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«  Mon rêve, c’est d’offrir au Mali une CAN et une qualification à la Coupe du Monde 2010  »

Auteur de quatre buts en quatre matches de l’équipe nationale « les Aigles du Mali » lors des éliminatoires cumulées CAN-Coupe du Monde 2010, Seydou Kéïta dit Seydoublen s’est prêté, hier mardi, aux questions de votre quotidien préféré « L’Indépendant ».

Dans cet entretien exclusif, le désormais sociétaire du FC Barcelone (Espagne) ambitionne d’offrir une Coupe d’Afrique des Nations (CAN) pour le Mali et pourquoi pas une qualification, pour la première fois, à la Coupe du Monde de 2010.


L’Indépendant : Quel sentiment vous anime après la victoire de dimanche face au Soudan ?


Seydou Kéïta :
J’ai aujourd’hui un sentiment de fierté, après la victoire de dimanche face au Soudan. Je pense que quand on porte les couleurs du Mali, on se doit de donner le maximum. C’est vrai que c’était compliqué, cette fois-ci, parce que les éliminatoires ont coïncidé avec notre période de vacances.

C’était difficile pour nous de disputer quatre matches en un mois, mais nous avons fait des sacrifices pour notre pays. Au finish, je pense que tout le monde est content aujourd’hui, à commencer par nous-mêmes et le public sportif. Je crois que nous allons continuer sur cette lancée.


Que représente pour vous cette nouvelle victoire ?

Chaque fois que nous jouons pour le Mali, nous essayons de donner le maximum afin d’offrir de la joie au public. Dès fois, ce n’est pas facile, mais nous essayons toujours de faire notre possible pour cela. Nous sommes très contents, surtout quand le public apprécie la victoire.

Nous sommes contents aussi quand nous voyons, après le match, les gens en train de sourire parce que nous avons gagné. C’est bon de voir des gens dans les rues pour fêter notre victoire.

Une semaine auparavant, vous avez été battus par cette même équipe soudanaise en aller. Quelle explication donnez-vous de cette défaite à Khartoum ?


Perdre un match, cela fait partie du football. Il faut reconnaître que nous n’avons pas été à la hauteur à Khartoum. Il y a plein d’autres paramètres qui rentrent en compte de cette défaite. Je pense qu’il ne faut pas chercher d’excuses pour cela. Nous n’avons pas été bons, c’est tout. Je pense qu’il faut vite oublier cette défaite.

Avec la victoire de dimanche, nous venons de montrer que la défaite à Khartoum était tout simplement un accident. Qui peut arriver à n’importe quelle équipe de football. Le plus important pour nous, c’était de réagir vite et nous avons fait avec la manière en nous imposant sur le score de 3 buts à 0.


Quelle appréciation faites-vous de cette équipe soudanaise ?

Je pense que le Soudan a une très bonne équipe. Cela dépend même du palmarès de ce pays en matière de football. Nous avons été vraiment surpris de la façon et de la qualité de leur jeu chez eux. Ils nous ont posé beaucoup de problèmes lors du match aller parce que nous ne connaissions pas cette équipe. Au retour à Bamako, on savait comment cette équipe jouait. Raison pour laquelle nous avons pressé très haut, en faisant en sorte de ne pas la laisser jouer.

Nous avons quand même su qu’ils étaient dangereux, à chaque fois que nous leur donnons l’opportunité de jouer.


Seydoublen est devenu l’enfant chouchou du Stade du 26 Mars …

Je pense que cela a toujours été le cas lorsque je joue un match au Stade du 26 Mars. C’est vrai que j’ai eu, en un moment donné, une période difficile, qui fait partie du football et de la vie d’un homme. On ne peut pas avoir que le haut, il faut avoir le bas aussi pour mieux rebondir. Je pense que le public sportif a compris qu’il fallait soutenir son équipe. Il n’ y avait pas que Seydou seulement sur le terrain, il a applaudi tout le monde.

Je crois que les supporteurs ont compris que ce n’est pas un seul joueur qui joue, mais c’est toute une équipe. Je suis heureux de constater qu’ils sont derrière nous. Nous sentons cela quand nous sommes sur le terrain. Ils nous poussent à la victoire. Ce qui est, d’ailleurs, très important pour nous. Si nous parvenons à leur offrir une victoire à l’arrivée, c’est encore mieux..


Vous êtes aussi devenu l’un des meilleurs butteurs de l’équipe …

Effectivement, c’est vrai. Quatre buts en quatre matches, soit un but par match, je pense que cela fait plaisir à un joueur. Pour moi, le plus important restera toujours l’équipe. Nous avons vu à la CAN que même si vous êtes bon, si votre équipe ne va pas loin, ça ne sera rien du tout.

Que ça soit moi ou Kanouté qui a cinq buts à son actif ou encore les autres joueurs, nous avons compris que le plus important, c’est le collectif qu’il faut pour gagner. C’est vous dire qu’un seul individu n’est pas important pour nous.


En quatre matches, l’équipe a pu marquer onze buts. Est-ce à dire que l’attaque a évolué ?

Je pense que l’attaque de l’équipe a parfaitement évolué ces derniers temps pour la simple raison que nous avons pu marquer onze buts en quatre matches. Tandis que lors de la CAN 2008 au Ghana, nous n’avons marqué qu’un seul but en trois matches et sur penalty transformé par Frédéric Oumar Kanouté. Je pense qu’il y a déjà une différence à ce niveau.

Stephen Keshi, depuis son arrivée, a pu redonner une autre confiance à l’équipe notamment une solidité et surtout une bonne ambiance au sein du groupe. Il a mis tous les joueurs sur le même pied d’égalité. Tout le monde est pareil chez lui. Ce n’est pas parce que vous êtes Seydou ou Kanouté, que vous êtes supérieur aux autres.

