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Oumar Bathily est le maire de la commune urbaine de Mopti. Invité à se prononcer sur la situation socio-économique de sa collectivité, il répond sans détour que la ville de Mopti se porte très mal.

L’Enquêteur : Comment se porte votre commune ?

Le Maire de Mopti : Bonjour, à cette question je réponds tout de ‘go’. La commune se porte très mal. Nous constitutions une ligne de front. C’est la zone tampon entre le nord et le sud. Et c’est une ville refuge. Ce qui va s’en dire que, cela ne va pas sans problème. Pour tout ce qui est des activités communales, depuis le 22 septembre 2012 j’avoue que nous avons connu de sérieuses difficultés. La ville était presque abandonnée parce qu’il n’y avait pas d’administration. L’administration s’entend par les services déconcentrés et décentralisés de l’état.

Les banques avaient décampé et il ne restait plus que la population. La ville était laissée à elle-même. L’économie locale reposes sur les ressources internes. Les substances de ces ressources internes sont les activités commerciales, les activités industrielles, alors vous comprenez aisément que nous avons vraiment des difficultés. Pour attester tout cela, de janvier à septembre 2012, nous avons fait la situation des recettes à-mi parcours entre 2011 et 2012. On n’a pas recouvré les 75%. En terme de chiffres, en 2011 on avait fait une recette de 62 millions et à la même période nous somme à moins de 26 millions.

L’Enquêteur : Dans ce cas, sur quoi s’appuie le budget de la mairie aujourd’hui ?

Le Maire de Mopti : Les fonds reposent uniquement sur la recette que la régie arrive à recouvrer au niveau de nos équipements marchands parce que la mairie à concédé quelques équipements aux GIE de la place. Les taxes journalières et les dons parfois extraordinaires de nos partenaires. Voilà en gros les principales sources de revenus de la mairie.

L’Enquêteur : Mais Mopti est connue pour être une ville touristique?

Le Maire de Mopti : Non mais. Je m’en vais vous dire que ça fait bientôt 5 mois que Mopti était dans la zone orange et maintenant carrément dans la zone rouge, la zone de guerre. Les hôtels ont fermé, vous voyez ce que cela fait. Mopti étant la première destination touristique au Mali. Je ne sais pas si vous avez remarqué. Vous êtes allé au gouvernorat, sûrement que vous avez vu l’hôtel Kananga.

Il n’ya même pas un client. Et cela dure depuis plus d’un mois. Avez-vous une idée de ce que cela peut avoir comme conséquence néfaste sur l’économie locale? Dès lors l’hôtel ne paie plus ses impôts, le personnel est au chômage. Qui dit hôtels parle des activités annexes. C’est-à-dire les guides touristiques, les pinasses, les bouchers du coin, les vendeuses de condiments, et j’en passe. Voyez-vous, l’hôtellerie est une chaine et tout se tient. C’est donc tout ce système qui s’est effondré. C’est ce système qui s’est écroulé avec la crise. Nous sommes frappés de plein fouet par la crise hôtelière.

L’Enquêteur : La situation est très préoccupante !

Ces mois-ci, c’est la période touristique. La période de haute zone. Octobre, novembre et décembre qui coïncide avec la fin d’année et la période où les européens viennent ici. Avant la crise, en période touristique on ne pouvait pas imaginer Mopti comme ça. C’était plein de touristes. Je vais vous demander de vous promener à travers la ville et si vous croisez un seul blanc, ce n’est pas forcément un européen, un blanc, une personne qui a la peau blanche venez me le dire. C’est vraiment une situation catastrophique.

L’Enquêteur : Monsieur le maire. On sait qu’avec la situation le niveau de vie de la population a baissé. Mais est- ce de façon alarmante ?

Le Maire de Mopti : Il y a une morosité des activités économiques de la ville. Mais au-delà, je ne saurai vous donner plus de détails. Il me sera difficile.

L’Enquêteur : Est- ce que les familles ont leurs 3 repas quotidiens ?

Le Maire de Mopti : Cela va de soi. Il y a certaines familles qui n’arrivent vraiment pas à joindre les deux bouts. A cela, il faut également ajouter l’augmentation sensible de la population avec les déplacés. Mopti est la seule ville du pays qui a un site prévu pour les déplacés. C’est dire que les charges augmentent. Et il ne faut pas perdre de vue que les récoltes agricoles 2011 n’ont pas été bonnes.

