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Notre pays célébrera du 24 au 26 juin la Semaine nationale du patrimoine culturel.La manifestation sera consacrée cette année au patrimoine oral et immatériel et particulièrement au Sanké Mô, une pêche collective à la fois festive et sacrée. Cette manifestation a été classée en octobre 2009 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO nécessitant une sauvegarde urgente. Ce classement est à la fois un honneur et un défi, car il faut désormais éliminer les menaces qui pèsent sur la survie de la manifestation.

Rappelons que la Charte du Mandé et la réfection septennale du toit du Kamabulon, la case sacrée de Kangaba, sont également classées au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Le ministère de la Culture, à travers la direction nationale du Patrimoine culturel (DNPC), annonce une édition spéciale à l’occasion du Cinquantenaire de l’indépendance. Il est prévu d’organiser des conférences dans chacune des régions administratives du pays.

Des cadres de l’administration et des autorités coutumières se retrouveront pour débattre du cas du Sanké Mô afin de mieux faire comprendre pourquoi et comment cette manifestation a été classée sur la liste du patrimoine immatérielle de l’UNESCO. L’on pourra alors identifier de nouveaux éléments dans les régions qui seraient restés dans l’ombre malgré l’opération d’inventaire du patrimoine culturel entamée depuis un an. Ces informations ont été fournies par le directeur de la DNPC, Kléssigué Abdoulaye Sanogo, lors d’une conférence de presse organisée mercredi dans la salle de conférence du ministère de la Culture.

Une conférence dirigée par le chef de cabinet du département, Abdoulaye Alphadi Baby. La Semaine nationale du patrimoine culturel qui se déroulera à San sera une opportunité de prendre contact avec les différentes associations de la localité en vue de cerner les menaces qui pèsent la manifestation et de tenter d’y trouver des solutions. La pêche collective dans la mare Sanké a lieu à San (Région de Ségou), tous les deuxièmes jeudi du septième mois lunaire pour célébrer la fondation de la ville.

Le rite est organisé tous les ans depuis 1400. Il commence par des sacrifices et des offrandes aux esprits de l’eau. Le clou de l’événement est la pêche collective qui se fait à l’aide de filets à larges et à petites mailles de fabrication artisanale. Cette pêche collective est immédiatement suivie d’une danse masquée sur la place publique, dans laquelle se produisent des danseurs Bwa de San et des villages environnants. Les danseurs arborent des costumes traditionnels et exécutent une chorégraphie particulière à la cadence de divers tambours.

Le Sanké Mô annonce le début de l’hivernage. Le rite est également l’une des expressions fortes de la culture locale, à travers les arts du spectacle et l’artisanat, ainsi que les manifestations liées à la connaissance de l’univers et le savoir et savoir-faire liés à la pêche et aux ressources hydriques.

La manifestation renforce la cohésion sociale, les valeurs de solidarité et de paix entre les communautés locales. Elle est en cela un cadre de manifestation de la diversité des expressions culturelles. Cependant depuis quelques années, elle est menacée par des difficultés dues à des facteurs culturels et environnementaux.

Au nombre des menaces, on peut citer l’ignorance de l’histoire et des traditions par les jeunes générations. La chance est que la quasi totalité des habitants de San reconnaissent le Sanké Mô comme un élément important de leur patrimoine culturel, et une expression majeure de leur vision du monde basée sur la tolérance religieuse, facteur pouvant faciliter la transmission des connaissances et pratiques traditionnelles.

Le Sanké Mon offre toujours aux communautés, dans leur diversité ethnique, l’occasion de célébrer leur histoire commune à travers de nombreuses manifestations culturelles. La manifestation est soutenue par les chefs traditionnels qui s’emploient d’année en année à mobiliser les jeunes générations dans le double objectif de leur transmettre les connaissances sur l’histoire de la communauté et de promouvoir le respect des pratiques culturelles traditionnelles. Ils sont aidés en cela par les responsables locaux et nationaux. Ainsi, depuis deux ans, à la traditionnelle pêche collective qui devrait être cette année à sa 610è édition, s’est greffé le festival « Sanké Mô », une innovation introduite par l’Alliance « Dofèra et Banabako » et l’Association « Entente de San ».

Ce festival organise diverses activités : conférences sur l’histoire et l’origine de la fête, foire agricole, danses et lutte traditionnelles, marionnettes et veillées des chasseurs et un déjà fameux rallye « Roule Sanké roule », une randonnée motorisée à travers la ville qui offre l’occasion aux motocyclistes de parader et d’exhiber leur maîtrise des deux roues.

Youssouf Doumbia

L’Essor du 18 Juin 2010.