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L’heure est grave, le défi trop pressant et l’enjeu trop élevé pour se laisser à la passion propre aux discussions politiques. L’heure n’est plus à maudire les ténèbres ou les échecs, mais plutôt à raviver la lumière qui pourra nous guider à travers ces ténèbres vers un avenir fait de sécurité et de raison. Comme l’a dit Winston Churchill en entrant en fonction: « si nous ouvrons la querelle entre le présent et l’avenir, nous risquons de perdre l’avenir ».

Aujourd’hui c’est de l’avenir que nous devons nous soucier, les croyances anciennes ne suffisent plus, les vieilles certitudes sont de nos jours désuètes. Jeunes du Mali ressaisissez¬- vous et ne soyez plus des acteurs passifs de la reconstruction de ce beau pays. En cela nous serons compris si nous ne maintenons pas en l’état la brèche de l’éternelle dispute entre ce qui est fait et ce qui doit être fait.

Le droit à servir son pays est un droit élémentaire ne devant souffrir d’aucune entrave, son déni est une indignité arbitraire qu’aucun malien ne devrait avoir à subir sous peine de texte limitatif. Le désir de servir doit pouvoir être renouvelé autant que faire se peut par un citoyen soucieux du devenir de la société. Son absolution par un texte ne peut en enlever l’ardeur; la volonté du peuple de servir est plus légitime que la loi.

Des personnalités, non moins valeureux grands commis de l’Etat, et politiques de bord autre que présidentiel ont vaillamment dénoncé le caractère anti -démocratique du verrouillage constitutionnel. Ils ont relevé l’indignité et l’absurdité pour un citoyen à ne plus pouvoir prétendre servir son pays pour raison d’entrave constitutionnelle. Juriste de mon état, j’aurai pu apporter un peu du mien dans le même sens, mais cela est plus du ressort des compétences politiques que du cadre dans lequel je veux situer mon argumentaire.

Aussi mon implication s’acclimaterait plus de l’avenir et de la survie de la jeunesse et de la société civile à l’horizon des années à venir que de I’élan «légitimement légal» de révision constitutionnelle. Le déverrouillage constitutionnel est une procédure juridique alors que le droit à l’espérance de toute une jeunesse est une question de survie nationale.

ATT, car il s’agit de lui, ne pourrait pas et ne devrait pas s’en aller en 2012, sinon il trahirait les certitudes et les espérances de toute une jeunesse au nom de laquelle il a renversé Moussa Traoré et au nom de laquelle il est revenu triomphalement aux affaires en 2012. De cette année à nos jours, nous jeunes du Mali, avons trouvé des repères autres que ceux à nous distillés par les réflexions politiciennes. Par cela une approche plus ou moins atypique est à explorer.

Aussi, si nous faisons une projection sur l’essentiel des élections à venir en 2012, ne se dégage aucun homme qui, par sa carrure personnelle, son désintérêt pour les biens de l’Etat et son amour pour le pays, soit apte à porter en lui les rêves et les espérances du Mali de nos vœux.

Observez par cette attitude de sagesse et de retenue face à la rébellion; certains auraient conduit notre pays à une guerre fratricide. Mais n’oublions jamais que la paix a une influence plus grande que la guerre en ce qu’elle élève l’âme et la guérit des angoisses et des vicissitudes d’un lendemain incertain et insaisissable.

ATT doit favoriser l’avènement d’une nouvelle génération appelée à régner sur ses propres choix et ses propres valeurs au risque que son retour en 2002 au nom d’une rectification de la ligne démocratique, initiée par lui-même, ne soit un revers de fortune.
Présenter les faits tels qu’ils sont ce n’est ni condamner le passé ni désespérer de l’avenir.

C’est ainsi car le personnel politique actuel n’offre pas à la jeunesse du Mali des perspectives réelles d’avenir. Ces hommes politiques qui aujourd’hui, prétendent au trône, ont été vus à l’œuvre dans la conduite des affaires de la cité.

Qu’ont-ils à nous offrir encore plus que ce nous avons enduré quand le Mali était sous leur coupe d’affairistes? Ils n’ont plus le droit de promettre à la jeunesse en ce que ce droit leur est retiré par leur propre reniement des valeurs de solidarité et de droiture dans la gestion des affaires du pays.

Des hommes politiques, il en faut certes dans une démocratie et même dans une dictature, mais rares sont ceux qui savent se hisser à la stature d’hommes d’Etat. Confinés dans leur trajectoire «carriériste» ils s’abandonnent à la facilité en ne portant pas de projet pour le Mali.

Ce qui plus est, Alpha 0. Konaré n’était-il pas du même bord politique que les précédents et actuels prétendants au trône! Pourquoi ne leur a-t-il pas «passé» la main? Vous comprendrez par là que la victoire d’ATT en 2012 est une disqualification des leaders politiques d’alors. En cela, nous nous fondons à affirmer que nos leaders politiques pour la plupart sont des hommes de premier plan parmi les hommes de second plan, car ne parvenant pas à s’entendre sur l’essentiel, le Mali.

