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Une session extraordinaire de l’Assemblée nationale a débuté le 14 juillet avec à son tableau de bord 7 projets de lois parmi lesquels celui portant cession des actions de l’Etat dans le capital de la CMDT.

Le projet de loi sur la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT) n’avait pu être voté lors de la session ordinaire qui s’est achevée le 4 juillet dernier pour de multiples raisons : forte mobilisation de la société civile et menaces des paysans de boycotter la culture du coton. De plus, les députés avaient estimé qu’ils étaient peu informés et avaient renvoyé le projet pour compléments d’informations.

L’honorable Dioncounda Traoré, président de l’Assemblée, avait indiqué lors du vote du projet de loi sur le terrorisme que le projet de loi sur l’abolition de la peine de mort est renvoyé à la session d’octobre. Il avait aussi pris la peine d’édifier l’opinion publique en annonçant que ce projet allait être l’objet d’un débat social.

Cette approche de l’AN a été bien accueillie par l’opinion publique, notamment dans les milieux religieux et beaucoup pensaient qu’il allait en être de même pour ce qui est de la privatisation de la CMDT. Mais « l’Etat, qui se plie au diktat des partenaires financiers, impose à l’AN de voter le projet », persifle un parlementaire.

Il n’y aura donc pas de débat social sur la CMDT, les députés ayant été sollicités à le voter. D’ailleurs, le ministre de l’Agriculture avait été catégorique et clair sur la question lors de son interpellation par le député Oumar Mariko.

Tiémoko Sangaré avait indiqué que la CMDT allait être privatisée nonobstant les difficultés qui jalonnent le processus. Le ministre avait ajouté que ce processus de privatisation était à sa phase de filialisation.


Aucune garantie

Tout comme le député Mariko, ceux qui avaient entendu le ministre de l’Agriculture ce jour-là, en particulier les travailleurs de la CMDT et les cotonculteurs sont restés sur leur faim sur les mesures concrètes prises par le gouvernement d’une part pour sauver la filière coton et d’autre part pour préserver les milliers de travailleurs qui risquent de grossir le lot des sans emploi.

Le gouvernement a-t-il d’autres arguments que ceux exposés par le ministre de l’Agriculture pour convaincre les députés à voter le projet ? La plénière sur le projet nous en dira plus. Mais au sein de la société civile comme à l’hémicycle des voies sont unanimes à dire, que vu son importance, la privatisation de la CMDT méritait elle aussi au même titre que le projet de l’abolition de la peine de mort, un débat social où toutes les composantes de la société auraient leurs mots à dire.

Les arguments avancés à cet effet, sont qu’au-delà du fait que plus du tiers de la population vit directement ou indirectement du coton, la sauvegarde du secteur coton et de la CMDT sont une question de souveraineté nationale. Pour sa part, l’éminent Pr. Dialla Konaté assimile cette privatisation à un « entêtement et une fuite en avant du gouvernement ». Pour lui, on privatise une entreprise pour résoudre un problème. Or tel n’est pas le cas pour la CMDT.

En privatisant la CMDT quels problèmes aurait-on résolu ? Voilà le drame cornélien que les députés devraient s’atteler à dénouer. Si dès à présent on peut s’attendre à ce que l’opposition parlementaire minoritaire vote contre le projet, il n’est pas sûr que la majorité fasse de même d’autant plus, murmure-t-on à l’AN, la présente session a pour objectif principal de voter cette loi.


Denis Koné

17 Juillet 2008