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Marley faisait partie du décor quotidien des Africains. De Yopougon à Kibera, dans les chaumières comme dans les palais, sa musique résonnait partout. Jeunes, nous l’avons dansé sans savoir exactement ce qu’il disait.


jpg_bob-marley-02.jpgAdultes,
nous avons appris à déchiffrer ses paroles interpellatrices. En fait, son procès permanent contre Babylone, cette tour géante où s’entrechoquent les Institutions de Bretton Woods peut-être, très sûrement les officines du capital qui ont juré d’enrichir ce qui sont riches et d’entretenir la précarité des pauvres.

Mais Bob Marley allait au delà des inventeurs de ce que Césaire appelait le mensonge principal, donc cette espèce de rhétorique qui fait de l’exploitation de l’homme par l’homme une simple technique commerciale.

Avec Get up stand up, Africa Unite, ou Redemption song, l’enfant adulé de Kingstone anticipait l’Afrique et parlait directement aux leaders de ce continent dont il était la diaspora. Vingt huit ans après sa disparition, que vaut encore le message de Bob Marley pour l’Afrique ?

En d’autres termes, si le poète enragé de l’Afro-pessimisme revenait inspecter le contient premier, qu’aurait t-il vu ou appris ? Une série de mauvaises nouvelles dont la malnutrition : elle frappe trente millions d’enfants Africains. La pauvreté du continent, il l’aurait découvert, s’est aggravée.

Et si dans sa générosité légendaire, le rastafari s’était amusé à fixer le seuil de pauvreté à 2 dollars par jour, il aurait été sans voix. Plus grave, il se serait recyclé dans les requiem et abandonné le reggae également, vouloir s’associer au deuil des familles, s’il était allé en tourisme à Rakai en Ouganda et appris que les adultes de cette province ont été décimés par le fléau du Sida.

Surtout que dans cette région, il aurait côtoyé les mânes du million de Tutsi massacrés en 1994. On lui aurait dit que dix ans plus tard une autre tragédie allait naître au Darfour. Sans doute, lui aurait t- on refusé le visa s’il voulait allait le constater de lui-même.

Et possiblement, il aurait cherché à élargir son public, ne pouvant être sûr de garder longtemps l’oreille d’une jeunesse africaine qui n’en finit pas de finir au fond des mers.

Il aurait même pu découvrir le slogan silencieux des campagnes africaines : vivement le retour des négriers parce que les champs ici ne donnent plus, pour cause de sécheresse ou d’APE. Enfin, s’il avait pu, par miracle, survivre à tous ces spectacles affligeants, Marley, à cause de sa grande gueule, aurait eu bien plus de mal à éviter le gnouf de l’Etat très transversal du Gondwana.

Adam Thiam

Le Républicain du 13 Mai 2009