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C’est dans une grande ferveur populaire que les autorités de la ville de Sikasso et ses populations ont accueilli la délégation conduite par le ministre des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine, le Dr. Badara Aliou Macalou, le samedi 26 juillet 2008.

Cette visite de deux jours (26-27 juillet 2008) dans la Capitale du Kénédougou s’inscrivait dans le cadre de la campagne d’information et de sensibilisation sur les risques de la migration irrégulière lancée depuis le vendredi 20 juin 2008 par le ministère des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine en partenariat avec l’OIM et la Commission européenne.

Depuis cette date, le département que dirige le ministre Macalou est à pied d ‘œuvre pour informer et sensibiliser la population malienne, principalement le groupe cible juvénile, sur les risques et les dangers de la migration irrégulière.

Après la région de Kayes, c’est donc la ville de Sikasso, avec à sa tête le gouverneur de la région, Mamadou Issa Tapo, l’administration et la population (toutes strates confondues) qui a décidé d’aider le ministère à réussir cette noble mission qui consiste à mettre l’accent sur l’importance d’une migration informée, une migration pensée et une migration consciente s’effectuant dans le strict respect des lois et procédures établies par les pays de transit et de destination.

Les étapes de Kayes et de Sikasso interviennent après une longue série de missions d’information et de sensibilisation qui ont sillonné les différentes régions du Mali pour prendre contact avec l’exécutif et les responsables administratifs dans le cadre de la préparation active des activités de terrain de cette campagne de sensibilisation.

A Kayes aussi bien qu’à Sikasso, les activités ont porté sur l’organisation d’une soirée culturelle avec à l’affiche les sketches de l’ARTD (Association retour/travail/dignité) composée de rescapés de la traversée du désert et de Ceuta Melilla et la prestation des artistes suivie de la tenue d’une conférence-débats sur la thématique de la migration irrégulière.

A Sikasso, pour la circonstance, les autorités ont mis les bouchées doubles pour donner un éclat particulier à l’événement qui était à la dimension de son importance : tout le monde était mobilisé, du gouverneur de la région en passant par les notabilités de la ville, les chefferies traditionnelles, l’Association des chasseurs, celle des griots, les organisations de la jeunesse, les femmes et le citoyen lambda.

A la soirée organisée à cet effet, le samedi dans la nuit, le résultat ne s’est donc pas fait attendre : à travers une mobilisation grandiose, c’est une foule animée d’un seul désir qui a pris d’assaut la salle de spectacle Lamissa Bengaly. Une salle pleine à craquer dans laquelle on peinait même à respirer.

Sikasso a donc sorti le grand jeu et les touches personnelles de la troupe de l’ARTD, des artistes comme DJ Bamanan (le rescapé de cette même migration illégale), Master Soumi et Nèba Solo ont apporté plus de saveur à la soirée. La troupe ARTD, tout comme DJ Bamanan, ont raconté le drame vécu par eux d’abord et par certains de nos compatriotes à travers la migration illégale.

Ces sketches (très pathétiques et très interpellateurs par leur contenu), sont joués par les acteurs vivants de ces drames qui déciment notre jeunesse. Ils se veulent un témoignage pour l’histoire dont l’objectif est de partager les préoccupations du gouvernement du Mali sur la question de la migration irrégulière et de servir d’exemples à la jeune génération.


Satisfaction du ministre

Tout comme à Kayes, la solidarité gouvernementale n’a pas failli à Sikasso.

La présence du ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat, Me Abdoul Wahab Berhé, du ministre de l’Education de base, Mme Sidibé Aminata Diallo, et du représentant du ministre de la Promotion de la femme, de l’Enfant et de la Famille, M. Sangaré, secrétaire général dudit département aux côtés du ministre Macalou et de sa délégation a apporté un éclat particulier à l’événement et démontré la preuve de la vivacité de cette solidarité gouvernementale qui est, en fait, une des marques de l’équipe constituée autour du Premier ministre, Modibo Sidibé.

On ne pouvait donc mesurer la satisfaction du ministre Macalou à la fin de cette soirée culturelle au cours de laquelle différents témoignages et messages sur les risques de la migration irrégulière ont été portés à la connaissance du public.

Le lendemain dimanche, une conférence-débats, animée par le conseiller technique, Salia Traoré, du ministère des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine, sur la migration irrégulière, a fait l’objet d’intenses discussions, riches en enseignements.

Dans ses mots introductifs, le ministre des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine a donné des éclairages sur le bien-fondé de la campagne d’information sur la migration irrégulière, ses contours, ses conséquences. Le ministre a remercié les responsables et la population de Sikasso pour leur apport si précieux dans l’organisation de ces deux événements.