L’Enquêteur : Dans les sources de revenus de la mairie de Mopti vous avez omis la pêche ?

Le Maire de Mopti : Oh là là ! C’était d’antan. On faisait la pêche au filet, mais maintenant allez-y voir tout au long de la berge au bord du fleuve, vous ne trouverez aucun amateur de la pêche. Mopti était une zone de pêche, mais maintenant la ville est une zone commerciale parce qu’il y a un port de pêche. Les captures qui sont faites au nord y sont vendues. C’est ça la réalité.

L’Enquêteur : Attardons nous un instant sur la situation des déplacés de Mopti. Comment est-ce que la mairie s’organise pour soulager leurs souffrances ?

Le Maire de Mopti : Nous avons mis en place un comité de crise qui est présidé par le gouverneur de la région qui travaille en étroite collaboration avec CARE INTERNATIONAL, PAM INTERNATIONAL. Des partenaires, que je voudrais remercier sincèrement pour avoir beaucoup fait pour l’alimentation de ces déplacés. Quant à moi, dans le cadre de la coopération décentralisée, j’ai effectué un voyage en France pour rencontrer nos partenaires qui avaient des informations erronés sur le Mali.

L’Enquêteur : C’est-à-dire ?

Le Maire de Mopti : C’est-à-dire qu’il y avait un lobbying touareg qui passait dans les organes de presse occidentaux en général et français en particulier, pour donner leurs versions des faits avec des pics de mensonges. Il a donc fallu que, dans le cadre de la coopération décentralisée, nous partions pour rétablir la vérité et plaider pour les populations victimes de la crise, en vue d’obtenir de l’aide aux déplacés. Et suite à cette mission, nous avons pu avoir des vivres que nous avons distribués aux déplacés, mais aussi aux familles d’accueil.

L’Enquêteur : Parmi les déplacés compte t- on des maliens de races blanches (maure, arabe et tamashek) ?

Le Maire de Mopti : Non. Je n’ai vu que des peulhs, des sonrhaï et des bêlas.

L’Enquêteur : Les populations cohabitent avec les militaires dont le nombre a fortement augmenté depuis. Cela crée quelle atmosphère dans la ville ?

Le Maire de Mopti : Cela rassure. Mopti est une ville sécurisée. Mais la présence des militaires veut aussi dire que nous sommes dans une zone de guerre.

L’Enquêteur : Monsieur le maire, par rapport à la situation socio-économique et sécuritaire de votre commune, y a-t-il des points importants sur lesquels j’aurai dû vous interpeller et que je ne l’ai pas fait ? Si oui lesquels ?

Le Maire de Mopti : Vous savez, la commune de Mopti est dans une situation difficile. Et je comprends parce que nous sommes sur la ligne de front. Mais les phares sont braqués sur le nord occupé. Nous ne sommes pas occupés mais sommes entrain de souffrir autant que ces zones. Aussi voudrais-je que l’état nous accorde une attention particulière. Nous sommes dans une zone de guerre, parce que quand vous parlez avec les militaires ils vous diront que la base est à Sévaré et quand vous parlez avec les civils, ils vous diront que tous nos militaires sont à Sévaré. Cela veut dire que c’est l’insécurité. Mopti se bat tant bien que mal pour assurer les salaires, mais les autres collectivités de la région ?

Je parle des zones qui sont complètement désertées, tel TENENKOU où il n’y a pas d’administration, à YOUWAROU il n’y a pas d’administration, ces collectivités comment elles vivent ? Il y a problème. Le pays dogon qui est connu mondialement pour ses sites historiques et qui ne reçoit pas un seul touriste. Ces collectivités-là vont tirer leurs ressources où ? Une commune comme Sangha qui ne vit que de tourisme, Bandiagara qui ne vit que de tourisme, Djenne qui ne vit que du tourisme, ont mis les clés sous les paillassons. Ce sont des manques à gagner incommensurables.

Propos recueillis par Ange De VILLIER

L’Enquêteur du 02 novembre 2012.