Partager

Les cours de rattrapage ont repris dans les deux régions avec le concours d’enseignants bénévoles et l’accord des occupants. Mais à Kidal, les écoles restent fermées

jpg_une-1050.jpgDans le contexte actuel, l’événement pourrait paraître surréaliste mais les écoles ont réellement rouvert depuis deux mois leurs portes dans les régions de Gao et Tombouctou.

On se rappelle qu’avec la disparition de l’administration publique, les écoles avaient généralement fermé sous l’effet de l’occupation des trois régions septentrionales du pays par des groupes djihadistes. Les élèves de cette partie du pays n’ont ni achevé les cours programmés, ni passé les examens des différents ordres d’enseignement, notamment le diplôme d’études fondamentales et le baccalauréat.

PLUS DE 5000 ENFANTS CONCERNES. Le gouvernement, pour préserver le droit de ces enfants à l’éducation, a entrepris d’organiser en octobre prochain des examens spéciaux dans les différents ordres d’enseignement. Prendront part à ces épreuves, les élèves restés dans les régions nord et ceux qui se sont réfugiés à l’extérieur du pays ou dans les zones sécurisées du sud.

En attendant octobre, des enseignants restés sur place ainsi que des bénévoles ont, avec l’accord des nouveaux maîtres des régions occupées, procédé à la réouverture des classes pour permettre aux enfants d’achever les programmes et préparer les examens. « Nous sommes très contents de cette initiative du gouvernement. Depuis plusieurs jours, nous avons repris le chemin de l’école. Les choses se passent correctement. Nous n’avons aucun problème majeur. Pour le moment les responsables du Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’ouest, (Mujao) s’occupent bien de nous. L’ambiance est bonne, tout le monde est intéressé et les cours qu’on nous dispense sont vraiment de qualité. Nous ne pouvons que remercier les autorités du pays, mais aussi et surtout les enseignants qui sont restés sur place et qui donnent le maximum d’eux-mêmes pour sauver notre année. C’est vraiment formidable ce que nous vivons actuellement ici », se réjouit Alousseini Diarra, élève en série LLT à Gao.

L’enthousiasme de ce lycéen est à la mesure de l’engouement général que suscitent ces cours de rattrapage auprès des parents d’élèves et responsables scolaires. Tous les moyens et ressources ont été mobilisés pour combler le vide laissé par le retrait de l’administration de ces villes du nord. Les populations ont décidé de s’organiser en créant un Cadre de concertation. Ces organes plus ou moins structurés sont chargées de gérer la crise à travers des sous-commissions chargées de la santé, l’éducation, l’eau et l’énergie, etc.

Pour l’école, on estime qu’environ 5000 élèves doivent reprendre les cours à Gao. Ce chiffre ne prend pas en compte les élèves qui sont partis et ceux dont les parents sont sans nouvelles. Le climat instable n’entame en rien la détermination des enseignants restés sur place qui se dévouent sans compter. « Vous savez ces jeunes sont nos enfants. Ce que nous cherchons ou souhaitons pour eux, c’est une bonne éducation. Cela passe forcement par l’école. Nous ne pouvons pas les laisser comme ça sans pour autant faire quelque chose. C’est pourquoi nous nous sommes engagés de façon bénévole à leur dispenser des cours. Certains parmi nous sont fonctionnaires, mais d’autres qui ne le sont pas offrent leurs services gratuitement. Nous ne pouvons que nous en féliciter et remercier au passage leur sacrifice », confie Kata Data Alousseini Maïga, professeur d’anglais au Lycée de Gao. De son point de vue, les cours de rattrapage constituent une belle initiative qui permettra de corriger ce qu’il convient d’appeler une injustice envers les enfants du nord.

DANS LA SERENITE. Les préparatifs battent donc leur plein, notamment à Gao où le Cadre de concertation met les bouchées doubles pour une bonne reprise de l’école, comme en témoigne Bana Sidda Touré, membre du Cadre de concertation, chargé de l’éduction. Depuis plus de deux mois, note-t-il, les cours ont repris et tout se passe comme prévu. Son avis est partagé par Abderhamane Oumarou Maïga, directeur d’école à Gao qui assure avoir pris toutes les dispositions nécessaires pour un bon déroulement de ces cours.

