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Au Mali, on triche avec le peuple

’L’Afrique de l’Ouest a les moyens de retenir sa jeunesse sur ses terres. La jeunesse ne peut continuer à subir ce destin. Aller mourir d’une manière ou d’une autre.’’ C’est par ces propos que Seydou Badian Kouyaté dénonçait le laxisme de nos autorités qui ont échoué dans leur mission d’éducation. Il a révélé d’autres tares de notre système éducatif, en l’occurrence les enseignants battus par leurs élèves, au cours d’une conférence débats organisée, hier, par le CNID Association. Il a martelé aussi qu’au Mali, on triche avec le peuple.

«C’est le CNID association qui m’a invité. J’ai reçu cette lettre le 23 septembre. Je viens écouter les jeunes. J’apprends avec les jeunes, j’apprends aussi avec les moins jeunes. Je suis un éternel élève». Le docteur Seydou Badian Kouyaté précisait ainsi qu’il reste attaché aux valeurs de l’US RDA. Peut-être, a-t-il dit, que la voie tracée par le parti n’a pas été bien suivie mais, a-t-il ajouté «nul n’est infaillible». Ces propos ont été tenus lors de la conférence débats organisée par le CNID Association, samedi dernier, au Centre islamique d’Hamdallaye. Le thème portait sur «Patriotisme : valeur culturelle malienne».

Le docteur Seydou Badian Kouyaté était entouré des responsables de l’association N’ko, Mamadi Kéïta et Karamoko Mahamoudou Bamba, du représentant du Haut conseil islamique, Mohamed Kimbiri et du président du bureau du CNID Association, Issaga Traoré.

Au cours de l’entretien qu’il nous a accordé, Seydou Badian a affirmé que le patriotisme «est une option, une question politique, ce n’est pas de la littérature. Malheureusement, dans notre pays, on cherche les places, on court après l’argent. On triche avec le pays. Où est la patrie là- dedans, qui parle au Mali ? On ne dit plus rien. Donnes- moi ça, je me tais ! Il faut le dire si ça ne va pas, cela ne veut pas dire qu’on soit contre, au contraire, on s’aide mutuellement. Au Mali, on triche avec le pays, on triche avec le peuple».

Interrogé sur les remèdes à apporter à ces dérives qui défient tout sens du patriotisme, le docteur a répondu : «il faut reprendre la formation morale, civique et politique des jeunes, sinon le Mali va se détruire. Au fur et à mesure que nous avançons, nous retrouvons un autre homme qui n’a rien à voir avec celui que nos pères et les pères de nos pères nous ont légué». Il a ajouté que, sur cette voie, nous nous trouverons au sein des voleurs, des pilleurs etc. «On dit investissements, investissements, a-t-il martelé et on construit, mais on construit pour qui ?

C’est l’homme qui importe. Quelqu’un a dit, il y a longtemps, que c’est l’homme qui est le capital le plus précieux, il faut donc former les hommes. J’ai parlé de Yérédon, c’est-à-dire, connais-toi toi-même, sois porteur de certaines valeurs, ne les trahis pas, sois fier de toi sans détruire l’autre ou lui manquer de respect, ne fais de complexe vis-à-vis de personne, le Malien doit être fier de soi, de son peuple, de son histoire, sans nullement manquer de respect à l’autre. Apporter sa contribution à l’édification du monde, de son histoire».

Pour le docteur, il faut que les Maliens soient guidés par ces valeurs, pour ne pas se confondre aux menteurs et aux gens qui détournent l’argent des autres. A la question : les dures conditions économiques ne poussent-elles pas les émigrés à chercher ailleurs leur subsistance, reléguant, de ce fait, les facteurs culturels au second plan ? Seydou Badian a répondu : «bien sûr ! mais je dois reconnaître que certaines communautés maliennes en France restent accrochées à nos valeurs.

Je vous répète que le Yérédon constitue les boucliers qui protègent contre l’autodestruction, la dépersonnalisation. J’ai vu des Soninkés organisés, vivre le Mali dans ce qu’il a de profond et de meilleur comme valeur. Ils sont plus accrochés à leurs valeurs que ceux que nous voyons ici». Il a laissé entendre que les valeurs incarnées par les principes du Sa ka foussa Maloyé et yérédon sont celles qui permettront aux Maliens de toujours garder la tête haute, mais à condition de les vivre, de ne pas tricher et mentir au peuple.

Mentir au peuple consiste à lui dire une chose et faire le contraire, a-t-il précisé. Mohamed Kimbiri a rappelé la tradition prophétique qui indique : «aimer son pays fait partie des actes de foi». Tout croyant doit donc aimer son pays pour se prévaloir de la sincérité de sa foi.

Les responsables de l’Association N’ko, Mamadi Kéïta et Karamoko Mahamoudou Bamba ont soutenu que le patriotisme doit nous pousser à parler dans nos langues nationales. C’est à nous, ont-ils dit, qu’il incombe de construire nos langues et de les imposer.

Ils ont fait observer que c’est à travers nos langues que nous pouvons atteindre la connaissance et le développement. Symbole fort, trois personnalités issues du CNID, Me Mountaga Tall, Me Amidou Diabaté et le professeur Yoro Diakité ont convergé vers les mêmes thèses qui confirment la nécessité de l’utilisation de nos langues nationales et la volonté politique pour l’imposer.

Malgré tout, Yoro Diakité pense que le combat patriotique doit être mené par les masses populaires et les travailleurs et de ce fait, il a rappelé les divisions récurrentes au sein de la classe politique. Ils ont tous convenu que c’est une lutte solidaire qu’il faut mener. Me Amidou Diabaté a soutenu que ce combat peut être gagné à l’Assemblée nationale et qu’il serait opportun que les maires puissent parler les langues des populations de leurs communes.

Me Mountaga Tall a évoqué la création du CNID sur la base du patriotisme ainsi que les difficultés rencontrées dans cette voie. Le président du CNID a suscité la réflexion de savoir «où commencer le travail du patriotisme, à la maison, à l’école, dans la rue, à la télévision, au Mali et comment choisir les députés, les ministres ?». Il a laissé aux participants l’initiative des choix et du débat.

Baba Dembélé

20 Octobre 2008