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La rébellion tamasheq, qu’il faut appeler ainsi pour éviter tout amalgame, ne concerne qu’une minorité déshéritée de la vaste confédération touareg. Elle est fomentée par un groupe de jeunes cadres choqués dans leur fierté de nomade blanc par le retard pris par leur communauté dans le développement économique et social du Mali à majorité de population noires.

Les aspirations irrédentistes de cette communauté à l’indépendance ont été encouragées et soutenues tour à tour par la France, l’Algérie et la Libye pour servir des fins propres alors qu’elles s’avéraient en toute évidence vouées à l’échec dans un contexte géopolitique prônant l’intégrité des Etats à l’intérieur des frontières héritées de la colonisation.

C’est ce qu’a compris d’ailleurs la grande majorité des Touareg parfaitement intégrés dans leurs Etats respectifs. C’est aussi l’avis de ceux de la première rébellion à leurs actes d’aujourd’hui à qui il est demandé d’accepter un cessez-le-feu sans préalables après quoi entamer des négociations pour une sortie de crise.

En ce qui concerne le mouvement Ançar Eddine, branche d’Aqmi, sa présence au Nord du Mali, terre d’islam depuis le Xe siècle, n’a rien de surprenant. Elle mérite un traitement pareil à celui pratiqué dans les autres Etats de la Ouma, c’est-à-dire, dans le strict respect de la laïcité de l’Etat républicain et de l’interdiction de la religion à des fins politiques.

La connivence entre le Mouvement de libération du Nord du Mali et le Mouvement Ançar Eddine dans l’occupation du Septentrion malien ne sera que de courte durée à cause de leurs profonds antagonismes. L’armée malienne a tout intérêt à éviter la confrontation avec les deux forces agressives réunies, même avec l’appui extérieur.

Il faut aussi éviter à tout prix l’internationalisation du conflit au nord du Mali. Les précédents, à travers le monde, sont assez éloquents pour ramener les va-t-en-guerre à la sagesse malienne de la culture de la paix véhiculée par le « senankounya et institutionnalisée par la Charte de Kurukanfuga ».

La solution de la crise au Nord du Mali doit privilégier le dialogue par la concertation et la médiation en accueillant à bras ouverts ces frères égarés comme dans la Bible, cet enfant prodigue dont le père fête le retour dans sa famille.

Au Mali, comme l’ont souhaité les pères fondateurs de notre nation, il ne saurait plus y avoir de Malinké, de Bambara, de Soninké, de Peul, de Dogon, de Touareg, de Songhoy, etc… mais seulement des Maliens vivant en symbiose.

Pr. Ousmane Sidibé

(historien-juriste, La voix des aînés, Tel : 78 80 25 82)

Les Echos du 20 Juin 2012