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Cinéaste, écrivain et défenseur des causes justes, Sembène Ousmane, qui aura marqué tout le 20e siècle de son empreinte, s’est éteint le samedi dernier à Dakar à l’âge de 84 ans. Né en 1923 à Ziguinchor dans la région casamançaise, Sembène Ousmane s’est revélé très trop tôt comme un gamin d’une intelligence hors paire quand il fréquenta à la fois l’école coranique et l’école française et ce, depuis l’âge de 7 ans.

D’une présence de quelques années dans l’armée française à travers une unité des tirailleurs sénégalais à la publication de son premier roman, en passant par son embarquement clandestin en France en 1946, Sembène Ousmane aura connu des jours faits de haut et de bas. “Le Docker noir”, son premier roman, retrace sa vie de jeune immigré contraint à faire toute sorte de travaux pour survivre loin de la patrie.

De ses nombreuses oeuvres littéraires, “le mandat” fut l’oeuvre qui fera connaître l’homme en Afrique puisque inclus, compte-tenu des thèmes qui y sont abordés, dans les programmes d’enseignement dans les établissements secondaires. Entre temps, en 1962 déjà, l’homme qui s’était découvert des potentialités pour le cinéma ses premiers courts-métrages entre 1992 et 1964 après un séjour d’apprentissage dans une école de cinéma à Moscou (Russie). Le premier s’institulait “Boram Soret” et le second “Niaye”.

Avec son premier long-métrage, ce fut le début de toute une consécration pour l’homme, car, ce film intitulé “le noir de..” était également le tout premier long-métrage produit par un négro-africain. L’homme enchaîna par la suite par des films de plus en plus osés et traitant des sujets parfois gênant pour les politiques. Ce qui n’est pas sans conséquence.

En effet, en 1979 déjà, son film “Ceddo” est censuré au Sénégal pour des raisons inexpliquées. Près de dix ans après, loin de son Sénégal natal, son film “le camp de Thiaroye” est censuré en France pour la sensibilité du thème qui est traité (les travers de l’armée française vis-à-vis des Tirailleurs Sénégalais), mais également pour toute la caution morale que cela représentait pour le peuple français dont la dévise “Egalité”- Fraternité-Justice ne serait que vains mots. Sembène Ousmane produira plusieurs autres oeuvres cinématographiques, toutes couronnées de succès.

Le secret de ses succès, l’homme le tirait du fait que toutes ses oeuvres tournent autour de l’humain. Autrement dit, Sembène Ousmane, toute sa vie, n’aura fait qu’essayer d’ ‘”humaniser l’humanité”. Tâches ardues dans le monde où l’homme est devenu un loup pour l’homme. Cette tentative d’humanisation de l’humanité, on la ressent dans toutes les oeuvres de Sembène Ousmane. Est-il parvenu à ses fins ? Non ! Mais l’important, c’est qu’il aura essayé quand même et ce, toute sa vie durant.

Cette constance dans les actions, cette pugnacité et cet archarnement contre l’injustice, restent sans nul doute des qualités propres aux grands hommes.
Grand, Sembène Ousmane l’a été, humble, il l’a été tout en restant soi toute sa vie. Certes, avec sa mort l’Afrique est endeuillée, mais le pire serait que les Africains ne comprennent pas le sens de son combat, le seul qui vaille, le combat pour la liberté tout court.

Dors en paix, grand éléphant d’Afrique !

Adama S DIALLO

12 juin 2007.