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« La crise en Côte d’Ivoire, c’est encore le poison de l’Occident »

M. Seydou Badjan, que faites-vous à Conakry au moment où la Guinée traverse une période incertaine avec la prise du pouvoir par les militaires ?

jpg_s-2.jpgVous savez, ça fait peut-être la 100è fois que je viens en Guinée. Depuis pratiquement 1959, juste après le référendum de l’indépendance et le ‘’non’’ historique de la Guinée, je viens et je fais des missions pour mon pays, pour mon parti.

Les deux partis étaient des partis frères. La Guinée est pratiquement pour moi une patrie ; J’ai connu tous ceux qui ont contribué, qui ont façonné la première République de Guinée. Nous avons travaillé ensemble. Malheureusement nous n’avons pas réussi à faire l’unité telle que nous l’avions voulue. Je le regrette et je le regretterai toujours. Mais c’est une terre qui m’est familière, une terre fraternelle.

Je suis venu parce qu’il y a une revue étrangère qui m’a demandé de venir voir ce qui se passe dans notre pays et d’en parler. C’est ce qui m’amène. Mais j’étais ici il n’y a pas tellement longtemps et j’habite ici, c’est ma maison (Ndlr : chez Mme Sékou Touré, qui assiste, elle-même à l’entretien)


De belles retrouvailles entre personnes de même génération. Qu’est-ce que vous vous dites quand vous vous retrouvez comme ça ?

Nous parlons ensemble de notre travail et nous déplorons ensemble ce qu’est devenue notre œuvre. Mais nous ne sommes pas des hommes de désespoir, nous ne baissons pas les bras. Nous parlons aux jeunes, et nous nous efforçons par nos écrits et nos discours de combattre les idées qu’on a émises pour nous salir. Mais nous ne sommes pas des retraités. Nous vivons avec notre idéal et je crois que nous mourrons avec.


A votre âge, faire encore des voyages pour une revue. Avez-vous encore l’énergie nécessaire pour répondre à ce genre d’appel ?

Tout à fait, je me sens encore d’attaque. Dans ce domaine-là, j’ai 20 ans. J’étais en Côte d’Ivoire il n’y a pas longtemps, où j’ai présidé un jury littéraire d’une association culturelle africaine dénommée, ‘’Akwaba’’ qui m’avait invité. J’ai parlé aux jeunes Ivoiriens. J’ai parlé d’une rencontre que j’avais eue à Bamako, à Mopti avec Che Guevara. Il est venu au Mali en 1964. Moi, j’étais en mission politique à Mopti à quelque 500 km de Bamako.

Il est venu me voir et nous avons parlé. Quand les jeunes ont appris qu’il était là, les enseignants, les étudiants, ça été un branle-bas. Ils sont venus envahir là où il était et moi je me trouvais avec lui. Ils m’ont demandé de lui donner la parole, et il m’a dit ne t’en fait pas, je vais leur parler.

Il a dit d’abord une chose : « Vous savez, on fait la révolution, et une révolution doit être éclairée par la culture. Un inculte ne peut pas réussir une révolution. Je vous pose quelques questions. J’ai lu des œuvres de la littérature française, j’ai piqué quelques phrases, quelques pensées. Je pose des questions et j’attends des réponses de vous. Quelqu’un a écrit quelque part : ‘’ Homme, on vous a désigné je ne vous reconnais plus’’. Qui peut me donner la réplique ? ».

Un silence de cimetière. Puis surgit une jeune femme frêle, qui arrive et qui dit : ‘’Je vous connais hélas, et c’est ça qui me tue’’. Çà, c’est Corneille. Guevara a traversé la foule et est venu donner l’accolade à la fille.

Il a dit, « maintenant, on va aborder quelques traits de votre histoire. Chez nous à Cuba, nous avons des Africanistes. Première question : il y a un empereur de chez vous, de la région, dont le fils avait été étudier en France et qu’on avait essayé de retourner contre son père. Qui est cet empereur et comment s’appelle son fils ? ». C’est une enseignante, encore une femme, qui a répondu pour dire : ‘’C’est l’Alhmamy Samory et le fils Djaouli Karamoko’’. I

l poursuit et dit : « Maintenant, il y a un roi du sud de votre pays qui a préféré se suicider plutôt que de tomber entre les mains du colonisateur. Qui était ce ? ». ‘’Babemba Traoré’’. Encore une fille pour donner la réponse. Il a conclu pour dire, ‘’les filles bravo » !

