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La brute, le bon, et le truand : ceci pourrait être également le titre d’un western spaghetti. Ce n’est, hélas, pas le cas. Ce titre s’applique à une sordide mais authentique réalité qui traduit les dérives et écueils qui menacent la profession de journalismes, lorsque les bons accusent les brutes de vouer les truands aux gémonies.

« Sachons raison garder ». C’est le conseil, presque amical mais très confraternel, qu’un hebdomadaire de la place a adressé à L’Aube. Le nom de ce confrère conseiller ne sera pas cité. Par respect pour les lecteurs et pour ne pas souiller ces colonnes. Toutefois, L’Aube s’est donné la liberté de relever ses propos et de méditer là-dessus. Le confrère donneur de conseil accuse votre journal d’avoir, il y a déjà quelques mois de cela, critiqué les agissements et reportages peu orthodoxes du correspondant d’une agence de presse étrangère.

Lequel, également stringer (pigiste) pour le compte d’une radio internationale, s’est arrogé la liberté et le droit de qualifier, faussement, de rébellion armée ce que les autorités, elles, nomment banditisme résiduel.

Vous avez certainement déjà compris qu’il s’agit du problème du nord Mali. Plus précisément du conflit qui oppose les forces armées et de sécurité à certains groupes de bandits armés dirigés par des déserteurs de l’armée régulière.

Or, dans pareille situation, où certains excellent dans la guerre psychologique, les mots comptent beaucoup et ont une extrême importance, notamment en ce qui concerne leur acception et leur compréhension par la communauté internationale. Si les pouvoirs publics ont qualifié, dans les années 1990, de rébellion les mouvements armés qui s’étaient soulevés dans le nord, c’est parce que ces derniers avaient de vraies revendications politiques qui les sous-tendaient. Ce qu’ils ont dénié à l’activisme de Ibrahim Ag Bahanga et sa bande armée. Ils ont eu raison.

Car, au jour d’aujourd’hui, il n’est un secret pour personne que ces individus n’agissent pas par conviction politique ou idéologique. Ils sont uniquement guidés par des bas instincts criminels et mafieux qui les poussent à vouloir contrôler une partie du territoire national afin d’en faire, une zone de non droit, un terreau fertile de violence et de terrorisme.

Cela est connu de tous, y compris de ce correspondant étranger qui pourtant, envers et contre tous, s’évertue à reconnaître en ces bandits des rebelles dont il s’empresse à tous les coups de relayer les propos et d’y ajouter ses propres commentaires, allant jusqu’à réaliser des reportages fiction à partir de son salon bamakois sur des sujets qui nécessitent le déplacement sur le terrain pour recueillir et recouper l’information.

Plus d’intox que d’info

Il est vrai que ce « journaliste » bénéficie, et profite largement, de l’esprit de tolérance voire de complaisance de certains hauts responsables du pays, y compris des proches du président de la République. Lesquels poussent l’hospitalité jusqu’à l’entretenir et à le protéger. Car, s’il est connu pour sa fréquentation assidue des bars et bistrots où il lève volontiers le coude, le correspondant a également une réputation de salonnard.

A cet égard, ses fréquentes visites à certains dirigeants politiques ne passent pas inaperçues et laissent des traces. Parce que plus tard, ces dirigeants se plaignent toujours des propos que leur prête le correspondant. D’où la certitude qu’il fait plus d’intox que d’info. Il y a quelques années, en 1996, il a été expulsé de la Guinée parce que fortement soupçonné par les autorités de ce pays de tentative de déstabilisation.

Un an plus tard, recueilli au Mali, au plus profond de la crise politique, il écrivait des papiers tendancieux et incitatifs à la violence. Au point que le porte-parole du gouvernement, Bakary Konimba Traoré, l’a interpellé pour le sermonner et le menacer d’expulsion. En 2003, lors d’une excursion en Côte d’Ivoire, il fera encore parler de lui.

C’était lors d’une rencontre en off entre « les forces nouvelles » et la presse. Surpris en train d’enregistrer les échanges avec un dictaphone dissimulé dans son caleçon, il sera expulsé de la salle après avoir reçu de retentissantes gifles. Il est vrai qu’à maintes occasions, dans plusieurs pays, Gbogbohoundada Serge Daniel, puisqu’il s’agit de lui, aurait pu connaître, à raison, le sort injuste réservé à son homologue du Niger, Moussa Kaka.

Qu’est-ce qui pousse un tel individu à violer les règles les plus élémentaires de l’éthique et de la déontologie d’une profession pour laquelle il est toléré au Mali depuis une décennie ? L’on sait qu’il a ses entrées dans les chancelleries de certains pays qui, n’ayant pas bonne presse, veulent à tout prix se soigner une image flétrie. Certaines sources, généralement bien informés, affirment que ce stringer s’est si bien acoquiné avec l’Ambassadeur d’un pays voisin qu’il se serait fait gratifier d’un véhicule flambant neuf et qu’il se fait payer des notes de frais.

Mais puisqu’il est dans de si bonnes grâces, il pourrait moins jouer au pyromane et plus au pompier en demandant à ses amis d’arrêter et de livrer les bandits armés qui se cachent sur leur territoire. A l’instar du Niger qui vient d’extrader un homme recherché par la justice.

La rédaction

02 Octobre 2008