banque africaine de développement a particulièrement retenu son attention. Selon Abdoulaye Mahamane Tandina, spécialiste des infrastructures, l’institution financière continentale est l’un des plus grands bailleurs de fonds des programmes et projets relatifs à l’eau et l’assainissement au Mali. Elle apporte son assistance technique et mobilise des fonds pour la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement.

Le chef de l’État a également noté la grande disponibilité des technologies servant à la gestion des ressources en eau. « Ce n’est pas de l’eau qui manque au Mali. Mais c’est la maîtrise qui fait défaut« , a indiqué le président de la République, en soulignant qu’avec 2600 kilomètres de fleuves et cours d’eau, 70 milliards de mètres cubes d’eau souterraine en période humide et 30 milliards en période sèche, notre pays est un important réservoir hydrologique. Mais il faut s’approprier des bonnes méthodes de gestion et d’utilisation de la ressource irremplaçable. Aujourd’hui comme demain…


C. A. DIA


Accès à l’eau : L’EFFICACITÉ DU PARTENARIAT PUBLIC-PUBLIC

La Coalition des alternatives africaines dette et développement (CAD-Mali) a organisé, jeudi à la Maison du Partenariat Bamako-Angers, une rencontre sur l’accès des couches populaires à l’eau potable et l’électricité. Ont pris part à cette réflexion des députés de l’Assemblée nationale, des membres du Haut conseil des collectivités territoriales, du Conseil économique, social et culturel, de l’Association des municipalités du Mali, ainsi que des représentants des six mairies du District et de la mairie de Bamako.

Cette conférence fait suite à une série d’actions et de discussions menées sur la problématique du droit d’accès à l’eau et l’objectif du financement public des ressources en eau pour tous.

Le conférencier Sékou Diarra, a ainsi relevé que bien que le Mali dispose de 2700 milliards m3 d’eau, les statistiques officielles de 2006 établissent que les besoins en eau potable de 74,8% de la population ne sont pas totalement couverts. Et sur ce taux, 7,4% ne disposent pas de point d’eau potable.

Mme Barry Aminata Touré, présidente de la CAD-Mali, a donc appelé, a une mobilisation générale contre toute politique de dépendance en matière d’eau. S’appuyant sur diverses réformes publiques en matière d’eau déclarées positives, la coalition propose que la desserte en eau des populations soit de la responsabilité de la collectivité plutôt que des organisations internationales.

Les conférenciers pour appuyer cette recommandation ont cité l’Ouganda où les nouvelles réformes publiques ont permis à l’accès à l’eau de passer de 48 à 70% depuis 1998. Et au Botswana, la population desservie en eau potable est passée de 30.000 à 300.000 de 1970 à 1998, et la consommation moyenne des populations de 5 à 84 méga-litres.

Au Mali, un accord de partenariats public-public (PUP) a déjà été validé à travers la coopération décentralisée, entre la commune de Sio (Mopti) et celle de Arona (Région du Piémont en Italie). Depuis, le village de Sirakoro a entrepris d’améliorer son système de desserte en eau potable.

« Les partenariats public-public (PUP) en opposition au partenariat public-privé (PPP) sont un moyen efficace d’apprendre à économiser l’eau, à conditionner sa potabilité. Et s’avère utile contre la pollution des cours d’eau. Ils constituent la seule alternative possible aux défis des OMD » parce qu’elles sont rentables, se concentrent sur l’expertise des services et le partage des bonnes pratiques.

Carine GOULEME – L’Essor

03 Mars 2008.