Je crois que ce pays a un avenir, parce que les femmes, c’est vous qui allez bâtir l’avenir. Les premiers enseignants, les premiers à nous apprendre la vie, c’est vous, les mamans. Et si vous continuez avec cet élan-là, j’ai espoir que ce pays ne tombera pas.

Apprenez, cultivez-vous, cultivez-vous, cultivez-vous ! Préparez-vous, restez fidèles à vous-mêmes et n’ayez pas peur. On m’a traduit vos chants et il y a une chanson d’ici qui dit : ‘’ si toi tu as peur de la mort, si la mort n’a pas peur de toi, elle te prendra au collet quand elle le voudra’’. On a applaudit et il y a un jeune qui lui a dit : ‘’Est-ce que je peux avoir un béret ?’’. Il leur a dit : « Je peux vous trouver un béret, mais il faut le conquérir ».

C’était un homme cultivé. Vous savez, il était médecin. Il nous a beaucoup appris en quelques heures. Il faut se battre, mais il faut éclairer le peuple, l’instruire, et nous avons des dirigeants qui l’ont fait. Je suis en train de lire certaines œuvres, parce que je rencontre beaucoup de choses à travers mes lectures. Il ne faut pas qu’on enterre certaines de nos vérités et de nos grands hommes. Ils doivent vivre en nous.

Vous regrettez que certains de vos idéaux n’aient pas abouti, notamment l’unité de l’Afrique. Quelle perception avez-vous des coups d’Etat en Afrique ? C’était le cas au Mali lorsque Moussa Traoré a voulu se maintenir au pouvoir. Aujourd’hui, c’est la Guinée. Comment appréhendez-vous ces changements quelque peu brutaux ?

Je ne désespère pas. Attention, il y a coup d’Etat et coup d’Etat. Le coup d’Etat de Nasser, par exemple, a été un coup d’Etat salutaire et pour l’Egypte et pour le monde arabe. L’action de Nasser a sonné le glas de la domination de l’Occident et de l’impérialisme sur le monde arabe. Ça a été l’éveil du monde arabe. Je me souviens, j’étais dans l’action. Le coup d’Etat de Moussa Traoré a été un coup d’Etat réactionnaire, de régression qui avait pour but de livrer le Mali à l’impérialisme.

Le coup d’Etat de la Guinée, actuellement, je le considère comme un coup d’Etat salutaire. Ce sont des jeunes qui sont arrivés avec le sentiment de la patrie. Je lis d’ailleurs que le chef a dit qu’ils sont le produit de la révolution. Ce qui est quelque chose d’extraordinaire pour nous autres et nous pensons que rien n’est perdu. Quelqu’un a dit : ‘’100 fois sur le métier, il faut un maître d’ouvrage’’.

Notre but est de parler à la jeunesse, à la nouvelle génération. Sans unité, nous ne ferons pas grand-chose. Si nous restons des micro-nations, l’impérialisme, l’Occident se jouera de nous. Certains ont foncé dans le capitalisme, dans le libéralisme et on voit aujourd’hui ce qui s’est passé. Ce sont les banques, les temples du capitalisme et du libéralisme, les grosses banques, qui s’écroulent les unes après les autres et les Etats sont obligés d’intervenir pour les sauver. J’ai sorti un livre, en Côte d’Ivoire d’ailleurs, aux Nouvelles Editions Ivoiriennes (NEI), et à ‘’Présence africaine’’.

Il s’intitule ‘’La saison des pièges’’. Les pièges, c’est le pluralisme, le diktat des institutions de Brettons Woods, du Fonds monétaire, de la Banque mondiale, les ajustements structurels. J’étais à Paris dans la mouvance de la Baule où il y avait l’atmosphère du ‘’ il faut que l’Afrique aille au pluralisme, à la démocratie’’.

J’ai été interviewé par France culture. J’ai dit :’’ Attention, Attention, si on y va comme çà, vous allez réveiller les tribus. Les tribus vont se convertir en partis, les régions également, et les oppositions idéologiques vont faire place aux haines tribales et ancestrales, et nous allons nous entre-tuer. Ça n’a pas raté. Un de vos chanteurs dit mieux ce dont je parle. Je crois que c’est Alpha Blondy qui chante : « Multipartisme, ce n’est pas tribalisme. Si tu veux parler, on dit tais-toi Bété, si tu veux dire un mot, on dit tais-toi Baoulé, si tu veux dire un mot, on dit tais-toi Dioula ». Si ça continue, ça va aboutir au Rwanda.