Il a loué leurs mérites et les a exhortés à travailler pour faire en sorte « qu’ensemble nous puissions nous donner les moyens d’envisager les démarches les plus opportunes pour trouver les réponses idoines au fléau que nous connaissons à travers ce qu’il convient d’appeler désormais la migration irrégulière ou clandestine ».

Parlant de nos compatriotes établis à l’extérieur, le ministre Macalou n’a pas manqué de souligner la volonté politique et la sollicitude du président ATT à leur endroit « en leur dédiant tout un département aux fins de leur protection avec la décision de faire en sorte qu’au quotidien, ils soient impliqués dans la vie nationale leur permettant de contribuer à l’essor, au développement de notre pays ».

C’est pourquoi, fidèle à cette logique, le ministre affirmera qu’il est de « notre devoir de faire en sorte de les accompagner dans la préparation de leur retour au pays ».

Ces compatriotes auxquels le ministre Macalou voue respect et considération parce qu’ils présentent trois caractéristiques essentielles : leur attachement viscéral au pays ; le souci de leurs parents, parce qu’ils laissent derrière eux de nombreuses familles qui doivent leur existence souvent à la part de revenu que, régulièrement, ils leur font parvenir.

Ce sont des pans entiers de notre société qui ont une existence décente parce que le Mali a à sa disposition des émigrés conscients de leurs devoirs ; et enfin, l’idée que nourrissent nos compatriotes de retourner un jour au pays.

Les pays d’accueil interpellés

Levant le voile sur certaines considérations qui pourraient être de nature à jouer négativement sur la campagne, le ministre a martelé que « l’objet de cette campagne n’est donc pas et ne sera pas de mettre un terme à l’émigration ». Mais, a-t-il poursuivi, face à ce drame vécu par notre jeunesse, « avons-nous l’ardente obligation, en tant que gouvernement, de protéger cette jeunesse, de baliser son parcours dans le cadre de la migration ». C’est pour cela que notre pays s’est engagé dans cette vaste campagne.

Toutefois, a regretté le ministre, si la migration irrégulière prospère aujourd’hui, c’est parce que nos partenaires ne jouent pas le jeu. « Parallèlement à la lutte que nous devons mener contre la migration irrégulière, il sied de faire en sorte que les mesures restrictives que nous connaissons aujourd’hui par rapport à l’octroi des visas (tant du point de vue de leur nombre que de la façon dont ils sont délivrés), connaissent des améliorations sensibles pour éviter ces tracasseries parfois humiliantes », a averti le ministre.

Face à cet état de fait, le ministre a rappelé que « les pays d’accueil sont largement interpellés et cette campagne n’aura de cesse de rappeler ce que nous appelons notre devoir commun ». Il ne s’agit pas d’agir dans le sens du tout sécuritaire et occulter les aspects développement du problème. Il convient que chacun s’engage, de part et d’autre, et de façon responsable, à faire en sorte que les règles du jeu, telles qu’établies, soient respectées dans l’intérêt mutuel du partenariat qui existe entre nos différents Etats.

Après l’intervention du ministre Macalou, le conférencier Salia Traoré a exposé le thème de la conférence-débats en abordant la migration irrégulière dans ses fondements même, l’évolution du nombre des migrants irréguliers et leur gestion tant au plan national qu’international, ses causes et ses formes qui s’articulent autour de 4 aspects : la migration irrégulière d’entrepreneurs, la traite des personnes, les professionnels du sexe, le trafic de migrants avant de conclure que « les migrants représentent 3 % de la population mondiale et de par le monde, 30 à 40 millions de migrants se trouvent en situation illégale, ce qui représente environ 15 à 20 % de la population mondiale de migrants et en moyenne 3 fois la population du Mali.

A l’image de l’Europe, l’Afrique doit développer une initiative africaine de gestion concertée de la migration ».

Les interventions des uns et des autres ont porté sur le développement des zones de départ, la pérennisation de la campagne, l’Apej et le problème de l’emploi au Mali surtout l’emploi rural, la migration circulaire, la féminisation de la migration, la problématique des réseaux mafieux, le retour à la terre, le problème des rapatriés de Sikasso, la privatisation des sociétés et entreprises d’Etat, etc.

Les réponses à toutes ces questions ont été données par le ministre et le conseiller technique. Pour la migration circulaire, le ministre a informé que depuis le 3 juillet 2008, une convention a été signée entre le Mali et l’Espagne et le premier contingent partira en septembre prochain.

Après la conférence-débats, le ministre et sa délégation, en compagnie du gouverneur Tapo, ont rendu une visite de courtoisie à la famille fondatrice Traoré. La prochaine étape de la campagne est prévue pour les 2 et 3 août 2008 à Gao.


Mohamed Sacko

(chargé de mission à la communication)

30 Juillet 2008