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Centre hospitalier Gabriel Touré. Voilà un nom aux consonances assez flatteuses, inspirant grandeur, savoir faire et sacerdoce. Mais tel n’est plus le cas dans ce centre aujourd’hui animé par un personnel de moins en moins vertueux mu par le seul instinct du gain. Le service de néonatologie en est une illustration parfaite.

De nombreux parents se plaignent de ce service, qui selon eux, est devenu un couloir de la mort. Une fois les parents se présentent avec un nouveau-né, ils repartent avec un corps d’enfant sans vie. Les femmes et les hommes travaillant ici n’ont que mépris pour les parents et leurs nouveaux nés.

Le défaut de vertu est doublé d’incompétence, les ordonnances sont prescrites par tâtonnement, les médicaments sont mal administrés, les enfants sont souvent exposés à la lampe (cure d’amélioration de la couleur des yeux du nouveau né) plus longtemps qu’il ne faut avec souvent au bout du rouleau la mort du nouveau né par étouffement et par élévation de sa température corporelle. Les médicaments sont prescrits non pas par nécessité, mais par souci d’écouler les produits disponibles avec le personnel soignant, qui vole les médicaments des patients ainsi que ceux des malades décédés.

A chaque instant un homme ou une femme à la blouse blanche apparait dans le couloir avec des bouts de papier, c’est le spectacle désolant de la remise des certificats de décès aux parents d’enfants décédés qui n’ont que leurs yeux pour pleurer.

Parfois, le nouveau-né pendant son séjour n’a aucune chance de rencontrer un médecin attitré. C’est un cadre où l’on voit défiler des agents qui se disent « CS » ou interne qui le plus souvent ont du mal à s’accorder sur les médicaments à administrer.

Véritablement le service de néonatologie est pour les nouveaux nés, ce que l’abattoir est pour les animaux, il est à l’image de ce que le tristement célèbre bagne de Taoudéni aura été pour les prisonniers politique à un moment donné. Pour s’en convaincre, il suffit pour les pouvoirs publics de faire une visite inopinée ou même de consulter les statistiques à ce niveau.

Selon un patient, dans la seule journée du lundi 12 août 2013, il a été enregistré huit décès de nouveaux nés imputables en grande partie à la négligence et l’incompétence. Chaque fois que la question est posée, les professionnels de la santé se bornent simplement à se confier en ces termes : «Tout le monde se plaint du service de néonatologie, ça ne change pas et on fait avec…». Face à cette triste situation, de nombreux parents se posent la question de savoir quand est-ce que nous allons avoir pitié de notre cher Mali ? Quand est-ce que notre cher Mali va changer ? Quand est-ce que la prise de conscience sera générale et définitive ?

«Citoyens du Mali en attendant la réponse à ces interrogations, ne partez au service de néonatologie du CHU Gabriel Touré que quand vous n’avez pas le choix, c’est le lieu d’avoir une pensée pour tous ceux et toutes celles qui ont perdu un petit bout de chou dans ces circonstances» comme l’a déclaré un père d’une voix désespérée après avoir perdu son nouveau-né.

Bandiougou DIABATE

22 Août 2013.