Chez lui, c’est le meilleur qui joue. C’est pourquoi, vous voyez que l’équipe du Mali est vraiment solide aujourd’hui. Et nous arrivons à marquer beaucoup de buts. Il n’ y a plus de grosse tête. Il nous a montré que le plus important reste son équipe. Il est là comme entraîneur et il fait jouer que ceux qui sont bons.

Qu’est-ce vous appréciez de lui ?

Pour moi, avant que Stephen Keshi ne soit entraîneur, il était un grand joueur du football africain. Il essaye aujourd’hui de nous transmettre son savoir-faire d’entraîneur. Dès fois, quand il nous racontre ses causeries de matches, on voit qu’il est plus engagé dans le match que nous-mêmes.

On voit dans ses yeux comme s’il allait pleurer. C’est un homme sans façon et très respectable. Il réagit comme un vrai Africain. C’est vous dire que le courant passe très bien entre lui et nous parce qu’il nous comprend parfaitement.


Depuis un certain moment, on sent aussi une parfaite solidarité au sein du groupe ?

Nous sommes conscients aujourd’hui que c’est peut-être une dernière chance pour notre génération. Nous n’avons pas envie de boucler notre carrière sans offrir quelque chose pour le Mali. Nous avons vraiment envie de remporter une Coupe pour le Mali pour ne pas regretter demain. C’est le bon moment pour nous.

Aujourd’hui, je pense que notre équipe est arrivée à maturité. C’est ce que nous sentons au sein du groupe.


Quelle équipe vous a beaucoup fatigués au cours des quatre matches ?

Bien sûr, le Soudan parce que c’est la seule équipe qui a gagné contre nous. C’était à l’extérieur. Les Soudanais nous ont beaucoup fatigués lors du match aller à Khartoum. Cette équipe a beaucoup de qualité. Le Congo aussi est une bonne équipe.


Quelles sont vos ambitions pour le Mali ?

Comme je disais, tous les Maliens rêvent un jour de gagner une Coupe d’Afrique des Nations ou de se qualifier pour la Coupe du Monde. Je pense que ce n’est pas seulement que des Maliens, mais c’est le rêve de chaque joueur. Quant on joue au football, on a envie de remporter une Coupe d’Afrique des Nations pour son pays.

Le Mali n’a jamais participé aussi à une Coupe du Monde. Nous sommes convaincus que nous avons une bonne génération. Mon ambition, c’est d’offrir une CAN pour le Mali et, pourquoi pas de nous qualifier à la Coupe du Monde en 2010.

Comment voyez-vous les deux derniers matches des Aigles ?

Je crois que ce sera toujours difficile comme cela a été le cas depuis le début de ces éliminatoires, surtout le match retour contre le Congo chez eux. Un match à l’extérieur est toujours difficile à jouer. Nous sommes bien partis pour battre cette équipe.

Le dernier match, ce sera à Bamako contre le Tchad. Nous espérons que tout le monde sera content ce jour-là. Nous avons bien commencé et nous allons tout faire pour bien terminer.

Depuis un certain moment, nous avons remarqué que Seydou fait un geste à chaque fois qu’il marque un but ?

Ce geste, c’est un peu à l’endroit de mon bébé parce que depuis qu’il est né, je n’ai pas eu le temps de le voir souvent. Juste une dizaine de jours après sa naissance, je suis au Mali pour intégrer l’équipe. Cela fait un mois aujourd’hui que je ne l’ai pas vu.

Sa maman et sa grand’mère ont pu suivre le match à la télévision malienne ou à Africable. Le geste, c’est pour lui dire que je pense à lui.


Seydou au Barça la saison prochaine ?

Je suis très content aujourd’hui de porter le maillot du FC Barcelone la saison prochaine. Le plus important pour moi, c’est de faire de bonnes choses dans ce club. Cela fait longtemps que je joue au football. A commencer par Lens, Marseille, Séville et Barça. Je pense que c’est tout simplement le destin.

Si je suis arrivé au Barça, c’est le destin qui a fait cela. Sinon, il y avait d’autres clubs. J’espère que cette nouvelle aventure va bien se passer. Je suis confiant en moi-même.

Je suis arrivé au Barça sans problème avec Séville et avec qui que ce soit. J’ai prié toujours d’être dans un endroit où il y a mon bonheur. J’espère que le Bon Dieu fera en sorte que mon bonheur se trouvera dans ce club.

Votre ambition pour cette équipe ?

Vous savez, quand on va dans ce genre de club, c’est pour gagner des titres. Ce sont des équipes qui arrivent pratiquement à gagner des titres à chaque saison. Cela fait deux ans que Barça n’a pas remporté de titres. Auparavant, ce club avait fait le doublé et plein de titres. Son objectif, c’est de gagner des titres. Ce qui est également mon ambition.


A quand la reprise de la Ligua Espagnole ?

Normalement, c’est vers le 14 juillet.


Quel numéro Seydou portera au Barça ?

Bon, je ne sais pas d’abord, mais je veux réfléchir pour choisir un numéro. Certainement, il y aura des numéros disponibles parce qu’il y aura des départs ou il n’ y a d’autres joueurs qui vont vouloir changer de numéro. Je ne peux pas me battre pour un numéro.

Ce n’est pas le numéro qui joue. A Lens j’étais le N° 8, à Séville avec N°21 et au Mali avec le N° 12. Avant je portais le numéro 10. C’est vous dire que je n’ai pas un numéro fétiche. S’il y a un numéro qui me revient en tête, je le prends, c’est tout.


Réalisé par Alou B HAIDARA

25 Juin 2008