Si on ne combat pas l’ethnocentrisme, les bagarres politiques deviennent des bagarres tribales et ethniques. Ce n’est pas l’opposant politique qu’on a en face de soi, mais l’ennemi tribal, et on prend le couperet. Je suis désolé, mais je demande aux jeunes de faire attention à l’ethnicisme.

Nous nous sommes efforcé pour créer la nation. Nous voulons créer la Nation. Les Européens, les colonialistes et les néo-colonialistes jouent sur l’ethnie, sur la tribu pour nous diviser, pour nous opposer et pendant ce temps, eux ils tirent profit de nos faiblesses, de nos carences, de nos divisions. Il ne faut pas accepter. Il faut forger la Nation. Ce n’est pas facile, ça ne plaît pas aux dirigeants qui sont à la tête des ethnies.

Il faut forger la Nation. Il ne faut pas avoir peur d’eux, il faut leur dire non, parce que si on reste rivé à l’ethnicisme, au bout il y aura des massacres ethniques.

Est-ce que les anciens systèmes de parti unique et la monarchie, qui ne permettaient pas à d’autres élites de se faire valoir, n’étaient pas aussi dangereux que le multipartisme ?

Ça dépend de celui qui est à la tête. Nous, nous avions des partis et des partis de tout le monde. Je ne vois pas nos chefs qui ont eu pour ambition de mettre leurs fils ou leur frère au pouvoir. C’est ce que nous voyons avec le multipartisme.


En Côte d’Ivoire, on a eu la transition de Houphouët à Bédié, qui a fait couler beaucoup de salive. D’aucuns même leur ont trouvé des filiations de père et fils…

C’est ce qu’on dit, mais, il était président de l’Assemblée. On dit, mais je ne sais pas. C’est à voir. Mais ce qu’on voit aujourd’hui avec clarté, ce ne sont pas des fils qu’on peut contester. Ce sont des fils légitimes. On veut mettre le fils à la place du père. Le père veut mettre son fils. Le pluralisme a abouti quelque part à des autocrates.

Houphouët disait qu’il était chef Baoulé dans la tradition, et les occidentaux encourageaient cela. Mais nous à notre niveau, nous n’avions pas cru longtemps en cela. Nous étions dans une démocratie, nous avions nos statuts de partis et nos chefs obéissaient à des directions politiques, à des idées politiques.

Tous les chefs, pratiquement, des partis dits dictatoriaux, avaient autour d’eux des camarades qui pouvaient leur dire, ‘’ non, ne faites pas ça’’. Moi j’appartenais à l’Union solennelle du Rda à Bamako. Notre secrétaire général était le président Modibo Kéita. Mais nous lui disions ‘’non’’ parfois, et il acceptait, il s’inclinait. Mais, aujourd’hui, on ne peut dire non à aucun de nos chefs dits des démocrates. Jamais je n’ai vu autant d’autocrates que maintenant.

Vous êtes en Guinée pour comprendre la situation dans ce pays. Qu’est-ce que vous recherchez concrètement ?

Je ne sais pas si j’ai le droit de l’éventer, mais, ce qui me désole en Guinée, ce sont les partis nés de l’ethnie. J’ai animé, il y a quelque temps, une conférence ici au Centre cultuel français. J’ai parlé aux étudiants. Partis Malinké, Peuhl, etc. Non, j’ai dit ceci aux étudiants : ‘’Ne plombez pas votre avenir. N’acceptez pas cette partition du peuple guinéen. Et si, moi, j’avais quelque responsabilité ici, ces partis-là ne vivraient pas. Mon premier acte serait d’interdire les partis ethniques. Mariez-vous, unissez-vous, combattez ensemble. Pourquoi ne se retrouverait-on pas ? Ce sont quelques intellectuels, pressés d’arriver là où ils sont, qui ont réveillé toutes ces choses qu’il ne faut pas. Ce n’est pas bon pour l’avenir.

Que pensez-vous du projet des Etats-Unis d’Afrique que prône, aujourd’hui, le Libyen, Mouammar Kadhafi à la suite de feu Kwamé Nkrumah du Ghana ?

Nous, nous sommes des militants de Nkrumah. Ses idées étaient les nôtres. Nkrumah, Ahmed Sékou Touré, souvenez-vous. D’abord, ça été l’Union Ghana-Guinée, ensuite l’Union Ghana-Guinée-Mali. Malheureusement, l’impérialisme était trop fort. Les pressions étaient énormes. Ce qui est arrivé est connu. On a fait tomber Nkrumah.