Kaoural a apporté la preuve que les politiciens s’ils sont de bonne foi peuvent introduire un peu de confort dans la vie de braves gens (le GIE KAOURAL emploie des centaines de jeunes sans diplôme et qui aujourd’hui inspirent le respect dans leur famille respective.) . Les politiques pourront améliorer la vie de milliers de gens en y mettant un peu de leur cœur.

Mais Ils ont rendu les citoyens dépendants petit à petit de leur vision erronée d’un Mali de justice sociale, ils leur permettent d.e temps à autre de choisir cette vision par le vote. Cet usage si important, si rare de leur arbitre n’empêchera pas que les citoyens ne perdent peu à peu la faculté de penser, de sentir et d’agir par eux-mêmes et qu’ils ne tombent graduellement au dessous de l’humanité.

ETRE démocrate veut dire attacher de l’importance et de la valeur à la personne, avoir foi dans un monde ou la personne pourra s’épanouir au maximum de ses possibilités. Il Y a toujours de grands risques à entreprendre de grandes œuvres. C’est cela que nous nous efforçons de faire partager. La possibilité de créer implique la possibilité de détruire .Le prix de la démocratie est la recherche ininterrompue du bien commun par l’unité nationale.

De temps à autre nous avons été menacés par des ennemis de l’extérieur, mais il y a toujours eu l’ennemi de l’intérieur: l’inertie cachée et pernicieuse qui laisse entrevoir pour notre vie et notre avenir une destruction plus certaine que n’importe quelle ogive nucléaire. Il ne saurait y avoir tragédie plus sombre et plus meurtrière pour une jeunesse que la mort de sa foi en elle-même et dans ses possibilités de choix et de maîtrise de son destin.

Loin de moi l’intérêt d’une quelconque idée de tailler en charpie ces grands hommes et grands partis politiques, ils ont un mérite dans la consolidation de l’effort démocratique et dans l’animation «puérile» de notre vie politique. Mais ne se dégage parmi eux aucun homme d’exception et ATT est un homme d’exception.

ATT n’est certes pas le messie que lui prêtent certains de ses inconditionnels, mais il n’y a pas d’autres solutions à l’horizon des cinq ou dix années à venir pour un vaste rassemblement à un idéal commun et à un effort collectif.

Cet énoncé n’est pas en soi une forfaiture ou un rejet des valeurs humaines du pays, loin s’en faut, il est le résultat d’une réflexion collective et d’un élan commun de la jeunesse organisée, et mieux une démarche assurant à l’élimination de l’ivraie.


L’ivraie, c’est la tare nocive qui caractérise le personnel politique actuel obnubilé par l’appât du gain et la promotion de leur profil politique et financier personnel.

De son entrée dans l’histoire à ce jour, ATT, ce soldat humble et réfléchi, a-t-il, ne serait ce qu’une foi, été confondu dans une histoire de concussion, de népotisme ou de corruption.

Non ! Même ses détracteurs s’accordent à vanter son sens de la mesure en ce qui concerne la marche des finances de l’Etat. Avec un sens élevé de l’Etat, une remarquable habilité à

gérer les hommes et un désintérêt total pour les manipulations politiques ATT est parvenu à faire taire ses rancœurs personnelles propres à tout homme, et à collaborer avec tous les partis politiques, même les plus voyous.

Soit ATT peut s’en aller en 2012 en nous laissant perplexement désemparés et désespérés, mais qu’il nous ramène Moussa Traoré; car pourquoi nous sauver d’une dictature plus ou moins affichée et nous livrer à des vautours partisans manquant de profondeur d’âme et de cohésion intérieure pour certains, et pour d’autres, inhibés maladroitement de valeurs occidentales.

Non ! Mon Général, vous n’avez pas le droit de saper nos espérances et nos certitudes car elles sont nées avec votre avènement à l’exercice du pouvoir suprême. Vous ne devez pas, vous ne pouvez pas vous soustraire au nom d’un parchemin, fait d’alors, à l’appel des démunis, des laissés pour compte habitant les confins les plus reculés du Mali, d’un Mali qui se lève tôt, d’un Mali qui travaille.

C’est pour ceux-là, constituant plus de 90% de la population, que cet appel au courage politique s’impose à vous; vous ne pouvez pas nous trahir.

Autrement l’immigration à forte échelle nous guette et nous ne pouvons rien n’y faire en ce qu’il n’y a pas d’horizon réel de possibilité et d’espérance.

Je n’énumérerais point les réalisations du PDES, elles sont éloquentes’ pour un Malien honnête à plus d’un titre. Mais peuvent-elles subsister comme telles si les orientations du PDES sont reprises sous d’autres termes dans d’autres programmes socio-économiques, mais surtout par d’autres hommes ?

Le Mali a besoin de transformation par des adaptations lentes et progressives de la croissance, par un renouvellement positif et progressif du personnel politique et administratif dirigeant. Nous avons besoin de nouveaux repères et de nouvelles perspectives.

On s’élève à tort toutes les fois qu’on disserte sur la Constitution. Mais l’avenir de la démocratie n’a pas seulement à voir avec la politique les règles juridiques d’Etat ou la bonne santé économique; mais aussi avec la viabilité, l’épanouissement progressif et uniforme de la jeunesse et de la société civile.
A suivre…

Cheikh Amala TRAORE

Président du bureau du Kaoural

L’Idépendant du 09 Février 2009