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Philip Gordon, 50 ans, est secrétaire d’Etat adjoint américain chargé de l’Europe. Il devait avoir, mardi 9 octobre, à Paris, des entretiens à l’Elysée, au Quai d’Orsay et à la Défense.

jpg_une-1087.jpgCinq mois après l’élection de François Hollande, comment vont les relations franco-américaines ?

La coopération est très bonne et nous sommes très proches sur les grands dossiers. Nous allons discuter de l’Iran, de l’Afghanistan, de la Libye, de la Syrie, du « printemps arabe »…

Vous avez l’impression de travailler avec un président « normal » ?

Il y a un changement de style. Mais le changement n’est pas énorme pour ce qui est de la politique. Nicolas Sarkozy était un allié très proche des Etats-Unis – ainsi que de Barack Obama –, un allié fort dans l’OTAN et un partenaire global des Etats-Unis. Nous constatons la même chose de la part de François Hollande. La coopération sur les dossiers n’a pas du tout changé. La nouvelle équipe nous avait dit que la relation transatlantique est une priorité. C’est le cas.

Il arrivait à Nicolas Sarkozy de prendre des décisions sans en informer Barack Obama. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Pendant leur première rencontre, en mai, MM. Hollande et Obama ont passé du temps ensemble. Ils se sont justement mis d’accord pour qu’il n’y ait pas de surprise, notamment mauvaise. Nous travaillons dans la transparence.

Où en sont les contacts avec l’opposition syrienne ?

Nous en avons énormément. Notre ambassadeur, Robert Ford, travaille étroitement avec l’ambassadeur français, Eric Chevallier – et avec d’autres –, à la coordination de l’opposition, à l’extérieur du pays comme à l’intérieur. Ils se rencontrent dans la région, en Turquie. Dans deux semaines, ce sera au Qatar.

Nous travaillons avec l’opposition qui s’engage à respecter les droits de l’homme et l’esprit de rassemblement. Cela ne peut pas être une opposition sunnite ou kurde ou chrétienne. Toutes les forces de Syrie doivent être représentées. Ce n’est pas facile, mais nous faisons des progrès.

François Hollande avait annoncé une reconnaissance d’un gouvernement provisoire…

Nous avons des réserves sur cette proposition. Nous ne pensons pas que l’opposition soit prête à former un gouvernement provisoire. Un jour, il faudra reconnaître un gouvernement ou une entité provisoire, mais c’est prématuré. L’opposition n’est pas encore suffisamment coordonnée et organisée. Nous travaillons avec eux. Mais ce n’est pas à nous d’organiser ce gouvernement. Un jour, il sera prêt.

Les Etats-Unis soutiendront-ils une intervention au Mali ?

Dans toutes les réunions, la France souligne l’importance du Sahel. A chaque fois, nous nous engageons à travailler avec elle. L’attaque de Benghazi a rappelé que le terrorisme existe en Afrique du Nord et qu’il y a des liens avec l’instabilité au Maghreb et dans le Sahel. Nous soutenons la France et si elle décide qu’il est nécessaire d’intervenir militairement, elle peut compter sur le soutien des Etats-Unis.

Avec des moyens militaires ?

Je ne tiens pas à entrer dans les détails pour l’instant.

Où en êtes-vous quant à l’Afghanistan ?

C’était le sujet majeur de ma dernière visite. Cela reste une priorité. M. Hollande a promis de retirer les troupes de combat françaises avant fin 2012. Nous respectons cette position. Mais la France s’est aussi engagée à faire partie de la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) et à contribuer à l’entraînement des forces afghanes.

La condition du succès après 2014 est d’avoir des forces afghanes efficaces, ce qui dépend de l’entraînement et du financement par les pays de l’OTAN et de l’extérieur. Nous comptons sur la France pour faire un pas dans cette contribution. Ce sera un des sujets de nos entretiens.

L’Europe est un « punching-ball » dans la campagne électorale américaine. Mitt Romney a dit pendant le premier débat qu’il ne voulait pas que les Etats-Unis ressemblent à l’Espagne. Cela vous complique-t-il le travail ?

Oui, ça le complique de temps en temps. Les pays critiqués n’apprécient pas, c’est normal. Mais ces mêmes pays savent bien que l’Amérique en général – et surtout l’administration Obama – apprécie le partenariat que nous avons avec eux. Ils savent que les Américains reconnaissent qu’ils ont besoin d’alliés forts et démocratiques qui ont les mêmes valeurs. Et c’est le point de vue du président Obama. Il est vrai que les critiques existent pour des raisons électorales, mais cela ne reflète pas le point de vue de notre administration.

Quel bilan transatlantique pour Barack Obama ?

Le bilan est très positif. Le président Obama a pris ses fonctions à un moment où la relation transatlantique était difficile. Il a essayé de tout faire pour la réparer. Sur tous les grands dossiers – et nous n’avons pas parlé de l’Iran –, notre alignement stratégique est plus complet qu’il ne l’était depuis des décennies. C’était un choix délibéré du président et nous sommes fiers de cette politique.

Propos recueillis par Corine Lesnes (Washington, correspondante)

Lemonde.fr du 9 Octobre 2012