La CIA (Service secret américain : ndlr) a reconnu avoir participé à l’élimination de Nkrumah. Mais, vous savez, une idée de ce genre ne meurt pas. Elle connaît le sommeil un certain temps, mais, elle ne meurt jamais. Je suis sûr que l’Afrique se retrouvera. Je ne connais pas Kadhafi. Je n’ai jamais collaboré avec lui. Mais, je sais que l’idée de l’unité de l’Afrique est encrée dans certains d’entre nous.

Vous saluez le coup d’Etat en Guinée. Quelles sont, pour vous, les priorités que devraient s’accorder les militaires au pouvoir pour relever ce pays ?

J’ai entendu les Occidentaux condamner ce coup d’Etat en disant que ça ne fait pas partie de nos valeurs. J’avais préparé un papier, qui s’intitulait ‘’Laissez-nous faire notre histoire’’. Il faut qu’ils nous laissent faire notre histoire. Je fais partie des gens, qui ont divorcé avec le complexe intellectuel, le complexe culturel.

J’ai fait toutes mes études en France. Du lycée à l’université, je n’ai jamais eu de complexe avec des petits Blancs. Et je pense que nous devons forger notre histoire nous-mêmes. Nous n’avons pas à nous mettre à l’école des Occidentaux pour cela. Ils ne connaissent rien de nos réalités dont ils s’en fichent d’ailleurs et ils pensent que nous devons être des annexes de leur culture et de leur civilisation.

Non, qu’on nous laisse faire notre histoire. Ils ne connaissent rien des réalités guinéennes. Il y a eu un coup d’Etat et boum ! ‘’Dans 6 mois vous partez’’, ‘’Dans 5 mois vous partez’’, etc. Le peuple guinéen a souffert pendant combien de temps ? C’était l’enfer ici. Qu’est-ce qu’ils ont fait ?

Qu’est-ce qu’ils faisaient ? L’Union Africaine, la CEDEAO (Communauté économique pour le développement de l’Afrique de l’Ouest), moi, je ne suis pas d’accord avec les structures africaines. Au lieu d’attendre pour condamner, la CEDEAO devait intervenir pendant que le peuple souffrait. Parce que le Blanc a dit ‘’le principe’’ et hop, on y va ‘’le principe’’. L’Afrique, ce n’est pas l’Occident. Il faut qu’ils nous laissent et que nous ayons le courage, l’intelligence et la fermeté pour faire notre propre histoire.

L’Afrique peut-elle se replier sur elle-même et se développer ?

Non, je n’ai pas dit replier. Non, non, il n’est pas question de repli. Senghor parlait du donner et du recevoir. Nous avons aussi à donner. Leur société est en décomposition. La famille s’éclate, elle est en train de périr. Or, on a besoin de la famille, parce que c’est la première école. Mais, ils ont besoin de nous. Nous avons besoin de leur technicité, de beaucoup de choses, c’est vrai. J’ai parlé, il y a quelques années, à Yaoundé, du Japon et de l’Afrique. Le Japon a maîtrisé la technique. Mais, c’est un peuple discipliné, au travail, la famille. Le Japonais, quand il rentre chez lui, il est Japonais. L’Afrique a aussi des choses à dire, des valeurs à défendre, à proposer. Ils ont besoin de nous, aujourd’hui.

On m’a parlé de deux enfants, un petit garçon de 5 ans et une fillette de 4 ans, qui, à l’insu de leurs parents respectifs, ont plié leurs bagages et ont décidé de venir en Afrique pour se marier. Un fait insolite qui montre clairement qu’ils recherchent l’Afrique. L’Afrique est très riche. Nous ne devons pas sous-estimer notre continent.

Ce n’est pas que l’or hein ! C’est surtout notre mode de vie. Chez-nous, on a le respect de l’autre, la famille représente quelque chose, le père et surtout la mère, un trésor. Quand on regarde notre histoire, nos rois ont été, pour la plupart, des fils dignes. Regardez l’histoire de l’Alhmamy Samory Touré par exemple, il a été s’engager pour défendre sa mère.

Pour défendre sa mère ?

Oui, pour défendre sa mère. C’était un roi, Sory Brahima, si j’ai bonne mémoire (Mme Sékou Touré approuve) qui avait rasé le village et qui avait pris sa maman comme esclave. Samory est allé le voir et lui a dit : ‘’Je vient te voir. Tu as enlevé ma maman, c’est la loi de la guerre. Prenez-moi et libérez ma mère’’. Le roi lui a dit : ‘’Tu es un fils digne. Je te garde et je garde ta mère. Si je suis content de toi, je vous libère tous les deux et il a tenu parole. Je crois que Samory est resté 7 ans.