A Tombouctou aussi, la situation est rassurante. Depuis plusieurs semaines déjà, les écoles et autres structures scolaires font le plein et les cours sont dispensés dans les règles de l’art. Ici, enseignants et élèves adhèrent entièrement à l’initiative du gouvernement. « Sans ces cours de rattrapage, je ne vois pas comment les enfants pourraient s’en sortir cette année. C’est une véritable chance que le gouvernement vient de leur accorder. La balle est dans leur camp. A eux de prouver qu’ils méritent cette confiance des autorités du pays, mais aussi et surtout faire en sorte qu’on taise des histoires et autres mensonges qu’on raconte à propos des conditions de vie dans nos villes du nord », confie Baba, notable de la ville de Tombouctou.

Pour Inalbarak Ag Zeda, chef de division de l’enseignement secondaire et supérieur de l’académie de Tombouctou, les cours se passent dans de bonnes conditions. « Ici les choses se passent différemment. Nous avons regroupé les élèves dans quatre centres en fonction des positions géographiques. Ce qui a pour avantage d’éviter les longues distances. Aujourd’hui, nous avons presque épuisé les programmes. Nous sommes en période de révision. Ce qui est une bonne chose pour les enfants dans la perspective des examens du mois d’octobre ». Il y a plus de 4000 élèves candidats au DEF et environ 2000 au niveau du secondaire à prendre part aux cours, évalue-t-il.

Aujourd’hui, les responsables scolaires et les parents d’élèves souhaitent que les examens soient organisées dans les localités du septentrion. Cela évitera aux enfants bien des désagréments qui influeraient sur leurs performances, souligne Bana Sidda Touré, membre du Cadre de concertation à Gao, chargé de l’éducation. De son point de vue, l’organisation des examens hors des zones occupées constitueraient un énorme gâchis aussi bien pour les familles que pour les enfants qui, pour la plupart, n’ont jamais mis les pieds dans d’autres grandes villes.

« Envoyer les enfants dans ces conditions reviendrait à leur trouver un logeur ou peut-être une maison en location et assurer leur restauration. Ce qui n’est pas du tout facile pour des familles pauvres comme les nôtres », souligne Diadié Hamadoun Maïga, le 1er vice-président du Comité de crise à Tombouctou, qui révèle à ce propos que des négociations ont été entamées avec les responsables des groupes armés pour sécuriser le déroulement des examens. Kata Data Alousseini Maïga, professeur d’anglais au Lycée de Gao soutient cette idée qui, de son point, contribuera à renforcer la confiance des élèves.

SELON LES PRECEPTES DU CORAN. Professeur d’anglais ? Des informations avaient fait état de l’interdiction d’enseigner l’anglais et la philosophie dans les établissements du nord du pays. Il n’en est rien. Ces deux disciplines sont dispensées dans les écoles et les occupants jurent la main sur le cœur n’avoir jamais interféré dans les programmes scolaires depuis leur arrivée. Ils ne se sont pas pour autant désintéressés de l’école. Si les modules d’enseignement ou de formation n’ont subi aucun changement, il n’en est pas de même pour l’organisation des groupes d’études

A Gao, une relative mixité filles-garçons est acceptée entre les quatre murs de la salle de classe. Pas de salles séparées donc, mais dans la pièce, les garçons sont installés d’un côté de l’allée centrale et les filles de l’autre. Et ces dernières sont astreintes au port du voile islamique. A Tombouctou, par contre, la mixité des classes à vécu. Filles et garçons n’entrent plus par les mêmes portes.

Les responsables scolaires s’adaptent à cette réorganisation des salles de classe et tentent même d’en tirer profit en créant l’émulation entre garçons et filles. A ce propos, les responsables des mouvements islamistes expliquent qu’ils ne font que respecter les préceptes du Coran qui interdisent la mixité hommes-femmes dans les lieux publics et dans la rue. L’objectif est d’éviter que les garçons et les filles ne se mélangent ou même ne se regardent. Ce qui serait contraire aux principes de la religion musulmane, nous explique Abou Walid, responsable de Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’ouest (MUJAO), le groupe armé qui contrôle Gao. Comment faire dans ce cas pour éviter que les garçons ne regardent les filles lorsqu’on interroge certaines d’entres elles au tableau ? Les garçons doivent alors se contenter d’écouter et non regarder.

C’est aussi simple que cela, évacuent les Moudjahidines. Simple ou non, la consigne est appliquée à Gao comme à Tombouctou, et tout le monde s’y plie pour l’heure.

A Kidal, c’est toujours l’expectative. Les responsables d’Ançar Dine n’ont toujours pas donné l’autorisation de rouvrir les classes.

Envoyé spécial

Lassine Diarra

L’Essor du 13 septembre 2012