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Sous d’autres cieux, des hommes à l’envergure de Seydou Badian Kouyaté sont vénérés non seulement pour la clairvoyance de leurs idées, mais aussi pour la valeur historique de leurs oeuvres.

Mais à étudier la profondeur de certaines de ses sorties médiatiques, l’écrivain donne l’image d’un vieil homme “en déconfiture“, tant ses idées manquent d’essence et de cohérence. Des tares qu’on pourrait facilement mettre au compte de l’âge si l’intéressé n’avait pas vu, dans certains de ses propos, une matière à caution.

En effet, la hargne avec laquelle il s’attaque au régime, ses propos va-t-en guerre par rapport à la crise au Nord-Mali, poussent à nourrir un tel sentiment sur celui qui est le créateur de notre Hymne National.

C’est aussi la preuve que l’interpénétration entre l’homme d’écriture qu’il est et l’homme politique qu’il a toujours aspiré devenir n’a guère été une réussite. Cela expliquerait-il la saveur amère des propos de Seydou Badian Kouyaté et le caractère dit aigri de sa personnalité?…

Aussi, pendant que le Président ATT et son gouvernement, avec le concours des bonnes volontés comme la Libye et l’Algérie, ne ménagent aucun effort pour circonscrire définitivement la crise du Nord, Seydou Badian se fait, comme qui dirait, le “Néron du XXIe siècle ”, en appelant à “ brûler ” et le régime ATT, et des pays voisins, frères et amis du Mali.

Pire, l’homme appelle tout simplement à “brûler ” ce Mali à qui il a pourtant tout donné, ce Mali qu’il s’était juré, il y a des années, de mettre au-dessus de tout et de tous, ce Mali pour lequel (dans ledit Hymne) il appelle les Maliens à se constituer en rempart contre l’ennemi s’il “découvri son front ”.

De propos de l’Hymne National du Mali à aujourd’hui, que s’est-il donc passé dans l’esprit de Seydou Badian Kouyaté? “La politique que les autorités sont en train de mener au Nord est désastreuse pour le Mali d’aujourd’hui et pour le Mali de demain. Il est temps que les maliens se lèvent pour la dénoncer, car l’avenir de ce pays en dépendra ”, lance l’écrivain Seydou Badian Kouyaté. Aurait-il donc perdu sa foi pour le Mali ? Toujours est-il qu’il parle comme si la crise au Nord date de maintenant.

Pourtant, on raconte que depuis 1960, il s’était lui-même impliqué dans les dossiers du Nord. A l’époque, a-t-on fait mieux que ce qui est en train d’être fait pour trouver une solution à cette crise du Nord ? La réponse est que si tel était le cas, on n’en serait pas là aujourd’hui. Car des problèmes de ce genre ne se règlent pas à coups de bâton, encore moins avec des crépitements de Kalachnikov, mais plutôt par le dialogue.

Malheureusement, comme en attestent ses propos, le précurseur de notre hymne national semble préférer la première solution : “L’armée a été disqualifiée et a reçu un jet de boue à la face. Est-ce des consignes qui leur ont été données pour qu’ils ne tuent pas des rebelles ? Ce n’est pas le Mali que je connais ”. A l’entendre parler, notre pays se serait toujours illustré par la violence pour régler ses problèmes internes.

N’est-ce pas là une image figée du grand Mali, le pays de l’arbre à palabre, le pays où même dans les familles, les griots ont pour vocation d’éteindre le feu, donc un pays de dialogue par excellence ? Doit-on sacrifier cette valeur fondatrice de la société malienne à cause de certaines élucubrations politiques?

Sous l’impulsion du Président ATT, le Mali est sur la bonne voie, tant pour la recherche de solutions à la crise du Nord que pour relever les défis de son développement. Cela est d’autant plus vrai que sans le dialogue, aucune guerre dans le monde ne peut connaître sa fin. Pourquoi alors en venir aux armes, alors qu’on peut toujours négocier et tout gérer à travers le dialogue?

“Levez-vous, marchez, dénoncez ! Dites non , même si on doit vous tuer, mais dans la légalité !”, A ces propos quasi revanchards du vieux Kouyaté à l’endroit des jeunes, on peut directement transposer le passage de Victor Hugo dans“ Les abeilles”, où les insectes se déchaînent contre l’empereur lui-même, à cause de sa tyranie et ses atrocités.

Aussi, du fait de la légérété par laquelle il analyse la situation nationale, Seydou Badian Kouyaté n’est-il pas en train d’effacer de la tête des jeunes cette image de sage, de repère et de conseiller qu’ils gardent de lui ? Quel qu’il en soit, ses anciens camarades du COPPO ne voient plus en lui que l’image d’un homme qui “a trahi leur lutte en 1997 ”.


Adama S. DIALLO

30 Avril 2008