(Mme Sékou Touré vole à son secours). Il est resté 7 ans. Il devait rapporter 7 esclaves comme prix de la libération de sa mère. Il n’était pas encore guerrier à cette époque là. Mais comme il tenait à libérer sa mère, il à lutter pour avoir les 7 esclaves.

Le roi s’était attaché à lui a cause de ses valeurs, ses grandes valeurs morales, physiques, etc. Mais, le frère du roi était jaloux de Samory et ne le supportait plus, parce qu’il était traité en prince de sang dans la Cour de Sory Brahima. Ainsi, donc, Samory a dû partir avec sa mère.

Vous connaissez bien la Côte d’Ivoire en pleine crise aujourd’hui que vous avez visitée récemment. Comment appréhendez-vous la situation dans ce pays ?

C’est dommage, vraiment dommage ! J’ai parlé avec certains de vos cadres avec des étudiants et je trouve que c’est dommage. Avec la place que la Côte d’Ivoire avait conquise, qu’elle se retrouve ainsi divisée, c’est dommage et c’est encore le poison de l’Occident. Je ne nous donne pas une absolution pour nous autres. Nous sommes tous coupables. Mais, il faut que la Côte d’Ivoire retrouve son unité, sa cohésion nationale.

Le nord et le sud, il n’y a pas de patrie du nord et de patrie du sud. C’est la Côte d’Ivoire une et unique. Elle doit le rester et je suis sûr qu’elle est en bonne voie, vous le verrez. Qu’on le veuille ou non, ce pays est en bonne voie. Et j’ai surtout la conviction que dans 2 ou 3 ans elle retrouvera sa force, sa dignité de nation libre, prospère et d’espoir pour toute la sous-région.

Seydou Badjan, l’écrivain, le politique, l’engagé. Que doit-on retenir de vous aujourd’hui ?

J’écris toujours. J’ai dénoncé le Fonds Monétaire International (FMI) qui nous parle de privatisation. Je ne sais pas ce qu’elle nous a donné. Au Mali on a bazardé nos industries. Ici (en Guinée : Ndlr), on les a bazardées et détruites. On dit ‘’désormais, pas d’Etat dans l’industrialisation’’. On dit de tout laisser au privé. Où sont nos privés ? Que font-ils ?

Ils importent le riz, l’huile, les cuisses de poulets, de bœufs etc. Ils n’ont pas les moyens, même ceux qui sont de bonne volonté pour faire ce que le capitalisme a fait ailleurs.

Si nos Etats ne s’y mettent pas nous resterons encore des économies coloniales pendant encore plusieurs décennies. On fait ça pour nous affaiblir et pour que l’économie coloniale re-émerge. Nous vendrons nos matières premières, nos cotons, nos cafés et cacaos et nous achèterons les tissus, le chocolat, les produits manufacturés.

Est-ce l’échec de l’Afrique ?

C’est un échec de nos dirigeants. C’est parce qu’il y a eu le laxisme. Nos dirigeants ont manqué de fermeté, certains de compétences. Nous avons mal géré, mal dirigé. Nous avons eu beaucoup de problèmes. On a manqué de courage.


D’aucuns soutiennent que la course à l’argent a surplombé l’intérêt de la nation ?

Exactement, et la morale est tombée. J’ai dit, au Mali que le culte de l’argent a tué le patriotisme, et l’ambition de réussir et d’être à la place qu’il faut pour pouvoir tirer le maximum de nos potentialités. Alors les Institutions sont arrivées sur nos carences et nos faiblesses. Elles nous ont donné leur argent mais ‘’à condition que’’, ‘’à condition que’’, et voilà !

Il y a eu une révolution qui s’est opérée aux Etats-Unis avec l’élection à la Maison Blanche d’un Afro-Américain, Barack Obama. Que vous a inspiré cet événement ?

(Sa mine s’éclaircit, il ne peut cacher sa joie). Nous avons été tous enthousiastes. Nous avons dit que l’Amérique a franchi 100 ans, pour qui a suivi l’évolution des choses aux Etats-Unis. Moi, j’ai été en Amérique pour la première fois en 1959. Et le racisme c’était indicible. (Eclat de rire de Mme Sékou Touré). Même il y a seulement 10 ans, on ne pouvait pas imaginer ce qui s’est passé avec Barack. Les Américains ont donné une leçon au monde entier, surtout aux Occidentaux, à l’Europe. (Et Mme Sékou Touré de conclure : ‘’Surtout à la France qui maintient encore des colonies d’Outre-mer).

Source: L’Inter(quotidien ivoirien)

11 Février 2009